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À propos du Comité des familles pour survivre au sida (2003–2013) | Les médias parlent des familles vivant avec le VIH

A la Courneuve pour parler Sida

13 décembre 2005 (L’Hebdo)

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Vu de loin, il y a quelque chose de très esthétique dans ces barres de la Courneuve. Comme de gigantesques paquebots remplis de passagers qui terrassent l’horizon de leur masse. Mais de près c’est autre chose. La Courneuve, c’est vraiment un des quartiers les plus difficiles du 93. Même Bahtja avait "les chocottes" la première fois qu’elle est venue. Mais cet après-midi, tout est calme. Des jeunes jouent au football contre un mur lépreux et personne ne tourne la tête. Ma collègue Sabine avait eu moins de chance lors de son dernier passage…

Je m’engouffre dans une cave où une cinquantaine de convives mangent un couscous. C’est la réunion du "Comité Maghreb-Afrique pour survivre au sida". Le sida est un très gros problème dans la communauté immigrée. "Le taux d’infection est au minimum deux fois supérieur à celui du reste de la société" explique Reda, le président du Comité. L’ennui pour les séropositifs c’est que la maladie est encore beaucoup plus tabou chez les Maghrébins que dans le reste de la société française. Durant l’après-midi, j’entends des histoires horribles sur des familles qui marient leur fils séropositif à une jeune vierge au pays, qui s’infecte, et qui ensuite l’accuse d’avoir transmis le virus à leur rejeton. Tout cela pour sauver l’honneur de la famille. Honteux.

Pour tous ceux qui souffrent dans le silence et la honte, le Comité offre un espace où partager ses soucis et ses joies dans un espace familial. Cet après-midi, il y a des "séropos", comme des séronégatifs, des Africains, des Maghrébins et des Français de souche. C’est l’ambiance typique d’une petite assoce, chaleureuse, un peu bordélique et pleine de bonne volonté.

Pourquoi y a-t-il beaucoup plus de d’infection dans les communautés ? Reda met surtout la responsabilité sur l’incurie du gouvernement qui aurait "consciemment" négligé d’y faire une prévention efficace. Sans doute. Mais la culture du silence dans les pays d’origine est sans doute co-responsable. Beaucoup des personnes qui viennent du Maghreb en France ne savent même pas que la maladie existe.

"Il faut surveiller les enfants !"

Cet après-midi, Bahtja, la femme de Mohammed me conduit à la Courneuve, au milieu de la fameuse Cité des 4000 pour assister au repas d’une association de lutte contre le sida dans les populations immigrées. Elle est vraiment merveilleuse Bahtja : énergique, intelligente et courageuse. Surtout elle suit ses enfants de près. Hier soir, elle a passé un savon à son garçon de bientôt 17 ans qui n’était pas rentré le soir à l’heure convenue. "Mais que font les familles de ces gamins qui traînent le soir et font de bêtises ? C’est leur responsabilité de les surveiller, de leur transmettre la politesse et des valeurs éthiques."

Dernièrement, elle a vu une bande de jeunes qui volaient sans vergogne des bonnets à une frêle Asiatique qui en vendait à la sauvette : "N’est-ce pas qu’il me va bien ? Je crois bien que j’en vais prendre un pour la route", fanfaronnaient les vaux-rien, alors que l’Asiatique terrorisée essayait de les empêcher de partir avec la marchandise. Bahtja se souvient : "J’aurais voulu leur hurler que c’était honteux. Mais je n’ai pas osé. Je ne les connaissais pas et ils auraient pu me battre."

C’est un peu le problème des cités. Trop souvent, personne n’ose dire quelque chose. Alors les jeunes perdent les repères moraux et font encore plus peur aux autres. Un cercle vicieux. J’entends beaucoup de monde ici mettre la responsabilité du mal-être ambiant sur les familles qui ont négligé leur devoir. Bien plus souvent que la discrimination que subissent les populations immigrées de la part de la population française.

Par Pierre Nebel

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Le diwane vu par un journaliste suisse

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