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Algérie

Algérie : le gouvernement a du mal à faire face au SIDA

3 janvier 2006 (IPS)

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par Kaci Racelma

ALGER, 28 déc (IPS) - Le SIDA fait de plus en plus de victimes au sein de la population algérienne pendant que les autorités gouvernementales cherchent fébrilement leurs marques face au mal et n’arrivent pas à fournir des chiffres fiables sur son ampleur.

Voir en ligne : Le gouvernement a du mal à faire face au SIDA

Selon des données fournies par le ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, le nombre de séropositifs en Algérie est estimé à 20.000 personnes au début du mois de décembre. Environ 20 cas de SIDA déclaré sont enregistrés chaque année.

La gendarmerie nationale, qui surveille entre autres les milieux de la prostitution, a signalé en 2005 quelque 2.636 cas de séropositivité dont 767 à Alger, la capitale.

Ali Ibrir, vice-président de l’association Izuran Tmurt, impliquée dans la lutte contre le SIDA, estime à 1.867 le nombre de personnes déjà malades ou qui nécessitent des soins en urgence. Environ 20 malades sont actuellement sous traitement par anti-rétroviraux (ARV) à l’hôpital d’El Kettar de Bab El Oued, à Alger.

Selon certains professionnels de la santé, notamment le docteur Ouzariad Boualem du Comité national de lutte contre le SIDA (CNLS), ’’les chiffres fournis sont loin de refléter la réalité du pays’’. Il estime qu’on peut même les multiplier par dix car les personnes infectées ne se présentent presque pas dans les centres de santé appropriés.

Pour avoir des statistiques plus fiables, il faut attendre les résultats d’une étude actuellement en cours et qui vise à recenser avec minutie tous les cas de SIDA dans le pays.

Un grand flou entoure donc le VIH/SIDA en Algérie pour des raisons socioculturelles évidentes, ce pays d’Afrique du Nord étant à tradition fortement musulmane.

Il y a du flou autour du taux de séropositivité du pays que les structures compétentes du ministère de la Santé disent ne pas connaître car il n’y a jamais eu d’enquête à ce sujet ; flou également autour des chiffres parfois contradictoires de l’infection qui varient d’un service à un autre ; et flou enfin autour des structures chargées de la lutte contre la pandémie, parfois mal coordonnées.

Les autorités du ministère de la Santé affirment en outre ne recevoir aucune aide de l’extérieur dans leur lutte contre le mal.

En l’absence d’aides financières étrangères, notamment du Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme, le gouvernement algérien supporte seul la prise en charge des malades.

Ceci n’est d’ailleurs pas du goût du professeur Mustapha Khiati exerçant dans un hôpital d’Alger. Il critique l’UNICEF et le Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/SIDA (ONUSIDA) pour leur non-implication dans la lutte contre la maladie en Algérie.

’’Ils ne font pas convenablement leur travail comme dans d’autres pays’’, accuse-t-il à l’occasion de l’ouverture d’un centre de dépistage dans la commune de Belouizdad, à Alger, le 30 novembre.

Le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, Amar Tou, a annoncé, le 20 décembre, en marge de la cérémonie de lancement de la campagne mondiale dénommée ’’Unissons-nous pour les enfants, unissons-nous contre le SIDA’’, l’ouverture de 42 nouveaux centres de dépistage en plus des six qui existaient.

L’ouverture de ces centres est prévue pour le premier trimestre de 2006. A ce propos, le ministre de la Santé a déclaré : ’’Nous allons faire en sorte que chaque wilaya (préfecture) ait son centre de dépistage’’. (Il y a 48 wilayas dans le pays).

Le dépistage du VIH ’’est volontaire, anonyme et gratuit’’, indique le directeur de la santé de la wilaya d’Alger, Lekhal Rabia. Mais on peut compter du bout des doigts le nombre de personnes qui se présentent pour faire le test.

Selon Mouloud Muadhan, prêcheur islamique à Tizi Ouzou, ’’un jeune atteint du SIDA est très mal vu parce que la société algérienne considère qu’il a transgressé les préceptes de l’islam qui interdisent les rapports sexuels avant le mariage’’.

Une campagne de prévention et de sensibilisation contre le SIDA a été organisée pendant deux mois, en novembre et décembre, durant lesquels des affiches et supports publicitaires ont été distribués à travers le pays.

Les personnes malades sont prises en charge par les hôpitaux publics et bénéficient gratuitement de tous les soins nécessaires à l’amélioration de leur santé.

Goumiri Akli, chargé de la comptabilité à l’hôpital de Tizi Ouzou, estime que chaque malade coûte par mois à l’Etat algérien environ 1.500 dollars US.

Des prostituées ont affirmé à IPS qu’elles étaient favorables au dépistage. Quant à l’utilisation des capotes lors des rapports sexuels avec leurs clients, certaines d’entre elles avouent qu’elles acceptent parfois des rapports sans préservatifs en fonction du prix payé par les clients qui sont nombreux à le leur demander.

C’est ce que confie à IPS une jeune prostituée d’Alger qui n’a voulu donner que son pseudonyme, Malika. ’’Beaucoup de clients préfèrent des rapports sans protection ’pour une question de goût’, disent-ils. Ceci nous oblige parfois à céder, nous exposant ainsi à la maladie’’, explique Malika.

Une autre prostituée, qui a refusé de s’identifier, avoue être sujette à des chantages de la part de ses clients. ’’Ils ne veulent parfois rien comprendre. Ils arrivent surexcités et veulent satisfaire leur plaisir dans l’insouciance totale", dit-elle.

Un séropositif, rencontré à Alger, qui s’identifie comme Malick Mammeri, affirme à IPS qu’il ne s’est jamais protégé lors de ses rapports sexuels.

’’Lorsque j’entendais parler du SIDA, je croyais qu’il s’agissait d’une simple plaisanterie. Maintenant, que je vis avec le virus, la peur me hante toujours et j’en connais beaucoup qui refusent d’en parler’’. (FIN/2005)

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