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Couples concernés par le VIH | Les médias parlent des familles vivant avec le VIH | Tina

Tina : « J’ai parlé de ma séropositivité à mon compagnon quand je l’ai apprise »

22 août 2007 (Le Journal du sida)

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Le Journal du sida donne la parole à des couples hétérosexuels concernés par le VIH

J’ai parlé de ma séropositivité à mon compagnon quand je l’ai apprise. C’était il y a quatre ans. On voulait se marier, j’ai fait un bilan de santé, sans savoir d’ailleurs ce qui allait être testé et sans me poser de questions. Le médecin m’a dit : « Il y a un problème ». J’ai tout de suite appelé mon copain. Je le connaissais depuis deux ans. Mon copain m’a dit : « on va tout de suite dans un centre de dépistage ». Moi, j’avais déjà fait le second test de confirmation du virus, mais on est quand même allé tous les deux dans un centre de dépistage. Mon copain m’a d’abord dit que le virus ne changerait rien, qu’il m’aimait comme avant. Je ai immédiatement parlé de ma séropositivité à ma famille, à chacun un par un, mais la réaction de mes parents a été d’accuser mon conjoint. Et ce malgré sa séronégativité. Ma mère a dit que mon copain mentait. J’en ai parlé à mon copain, je lui ai dit que ma mère ne le croyait pas et il a cru que j’étais solidaire de ma mère. Je lui ai dit que je pensais que le plus simple était qu’il refasse un test. Suite à cela, il est parti. Il est revenu trois jours plus tard, et je lui ai dit qu’il n’était pas nécessaire qu’il refasse un second test et que je renonçais à me marier pour le moment : je ne voulais pas le coincer avec un mariage. Depuis, on ne s’est jamais marié, alors que pour nous deux, le mariage est très important. On est tous les deux religieux et on n’a pas de vie sexuelle hors mariage.

Six mois après l’annonce, je lui ai dit que j’étais d’accord pour qu’on se marie et il a refusé. On vit ensemble, mais on n’est pas mariés. Il n’a pas compris mon premier refus et il s’est braqué, il a cru que je ne voulais pas me marier avec lui. Il a été très mal à la suite de toute cette histoire. Il ne veut pas d’enfant avec le VIH : il ne veut pas prendre le risque d’une contamination. Il dit avoir perdu le goût du mariage. Pourtant, on reste dans une situation floue. C’est dur.

On parle un peu de la situation, mais c’est difficile, ça réveille beaucoup de souvenirs douloureux. Je me demande pourquoi j’ai annulé le mariage. C’est un questionnement récurrent, je me culpabilise. Quelque part, je me dis que je n’ai pas le droit de lui demander qu’on se marie, car je suis en quelque sorte responsable de ma contamination.

Lui a pensé partir, mais il ne l’a pas fait. On reste donc ensemble. Moi, je voudrais avoir des enfants, je sais que c’est possible, je m’intéresse beaucoup à la question. Mais lui ne veut pas en entendre parler. Il ne vient pas au Comité des familles. Il tolère que je le fasse mais il considère que c’est plutôt mauvais comme initiative. Tout part d’un point de vue très religieux. Lui est musulman et il estime que si quelqu’un a le virus, c’est un message de Dieu (plus qu’une punition) et que c’est donc à chacun de comprendre pourquoi ça lui est arrivé, de prier pour que Dieu reprenne le virus. Il trouve qu’aller dans une association, c’est fuir sa responsabilité devant sa santé, devant la cause de la contamination. Pour chacun, en effet, la raison d’avoir ce virus est différente. Or le fait de parler du virus en général ne permet pas de se confronter à soi-même et à son histoire.

Moi, je suis chrétienne, je pense qu’on peut guérir – dans le sens de « aide-toi et le ciel t’aidera ». Je pense qu’on peut guérir du VIH. Il y a des témoignages dans ce sens, où les personnes atteignent une charge virale indétectable. Mais je ne sais pas si c’est vraiment une guérison...

Entre ma famille et mon copain, il y a très peu de relations. Il ne vient jamais les voir avec moi. Parfois, ils se sont vus chez nous, mais c’est tout. Mes parents ont toujours été assez injustes avec lui, notamment par rapport à sa religion. Ma mère n’ose plus dire que c’est lui qui m’a contaminée, car elle sait qu’elle a fait beaucoup de mal.

Il y a des jours où je pense qu’on va se quitter, d’autres non. C’est noir ou blanc. C’est très difficile.

Avec le virus, il a pris plus de distance par rapport à moi. Avant, on n’avait pas de rapports sexuels non plus, mais on avait plus d’intimité physique qu’aujourd’hui. C’est ça qui me fait penser qu’il faudrait qu’on se sépare. Je pense qu’il a peur et du coup, ça me fait peur.

Le fait d’avoir rencontré le comité des familles en novembre, lors de la deuxième rencontre des parents, a changé beaucoup de choses : j’ai pu à nouveau être beaucoup plus optimiste, je suis convaincue que je pourrai avoir des enfants. Au Comité, il nous arrive de parler de sexualité. Même si je n’ai pas actuellement de vie sexuelle, ça m’intéresse, car ça arrivera un jour. Les témoignages de couples sérodifférents sont utiles pour apprendre des choses. On parle si on le veut des pratiques sexuelles, spontanément, par amitié. C’est quelque chose qui m’a beaucoup donné d’espoir, beaucoup aidé.

Pour l’heure, je ne prends aucun traitement. Donc je vis le VIH de façon très lointaine. Mon copain espère – et moi aussi – qu’on trouve un traitement, un remède. On a cet espoir, qui aide à surmonter beaucoup de choses. Moi, j’y crois, et ça m’aide.

Propos recueillis par Lætitia Darmon

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