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Mémoire de la colonisation

Quand l’élite de la science passait par Bagdad

23 février 2006 (alterites.com)

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Jusqu’au 19 mars 2006 à l’Institut du monde arabe - Paris Démontrer l’apport considérable de la civilisation arabo-musulmane à l’histoire universelle des sciences : c’est la réussite de la très riche exposition “L’âge d’or de sciences arabesâ€?, à laquelle convie l’Institut du monde arabe de Paris. Un événement passionnant, réunissant deux cents documents, objets et manuscrits précieux.

Pendant cinq siècles, du IXe au XIIIe, tandis que l’Europe sommeillait dans le Moyen Age, les sciences dans les pays d’islam connaissaient un essor fantastique. Les savants arabes furent de précieux passeurs des savoirs des Indiens, des Persans et des Grecs, jusqu’à l’époque de notre Renaissance occidentale, en partie grâce à leurs traductions. Plus encore, ils surent assimiler et enrichir ces acquis tout en engendrant leurs propres inventions. L’exposition “L’âge d’or de sciences arabesâ€?, à l’Institut du monde arabe de Paris, réhabilite ainsi les découvreurs du monde arabo-musulman trop souvent méconnus.

Exemple : nous utilisons tous les jours les chiffres arabes. Ce système de numérotation décimal est pourtant d’abord apparut en Inde, où il fut découvert par les Arabes qui marchaient vers la Chine. Et c’est Al-Khwärismi, mathématicien installé à Bagdad, qui va le vulgariser. Il ira même plus loin, en inventant l’algèbre en tant que discipline. “Cette expo remet les idées en place, lancent Aziz et Hafida, deux visiteurs venus de Pantin, âgés de 26 ans. On se sent fiers de toutes ces inventions qu’on connaissait pour la plupart. On est content de l’engouement que suscite l’expo.†?

L’astronomie, encouragée par l’Islam

La plus belle salle de l’exposition nous plonge dans la science des mystères du ciel et de l’espace. Avec des vitrines regorgeant de merveilles propres à faire rêver : des astrolabes, des tables astronomiques, des globes célestes... Encouragée, à l’époque, par les personnalités religieuses de l’Islam et les politiques, cette discipline permettait entre autre de calculer l’orientation vers la Mecque, l’heure des cinq prières et le jour du ramadan. On apprend également que Al-Battani remet en cause le mouvement circulaire des planètes édicté par Ptolémée. Que retiendra Antoine, 12 ans, qui étudie la civilisation arabe inscrite au programme de 5ème ? “Qu’ils étaient développés quand nous on étaient retardés†?. “Oui, on a été retardés par notre église à nous pendant le Moyen-Age et, aujourd’hui, c’est eux qui sont freinés par la leur, complète Franck, le papa. Tout comme les ultra-cathos américains critiquent aujourd’hui la théorie de l’évolution. Sans que ce soit dit clairement, on comprend comment les pouvoirs religieux peuvent obliger les gens à s’inscrire dans leurs schémas.†?

La médecine d’Avicenne, référence des Occidentaux

Les découvertes dans le domaine médical ou en chimie sont tout aussi colossales. Parmi les plus belles pièces exposées : les dessins d’anatomies, très colorés, d’une copie manuscrite de 1632 du fameux “Canon d’Avicenneâ€?(1012). Ce livre du célèbre médecin et philosophe iranien servit de base à l’enseignement dans les facultés occidentales jusqu’au milieu du XVIIe siècle ! En chimie, les surprises ne manquent pas non plus : “C’est incroyable comme la poésie se mêle à la scienceâ€?, remarque un jeune homme. Il contemple un manuscrit d’alchimie contenant 42 poèmes !

Enfin, il s’agit d’explorer la manière dont les arts ont recours aux sciences : la musique, les mécanismes hydrauliques des fontaines, les céramiques et, bien sûr, l’architecture. “Leur utilisation de la géométrie descriptive, c’est-à-dire le report de points, est très compliquée et absolument fascinante, explique Claude, architecte d’intérieur vivant à Boulogne. La pénétration des volumes les uns dans les autres donnent un aspect tridimensionnel à leurs édifices.†? Tout en parlant, il contemple un écran sur lequel défilent les images des chefs-d’œuvre de l’architecture arabe qui déplacent des touristes par millions : des jardins de l’Alhambra, en Espagne, jusqu’au Taj Mahal, en Inde. “Ce qui m’a le plus impressionné, note Edwige, l’épouse de Claude, c’est l’étendue incroyable de l’empire arabe à cette époque, qui va de l’Espagne aux portes de la Chine.†? Une époque où la langue arabe était celle des sciences, à l’image de l’anglais aujourd’hui.

L’exposition pourra sembler à certains un peu élitiste. Le recours à un audioguide ou à un conférencier est fortement conseillé. Reste que la force de cette exposition réside dans ce foisonnement de connaissances, toujours accompagnées de magnifiques œuvres d’art, et d’images qui invitent au voyage.


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