Justice : non-lieu dans l’agression homophobe de Sébastien Nouchet
27 septembre 2006 (Le Parisien)
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Béthune (Pas-de-Calais) — L’affaire avait ému jusqu’au président Chirac. Sébastien Nouchet, un homosexuel de 38 ans, était devenu une icône de la lutte anti-homophobie et avait même laissé son nom à une loi contre les discriminations.
Mais l’agression dont il dit avoir été victime en janvier 2004 à Noeux-les-Mines n’a-t-elle pas été inventée ? Cette question troublante peut se poser après le non-lieu que vient de rendre un juge de Béthune chargé de cette enquête.
Début 2004, Sébastien Nouchet avait été brûlé au troisième degré, agressé selon ses déclarations par trois individus qui l’auraient aspergé d’essence avant de mettre le feu.
« Il n’y a pas de certitudes quant à l’origine de ces blessures graves. Est-ce qu’elles proviennent d’un acte de sa part ou d’un tiers ? On ne peut pas trancher. Toutes les hypothèses sont possibles », explique aujourd’hui Louis Wallon, procureur de Béthune.
Un jeune homme de 21 ans avait été interpellé à Lens et mis en examen. Déjà condamné pour « violences volontaires », ne cachant pas son « homophobie », il a été relâché et mis hors de cause. Aucun témoin n’a assisté à la scène.
« Des éléments troublants »
Sébastien Nouchet, ancien cuisinier, qui avait déjà fait plusieurs tentatives de suicide par le passé, a aussi désigné un individu qui se trouvait en prison au moment des faits.
Les enquêteurs, malgré de nombreuses investigations, avaient vite évoqué la thèse de l’auto-immolation en raison de certaines contradictions de la victime. Des expertises psychiatriques l’avaient jugée crédible.
En froid avec son compagnon ces dernières semaines, Sébastien Nouchet a déménagé en Normandie, dans l’Eure. Injoignable hier, il s’est toujours indigné que l’on puisse mettre en cause son témoignage.
« Il est terrorisé par cette idée. Il a vécu des choses très graves. Nous sommes d’accord sur le fait qu’il n’y a pas d’éléments suffisants pour renvoyer quelqu’un devant les assises. En revanche, nous rejetons cat´égoriquement la tentative de suicidde », s’emporte son avocat, Me Delclos. « Il subsiste des éléments troublants », ajoute-t-il. Le bidon de produit inflammable n’aurait pas été retrouvé.
Aucune décision n’a encore été prise quant à l’idée de faire appel. Les proches de Sébastien ne cachaient pas hier leur inquiétude, ce dernier restant introuvable. L’association SOS Homophobie a souligné que ce non-lieu ne doit pas faire oublier les autres actes homophobes. Cent trente et un cas d’agressions physiques ont été signalés en 2005 et des procès sont en cours.
Franck Antson
