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Jean Pascal Iorio, psychologue au Kiosque Info Sida : « Modifier les représentations de la sérodifférence »

22 août 2007 (Le Journal du sida)

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Le Journal du sida donne la parole à des couples hétérosexuels concernés par le VIH

Jean Pascal Iorio, psychologue au Kiosque Info Sida, reçoit en consultations

Quand les couples font-ils appel à vous ?

Jean-Pascal Iorio : Le besoin de parole existe à différents moments de la relation. Il émerge à l’annonce de la séropositivité faite par l’un des deux partenaires, car cela a des incidences sur la vie affective et sexuelle et génère des préoccupations.

Il y a alors un grand besoin d’information, ne serait-ce qu’en terme de réassurance. J’ai l’impression qu’il y a un important déficit d’information autour des modes de contamination, ce qui présente un risque ou pas. Je ne parle pas d’un déficit d’information officielle – les brochures, plaquettes et autres ne manquent pas – mais cette information n’est pas forcément adaptée à la situation et aux représentations de la personne. Cette information doit être vivante, personnalisée. Au-delà de ce besoin, il faut prendre en compte ce que cette séropositivité implique sur la vie de couple en général, c’est là que c’est plus compliqué.

J’ai tendance à recevoir ces couples comme des couples.

Nous faisons le point sur les questions liées à l’angoisse de contamination, il est important de les recevoir comme un couple sérodifférent, mais il ne faut pas qu’il y ait d’enfermement dans cette séropositivité. J’ouvre donc la possibilité d’une thérapie de couple au sens classique du terme. Je tiens compte des spécificités liées à la séroprévalence, mais cela ne doit pas être le seul point d’ancrage.

Que peut dissimuler une mise en avant de la séropositivité dans le couple?

J.P.I. : La sérodifférence apparaît, à première vue, comme le noeud du conflit. Pourtant, nous nous apercevons parfois que la situation mérite d’être “décondenséeâ€?, qu’il faut s’interroger sur la manière dont les personnes gèrent leur désir en tant que sujet, dans leur vie de couple et dans leur vie affective en général. La séropositivité peut être vue comme le centre du problème dans l’actualité du couple – elle demande évidemment une attention particulière – mais il faut parfois se donner les moyens d’aller au-delà, de se questionner : pourquoi la séropositivité est investie de cette manière-là ? Il peut y avoir une problématique sous-jacente et c’est en travaillant sur celle-ci que nous pouvons modifier les représentations de la sérodifférence. L’impuissance, par exemple, est assez fréquente dans ma file active, même si ce n’est pas une spécificité. La peur de la contamination de l’autre peut être, dans un premier temps, annoncée comme la cause, mais avec le temps, il s’avère que c’est la situation de couple en tant que telle qui rend le désir impossible.

Observez-vous des pratiques à risque au sein de ces couples ?

J.P.I. : L’utilisation du préservatif peut être très bien vécue par certains couples, et dans d’autres vous pouvez avoir une forme d’ambivalence, avec des fantasmes où l’un des partenaires va dire : la vie de couple c’est la réduction de la différence. Alors, tout ce qui peut symboliser cette différence va être mis à mal. Il y a donc la volonté de partager le même statut sérologique, avec des passages à l’acte qui peuvent être des tentatives de réduction de cette différence, dans une volonté de fusion, d’être au plus proche de la réalité de l’autre. Des contaminations volontaires doivent exister, même si je n’en ai jamais reçu dans mes consultations. Je constate en revanche des passages à l’acte, des transgressions, qui sont vécus sur ce mode-là.

J’observe parfois des pratiques à risque élevées, des pénétrations anales non protégées et répétitives, motivées par cette volonté de réduction de la distance, et avec une impression de jouissance supplémentaire de part et d’autre, suivie ensuite de culpabilité, d’angoisse, sources possibles de conflit dans le couple.

Propos recueillis par Marianne Langlet


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