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Enfants concernés par le VIH | Ghislaine Firtion | Kaletra

Ghislaine Firtion, pédiatre, répond aux questions de papamamanbebe.net suite au décès d’un prématuré d’une surdose de Kaletra

16 septembre 2007 (papamamanbebe.net)

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Ghislaine Firtion s’occupe, pratiquement depuis le début de l’épidémie, des nouveaux nés, et en particulier ceux nés de mamans séropositives. Elle partage la préoccupation des mamans et futures mamans du Comité des familles autour de la toxicité des médicaments antirétroviraux.

Dans l’hôpital parisien où elle travaille, il y a chaque année entre 60 et 80 enfants nés de mères séropositives. Par ailleurs, elle suit une trentaine d’enfants séropositifs en consultation. Du fait que les médicaments antirétroviraux sont efficaces pour empêcher la transmission du virus de la mère à l’enfant, la majorité sont des adolescents puisqu’il y a, depuis le milieu des années quatre-vingt-dix, très peu d’enfants contaminés pendant la grossesse et l’accouchement.

Suite au décès d’un prématuré à Lyon après une surdose de Kaletra®, Tina interroge Ghislaine Firtion pour essayer de comprendre ce qui s’est passé.

- Décès d’un bébé suite au surdosage de Kaletra® solution buvable : qui est responsable ?
- Médicament anti-sida Kaletra : appel à la vigilance après le décès d’un bébé
- L’AFSSAPS répond au Comité des familles suite au décès en France d’un bébé du surdosage « accidentel » de l’antiviral Kaletra®

Suite au décès du bébé d’un surdosage de Kaletra, le Comité des familles a :
- interpellé l’Afssaps et le laboratoire Abbott (fabriquant du Kaletra)
- alerté l’opinion publique publiant un communiqué de presse, repris par l’Agence France Presse
- rencontré les pédiatres spécialistes Stéphane Blanche et Ghislaine Firtion pour comprendre ce qui s’est passé
- invité Stéphane Blanche à participer à la première heure de la Soirée de discussion du 13 septembre, pour répondre aux questions sur ce sujet
- interpellé les associations classiques de lutte contre le sida sur ce décès, alors qu’aucune d’entre elles n’avait réagi à ce décès

Comme cela avait été annoncé à l’Assemblée générale des familles vivant avec le VIH, la toxicité des médicaments pour nos enfants est une priorité de l’action du Comité.

Stéphane Blanche, pédiatre, sera présent à la Soirée du 13 septembre pour répondre aux questions concernant la toxicité des antirétroviraux.

Soirée de discussion du 13 septembre 2007 : invitation aux mamans, futures mamans, et ceux qui les aiment

Alors aujourd’hui nous allons parler de la mort d’un petit bébé prématuré après 44 jours de vie et dont la maman était séropositive et a était pris en charge très rapidement. Donc 44 jours après sa naissance ce bébé est mort, et c’était 10 jours après une surdose de Kaletra. Le bébé a reçu 10 fois la dose de Kaletra qui est un médicament parfois utilisé dans ces cas là. C’était une situation à haut risque puisque les médecins savaient que ce bébé était déjà porteur du virus. Pour essayer de comprendre un peu ce qu’il s’est passé autour de cette histoire je vais vous rappeler un peu la chronologie de ce qu’il s’est passé.

Dans un premier temps, l’AFFSAPS qui est l’agence qui s’occuper de la sécurité sanitaire et de tout ce qui est justement sécurité du médicament, l’AFFSAPS publie un avis, une lettre aux prescripteurs, le 6 août, où ils disent qu’il y a un bébé qui est mort d’une surdose de Kaletra, mais c’est un peu bizarre car il ne dise pas dans quel pays ça s’est passé, ni exactement ce qu’il y a eu… Ils ont juste dit qu’il y avait eu un problème d’étiquetage. Alors nous au comité des familles, on a vu cette info passer, on a sauté au plafond, on a pensé à la famille, aux parents, et on s’est dit : mais qu’est ce que c’est que cette histoire ! Donc on est allé interpeller l’AFFSAPS et le laboratoire qui fabrique ce médicament. On n’a pas eu beaucoup de réponses, mais on nous a promis une réponse et finalement, l’AFFSAPS le 24 août publie un communiqué suite à la lettre aux prescripteurs ; et dans ce communiqué, ils nous disent que ce bébé est mort en France. Alors consternation de notre côté ; ce n’est pas que ce serait moins horrible dans un autre pays mais en France on connaît les pédiatres qui s’occupent des bébés nés de mères séropositives, on sait qu’ils sont là depuis longtemps, donc c’est un peu difficile d’imaginer ce type d’erreur ou ce genre d’accident.

Pour essayer de comprendre nous avons parlé avec notre amie Ghislaine Firtion, qui est pédiatre à l’hôpital Cochin, et qui fait partie des premières équipes qui se sont intéressé à la toxicité des antirétroviraux, c’est à dire comment ces médicaments peuvent faire du mal en même temps qu’ils sauvent des vies. On va écouter ses réponses aux questions que Tina lui a posées.

Tina : déjà on remercie Ghislaine Firtion qui a répondu à toutes nos questions alors qu’elle était en vacances…

Ghislaine Firtion : « Donc c’est un enfant qui effectivement était né prématurément, qui était contaminé par le VIH, et pour lequel il avait été décidé de le traiter en trithérapie classique, donc avec du Kaletra puisque actuellement on n’a que cet antirétroviral disponible pour le petit enfant puisqu’il s’agit d’un sirop ; le Viracept, une autre antiprotéase ayant été retiré du marché.

Ce petit bébé qui est né en province a malheureusement eu, pour des raisons certainement complexes, 10 fois la dose de sirop de Kaletra.

Donc il a eu dans cette surdose dix fois la dose du principe actif qui est lopinavir, mais également 10 fois la dose des excipients et dans lequel il peut y avoir des produits toxiques…

Ce bébé est mort dans une situation de gros problème cardiaque, une insuffisance rénale, une hyperkaliémie et une défaillance cardiaque.

Tina : que va t il se passer pour que dans l’avenir on évite de telles erreurs ?

Ghislaine Firtion : alors je ne connais pas tous les tenants et les aboutissants de cette histoire, il y a sûrement des problèmes de prescriptions, qui peuvent être au niveau médical, ou au niveau du personnel soignant ; mais qui peuvent être très certainement liés au fait que ces flacons de Kaletra sont dans des cartons où là il y a les concentrations qui sont indiquées ; mais sur l’étiquetage ce n’est pas très bon et donc on ne sait pas combien il y a de milligramme de lopinavir par exemple dans le flacon. Il faut se référer au carton d’emballage.

Tina : Et est ce que dans un dosage normal ce médicament peut être dangereux, surtout pour des prématurés ?

Ghislaine Firtion : Alors effectivement on a eu 3 autres problèmes qui là sont bien connus chez des enfants prématurés, donc nés avant 37 semaines de grossesse. Il s’agit de jumeaux qui ont reçu du Kaletra en prévention de la transmission du VIH car la mère avait un virus très résistant aux autres antirétroviraux ; et d’un autre enfant né prématurément et qui était infecté puisqu’il n’y avait pas eu de prévention de la transmission materno-fœtale et il a été traité par le Kaletra.

Alors en effet, le nouveau-né métabolise plus vite la molécule que chez l’adulte, donc on est obligé d’augmenter les doses. Mais en même temps qu’on augmente les doses de lopinavir, le principe actif, on augmente les doses de l’excipient qui peut être toxique. Donc c’est très compliqué.

Et en effet, il y a donc eu une paire de jumeaux qui a eu une insuffisance rénale avec une hyperkaliémie ce qui a entraîné des troubles cardiaques, mais ça s’est résolu avec l’arrêt du Kaletra et la prise en charge de ces problèmes, et ces deux enfants vont très bien.

Et l’enfant infecté qui est aussi prématuré a eu exactement le même tableau d’insuffisance rénale avec hyperkaliémie et donc insuffisance cardiaque. Lui aussi le traitement a été arrêté et il a parfaitement récupéré.

Donc les trois premiers enfants vont parfaitement bien, et malheureusement il y a un premier enfant qui est mort.

Tina : Et si demain il y a un bébé qui naît prématurément avec ce problème du VIH, que feriez-vous ? Est-ce que vous donneriez du Kaletra mais avec un dosage raisonnable ?

Ghislaine Firtion : Alors c’est un peu difficile comme question. Il existe bien un autre médicament qui peut remplacer l’anti-protéase et qui s’appelle la Viramune, qui est plutôt bien toléré, avec parfois quand même des problèmes hépatiques mais qui n’ont pas été franchement décrits chez le nouveau-né. Mais le problème c’est qu’il y a très rapidement des résistances virales avec ces médicaments. Donc on hésite toujours à mettre cette molécule pour les nouveaux-nés car si le virus mute après il est très difficile à contrôler… Et c’est pourquoi on préfère utiliser des antiprotéases. Avant on avait le Viracept mais qui a été retiré du marché aussi pour des problèmes toxiques. Donc il faut utiliser le Kaletra mais avec une grande surveillance et avec des doses moindres et dans un milieu médical spécialisé.

Tina : Donc il faudrait que les laboratoires revoient la présentation du médicament avec l’affichage des doses sur le flacon ?

Ghislaine Firtion : Oui certainement, mais l’industrie pharmaceutique est une industrie qui produit de l’argent ; et les nouveaux-nés infectés sont peu nombreux, surtout les prématurés, donc ce n’est pas un grand marché si on parle malheureusement d’économie dans notre système de santé.

Donc oui il faudrait revoir deux choses : la toxicité de la molécule lopinavir chez l’enfant et aussi chez l’adulte où il y a eu des surdosages très importants. Et l’autre problème est la présentation du sirop avec les doses et son excipient qui peut être dangereux lorsque la dose est trop importante.

Il faut vraiment que l’industrie pharmaceutique s’intéresse à ce problème car on va avoir de plus en plus besoin de ce médicament ; non seulement pour les enfants infectés mais aussi en prévention de la transmission materno-fœtale. On connaissait déjà les problèmes de toxicité avec le Rétrovir qui donne des maladies mitochondriales, or c’est vrai qu’avec le Kaletra on n’avait pas ces problèmes et donc on comptait beaucoup sur cette molécule. Et donc là avec la découverte de ces problèmes de surdosage et de toxicité pour nous c’est un vrai gros problème…

Donc le Kaletra c’est un espoir, mais là on est un peu dans l’expectative où on ne sait pas trop ce qu’il faut faire. L’AFFSAPS a pris le problème très au sérieux, et il faut qu’on discute avec les autres pédiatres spécialistes pour les enfants et les prématurés de mères séropositives pour voir si il faut continuer à prescrire le Kaletra ou si il y a d’autres cas de toxicité.

Et il faut vraiment voir que le prématuré a un métabolisme différent, immature, et que donc il faudrait un traitement vraiment particulier.

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