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Sida : le préservatif pas cher arrive enfin

25 novembre 2006 (Le Parisien)

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Jacques Chirac le voulait. Hervé Antoine, un jeune entrepreneur de Mitry-Mory (Seine-et-Marne), l’a fait. Six millions de préservatifs fabriqués par Antoine Associés et vendus à 0,20€ — contre 0,50€ pour les marques traditionnelles — vont, dès le 1er décembre, être distribués chez 20 000 marchands de journaux et bureaux de tabac. Les Make Love (leur nom) seront vendus par paquets de 5 unités pour 1€. L’opération sera annoncée lundi lors d’une conférence de presse du ministre de la Santé, Xavier Bertrand, en même temps que le lancement d’une campagne télévisée contre le sida.

En 2005, 94 millions de préservatifs ont été vendus dans l’Hexagone. Avec ses 6 millions de capotes, Hervé Antoine, soutenu par Aides, porte un coup sévère aux leaders de ce moyen de contraception, comme Durex et Manix, qui n’ont jamais voulu baisser leurs prix. Et il n’a pas l’intention de s’arrêter là : début 2007, les pharmacies pourraient être approvisionnées avec ses préservatifs qui, cette fois, porteront le nom de Be Love. Des négociations sont également en cours avec la grande distribution et les chaînes d’hôtels.

0,20 € l’unité

Tout début en fait il y a à peine un an dans les pages de notre journal. A force de pugnacité, Hervé Antoine, persuadé qu’on peut commercialiser des préservatifs à bas prix à condition de baisser les marges, arrive à nous convaincre de rédiger un article. Le lendemain, Romain Casas, président des débitants de tabac de Côte-d’Or, lit l’interview et entre en contact avec lui. Ils sont trentenaires tous les deux, de la « génération sida », cella qui a commencé sa vie sexuelle avec la menace du virus.

Leur idée : proposer aux débitants de tabac de Côte-d’Or de vendre le pack de cinq préservatifs à 1€ fabriqués par le Francilien. L’opération baptisée Love Condom connaît le succès. Les préservatifs, rangés entre les cigarettes et les chewing-gums, s’arrachent à une vitesse inespérée. A tel point qu’en mars, Hervé Antoine est convoqué au ministère de la Santé avec une trentaine d’autres fabricants. Qui a la capacité de produire un préservatif à 0,20€, leur demande Xavier Bertrand ? Le ministre a la conviction que la baisse du prix de la capote est urgente à l’heure où les maladies sexuellement transmissibles progressent auprès des jeunes et des personnes à faibles revenus. Un seul lève le doigt : Hervé Antoine. Le groupe Hachette entre alors en contact avec lui et met son réseau de distribution de presse à disposition, à condition que les préservatifs s’appelle Make Love, une campagn de prévention contre le sida qu’avait autrefois menée le magazine « Entrevue ».

Pour Reda Sadki, du Comité des familles pour survivre au sida, « le coût du préservatif constitute aussi un problème pour les séropositifs chez lesquels cela représente un budget au même titre que le pain. Le préservatif à 0,20€ c’est bien, mais l’idéal serait qu’il soit pris en charge par l’État. Donc qu’il soit gratuit. »

Un enjeu majeur

- De 95 millions de préservatifs vendus en pharmacies et en grandes surfaces en 1995, toutes marques confondues, on est passé à 82 millions en 2001. Depuis 2004, la hausse a repris pour atteindre 94 millions en 2005. Cela fait tout de même 1 millions d’unités de moins en dix ans. Selon le baromètre santé 2000, si 90% des 15-19 ans déclarent utiliser le condom lors des premiers rapports, cela se gâte ensuite. Notamment pour les trentenaires de la « génération sida », chez lesquels la prévention se relâche, et pour les 40-50 ans fraîchement divorcés.
- En France, 150 000 personnes sont séropositives. On compte toujours 6700 nouveaux cas de contamination par an. Plus de la moitié sont d’origine hétérosexuelle. Les femmes et les personnes en situation précaire sont de plus en plus touchées. « Aujourd’hui, les multithérapie permettent de vivre avec le virus. Mais il a des conséquences terribles sur la vie quotidienne. Il faut absolument continuer à se protéger », indique le docteur Michel Ohayon, de Sida Info Service.
- A quand des distributeurs à bas prix dans les lycées et les facs ? Le ministre de la Santé l’avait annoncé pour septembre 2006, mais lycéens et étudiants attendent toujours. On an saura peut-être plus lundi lors de la conférence de presse de Xavier Bertrand. « Il pourrait s’orienter vers une distribution à la demande par les infirmières scolaires », avance Reda Sadki, du Comité des familles pour survivre au sida.

Alexandra Echkenazi

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