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5ème Rencontre des parents et futurs parents concernés par le VIH | Faire un bébé quand on est séropositif

Devenir parents malgré le virus : rencontre de couples et de médecins samedi à Paris

18 novembre 2006 (Libération)

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Ces grossesses réussies dans l’ombre du VIH

Par Sandrine CABUT

Devenir parent en étant séropositif, sans transmettre le virus à son partenaire ou à son enfant. C’est désormais possible, au prix d’un parcours du combattant. Cinq ans après son autorisation par la loi française, en mai 2001, l’accès des couples concernés par le VIH à l’assistance médicale à la procréation (AMP) permet de donner naissance à une centaine de bébés chaque année. Mais les délais d’attente sont très longs. Et la dizaine de centres d’AMP volontaires pour prendre en charge les patients à « risque viral » (porteurs du virus du sida, de l’hépatite B ou C) regrettent le manque de moyens. Pour faire le point sur le sujet, une rencontre de parents, de futurs parents concernés par le VIH et de spécialistes est organisée ce samedi à Paris, par une association [1].

« C’est une activité que l’on porte à bout de bras. La demande est bien supérieure à ce que nous pouvons offrir », soupire la Pre Catherine Poirot, biologiste de la reproduction à la Pitié-Salpêtrière, l’un des trois centres parisiens spécialisés. Le délai d’attente pour la première consultation est de six mois. En 2005, il avait atteint un an. « C’était inadmissible, on a préféré arrêter pendant un an », poursuit-elle. En 2002, des crédits lui ont pourtant été alloués pour cette activité complexe (lire ci-contre) qui mobilise une équipe multidisciplinaire : gynéco-obstétricien, infectiologue, biologiste, psychiatre, hépatologue. Suffisant pour 30 dossiers par an, pas pour les 100 pris en charge pour la même période à la Pitié, selon Catherine Poirot.

Deux mois. En l’absence de locaux spécifiques, et pour des raisons de sécurité, les fécondations in vitro (FIV) des patients à risque viral ne sont faites que deux mois par an, pendant lesquels l’activité est suspendue pour les autres couples. Un laboratoire est attendu à la Pitié en 2007, mais sans personnel supplémentaire.

Pour le Pr Pierre Jouannet, de l’hôpital Cochin, pionnier dans ce domaine, l’aide à la procréation pour des couples atteints de sida ou d’hépatite pose effectivement des problèmes spécifiques : « Il faut une infrastructure lourde. De plus, on ne peut ignorer leur état de santé. Ainsi, 40 % des hommes séropositifs sont aussi infectés par le VIH. » 

Menaces. Mais, selon ce spécialiste, les difficultés de l’AMP en France dépassent de loin les seuls patients à risque viral. « Un effort financier a été fait, mais il reste ponctuel. Globalement, les investissements pour l’assistance à la procréation ne sont pas à la hauteur des besoins », insiste-t-il. A Cochin, l’activité d’AMP serait même menacée par le départ de cliniciens, selon plusieurs sources. Et l’ouverture du centre de Bordeaux se ferait attendre, alors que des crédits avaient été alloués.

A l’Agence de la biomédecine, on tempère le pessimisme. « Il y a un an, on a fait une enquête nationale car on nous avait alertés sur une situation "épouvantable". Elle n’a pas montré d’obstacle insurmontable, mais des problèmes ponctuels » , estime le Pr François Thépot. Le rapport, qui porte sur les années 2003 et 2004, note ainsi une répartition géographique homogène des dix centres nationaux, « sauf pour le nord de la France où il n’existe aucune structure déclarée ». 

Progrès. Une nouvelle enquête va débuter, pour recueillir les chiffres d’activité de 2005. « Il y a une attente, souvent mal supportée par les couples mais aucune ségrégation, ni explosion de la demande », conclut le Pr François Thépot. Il souligne aussi les résultats « un peu moins bons » de la fécondation in vitro chez les séropositifs, sans doute en raison de l’infertilité associée au risque viral. « Notre souhait, c’est que les patients VIH puissent avoir accès à une vie normale, et faire des enfants en toute sécurité, plaide Roland Tubiana, infectiologue à la Pitié. Les progrès médicaux le permettent, il faut donner des moyens pour fonctionner et combler les ratés dans la couverture. » 

Las d’attendre, certains patients « menacent » leur médecin de concevoir naturellement, malgré les risques.

Différentes techniques

Les techniques d’assistance médicale à la procréation (AMP) nécessaires diffèrent selon que c’est l’homme ou la femme qui est séropositif, et l’existence éventuelle de troubles de la fertilité.

Quand c’est l’homme qui est séropositif pour le VIH, son sperme est recueilli, analysé, et « lavé » s’il contient du virus. Après cette préparation, les spermatozoïdes sont congelés sous forme de paillettes. En l’absence de problème de fertilité, celles-ci seront inséminées dans l’utérus de la partenaire. Sinon, une fécondation in vitro (FIV), voire une technique de micro-injection (ICSI) seront pratiquées.

Quand la femme est porteuse du virus, toutes les techniques sont possibles en fonction de la fertilité. En raison du risque de contamination de l’enfant, la future mère et le bébé doivent être suivis en milieu spécialisé.

Notes

[1] Comité des familles pour survivre au sida. Renseignements sur http://papamamanbebe.net