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Femmes séropositives | Les médias parlent des familles vivant avec le VIH | Sexe et sexualité

Muriel, 45 ans : « J’ai positivé mon virus »

28 novembre 2005 (ELLE)

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« J’ai découvert ma séropositivité par hasard, lors d’une biopsie. C’est mon ex qui m’a plombée. Après notre rupture, on s’était revus une fois. Entre-temps, il avait replongé dans la dope, sans me tenir au courant évidemment…

C’était en 2000. Depuis, j’ai apprivoisé mon virus. Mieux, je l’ai positivé. Ma vie n’a pas été rose : j’ai été une enfant placée, une femme battue, une mère célibataire au chômage avec cinq gosses ! Dans un sens, je suis sortie de cette spirale-là en chopant le virus. Je n’ai pas eu le choix : soit je m’écroulais, soit je le considérais comme une chance de m’en sortir. Je voulais reprendre mes études : le fait d’être reconnue « travailleuse handicapée » m’en a donné l’occasion. Aujourd’hui, je prends des cours pour devenir assistante sociale. En troisième année, le sida n’a toujours pas été abordé. Ce n’est pas étonnant que la stigmatisation des malades continue : l’information passe mal, les médias renvoient de nous une image de mourants squelettiques…

J’en ai plus qu’assez de ce discours misérabiliste ! Regardez-moi, je suis la preuve qu’on peut vivre correctement avec le virus, avoir un boulot, des amis, du plaisir, une vie quoi ! Les séropositifs, s’ils sont bien traités et à temps, ont une vingtaine d’années au moins devant eux avant que la maladie ne se déclare et tue. Certes, il y a la fatigue intense, les effets secondaires des médicaments…

J’ai une hépatite C, le VIH, mais à part ça je vais bien. Les médecins m’ont même proposé une pause thérapeutique. (Ndlr : dans certaines conditions très particulières, certains patients ayant un système immunitaire très satisfaisant peuvent, sous étroite surveillance, suspendre leur traitement pendant une courte période. Le but : « faire une pause » psychologique et diminuer les effets secondaires des trithérapies.) Le gros problème, c’est la vie sentimentale…

Pendant des années, je m e suis sentie dangereuse, coupable : je m’interdisais le bonheur, et donc les hommes. Et puis, avec l’aide d’une psy, ça s’est débloqué, et je me suis convertie à la religion des célibataires : Internet et ses sites de rencontres ! En taisant la séropositivité, pas de problèmes pour s’éclater, avec capote bien sûr. Mais, le plus souvent, j’avais à peine annoncé la couleur que les types se déconnectaient aussi sec. Ceux qui continuaient à chatter me sortaient des excuses bidon, du genre « j’ai des enfants, je ne veux pas qu’ils courent un risque si tu viens chez moi ». Il fallait tout réexpliquer, que le VIH ne s’attrape pas en touchant quelqu’un ni en buvant dans son verre…

On en est encore là en 2005 ! Certains acceptaient un rendez-vous, mais n’arrivaient pas à bander malgré leur désir pour moi. La féminité en prend un coup. Alors je me suis mise à fréquenter les sites dédiés aux malades : mais entre ceux qui cherchent une infirmière et ceux qui souffrent tellement de solitude qu’ils veulent t’épouser sur-le-champ, c’est une belle fenêtre sur la misère affective des séropos ! Donc, retour sur les sites standards, où j’ai rencontré Marc. Après le premier câlin, protégé, j’ai craché le morceau : « Je suis séropo. » Sa réponse ? « Moi aussi, ça tombe bien ! » Entre nous, c’est simple, on connaît la maladie et comment ça finira. Cette perspective peut ruiner un couple. Quand l’un va mal, il renvoie à l’autre l’image de sa propre fin. Mais, avant d’avoir un pied dans la tombe, il nous reste beaucoup de choses à faire : l’amour, des projets, et même un enfant, pourquoi pas ? »

Extrait de l’article Vivre séropositives : Elles racontent leur quotidien avec le VIH.

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