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Faire un bébé quand on est séropositif | Hommes séropositifs | Tribune libre

Abdou, futur papa concerné par le VIH, prend la parole

2 octobre 2005 (papamamanbebe.net)

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Abdou était venu à la Rencontre du 11 juin, organisée par le Comité des familles pour répondre aux préoccupations des couples concernés par le VIH qui veulent faire un enfant.

Succès de la première Rencontre des familles : Plus de 60 familles ont répondu à l’appel du Comité pour débattre du devenir des enfants des séropositifs

C’est le 15 septembre qu’il m’a rappelé, alors que j’étais sur le chemin de l’hôpital pour accompagner ma femme sur le point d’accoucher.

Une naissance au Comité des familles pour survivre au sida

Abdou nous a rejoint samedi à la manifestation de samedi, il s’est tout de suite proposé pour porter la banderole des familles.

Arrivé devant le Conseil d’État, je lui ai proposé de nous raconter la bonne nouvelle : en effet, sa femme est enceinte de quatre mois. On écoute.

Transcription de l’émission

Reda : Parents et enfants concernées par le VIH au sommaire de l’émission Maghreb-Afrique Survivreausida. Abdou était venu à la rencontre du 11 juin organisée par le Comité des familles pour répondre aux préoccupations des couples concernés par le VIH qui veulent faire un enfant. C’est le 15 septembre qu’il m’a rappelé alors que j’étais sur le chemin de l’hôpital pour accompagner ma femme sur le point d’accoucher.

Abdou nous a rejoint samedi à la manifestation, il s’est tout de suite proposé pour porter la banderole des familles avec nous. Arrivés devant le conseil d’état, je lui proposé de nous raconter la bonne nouvelle. En effet, sa femme est enceinte de 4 mois ; on écoute.

Abdou : Alors, déjà bonjour Monsieur Reda

Reda : Comment ça va ?

Abdou : Ben, je vais très bien, sachant qu’il y a des gens pour s’occuper des personnes étrangères dans ce pays qui ont des pathologies et qui ont pas beaucoup de gens qui en parlent ou qui ont même pas le droit de s’exprimer. En gros, c’est ça. Et moi, quand j’ai connu votre association, j’ai vu que c’était faisable d’être séropositif, d’être atteint de cette pathologie et d’avoir des enfants et une vie de famille comme il faut et ne pas être catalogué juste, comment dire ça, clandestin.

Reda : Qu’est-ce qui se passe aujourd’hui ? On est où là ?

Abdou : On est juste devant l’hôtel du Louvre, le Conseil d’Etat, on est entrain de se faire entendre. J’espère que ces coups de gueule seront perçus par tout le monde, je veux dire, notamment par l’élite qui nous gouverne. On travaille quand même ici, on cotise alors il est temps qu’on nous écoute.

Reda : Vous m’avez appelé vendredi, vous m’avez donné, enfin ; moi je vous avais expliqué que ma femme était sur le point d’accoucher et que je l’emmenais à l’hôpital et vous aussi vous aviez une bonne nouvelle ?!

Abdou : Absolument, en étant séropositif avec une femme qui est à 4 mois de grossesse, ben ; je veux dire que c’est faisable, tout le monde peut le faire. Merci à ceux qui nous aident. Je suis bien content de connaître votre association.

Reda : Comment vous avez découvert, appris que voilà ; c’est possible d’être concerné et de faire un bébé dans de bonnes conditions sans contaminer personne, ni la maman, ni le bébé, ni qui que ce soit ?

Abdou : Ben, tout simplement par le médecin. Le médecin qui me disait tout n’est pas perdu. Quand on a appris la séropositivité, le médecin a dit : Ecoutez, vous pouvez toujours avoir une vie de famille sans être que tous les deux, on peut avoir des enfants. On a mis 5 ans pour le faire. Ben ; Dieu Merci ! aujourd’hui ça se réalise. Donc 4 mois, on attend encore 4 mois et demi ou 5 mois et ça va se faire. Je ne sais pas encore comment on va l’appeler mais ça aura un lien avec le VIH ;

Reda : Au jeune séropositif qui a 20/25 ans, enfin ; peu importe l’âge en fait, qui vient juste d’avoir la mauvaise nouvelle, qu’est-ce que vous vous auriez envie de lui dire ?

Abdou : Je pensais que c’était la fin de la vie. Je me suis dis ; il n’y a plus rien à faire ; il faut picoler ou il faut se suicider ou il faut…Mais avec les trithérapies, aujourd’hui je suis comme tout le monde, c’est pas marqué sur le front VIH+. Pour vous dire aussi, il y a déjà ce bébé là qui arrive. Mais à toutes les personnes qui apprennent la nouvelle, je voudrais dire : Il faut se faire entourer, il faut beaucoup parler, parce que si on reste enfermé dans son coin ; c’est pas bon, c’est pas bon du tout parce qu’on se dit que c’est la fin du monde alors que la vie elle continue malgré la séropositivité quand même ! La vie, elle continue.

Et c’est difficile d’en parler, surtout quand on a des origines africaines. En Afrique, on en parle pas beaucoup. En France, ici, on a pas mal d’associations où aller, notamment la votre, ben ; c’est pas la fin du monde, voilà !

Reda : Même au sein du Comité, il y a des gens qui nous soutiennent, mais pour cette manif aujourd’hui, ils m’ont dit : Ecoute Reda, je ne suis pas prêt à venir comme ça, me montrer à visage découvert !

Qu’est-ce que vous diriez vous à quelqu’un qui veut rester caché ? Quel est l’intérêt ? Quel est le sens de sortir de la honte et de sortir de l’ombre ?

Abdou : La honte peut-être pour la communauté africaine. Moi, je suis venu, je veux dire, j’ai porté la pancarte pour dire qu’il faut sortir de ce marasme, je veux dire, on vit avec ça il n’y a pas de honte à avoir et plus on reste dans l’ombre et plus on se fait du mal, voilà pourquoi je suis là aujourd’hui. Je ne suis même pas là en tant que sans-papier, je suis là en tant que quelqu’un qui est résidant depuis plus de dix ans quand même en France. Que tout le monde se fasse connaître pour dire, au moins, les choses telles qu’elles sont, c’est-à-dire, ce qu’elles subissent ; c’est sortir de l’ombre, sortir de l’ombre, surtout ne pas s’enfermer dans son carcan, voilà pourquoi je suis là !

Reda : Donc, c’était Abdou qui nous avait rejoint à la manifestation, et comme l’a dit Maya, il a porté la banderole des familles avec nous, il était venu à la rencontre du 11 juin et c’est comme ça qu’on avait fait connaissance, qui était organisé par le Comité des familles pour répondre aux préoccupations des couples concernés par le VIH qui veulent faire un enfant.

Alors, Lucette ; Vous êtes venue pour nous parler des Etats généraux de la santé. Néanmoins, la coutume veut qu’on vous demande votre réaction par rapport à ce futur père de famille, ce futur papa qui parle de ce qu’il a récupéré quand il a appris qu’il pouvait faire un enfant, par rapport à sa dignité et par rapport à ses droits.

Lucette : Ca me rappelle un peu mes questions à moi quand je me demandais si je voudrais avoir des enfants dans la société telle qu’elle est et avec qui avoir des enfants et finalement je pense que c’est toujours un questionnement. Même une fois qu’on a décidé que ça valait la peine d’avoir des enfants et qu’on se sentait assez fort pour essayer de leur donner envie de vivre et puis, d’aimer la vie, tout le monde, c’est normal que tout le monde ait ses questions et pouvoir répondre avec la même incertitude et la même angoisse sans tenir compte de la maladie.

Ça me rappelle un petit peu les questions qu’on se posait même sans être malade. Comment faire pour accueillir au mieux un enfant ? Est-ce qu’on peut le faire ? Et comment le faire au mieux ? C’est une bonne nouvelle, vraiment, la vie c’est un miracle !

Reda : Maya, toi t’as dit que t’étais étonnée qu’il vienne porter la banderole avec nous !

Maya : Ben oui, parce que je pensais qu’Abdou était venu nous rejoindre, en fin de compte, pour parler de son bonheur là, le fait qu’il ait eu…

Reda : Oui, parce qu’il y a eu beaucoup de gens qui sont venu à la rencontre du 11 juin quand c’était pour savoir comment faire un bébé mais pour militer, on est beaucoup moins nombreux !

Maya : Oui, et là ; il est carrément venu sur le terrain et puis il a pris la banderole et puis là, j’étais hyper contente parce que le côté militantisme chez les séro, il n’y en a pas beaucoup et c’est regrettable. C’est dommage parce que à côté de ça on va nous mettre des lois, on va nous retirer des choses et puis après, il sera trop tard pour bien faire.

Transcription : Nadia O.