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Luttes de l’immigration et contre le racisme

Bras de fer sans issue entre l’Etat et l’association Africa

16 juillet 2004 (Le Parisien)

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PLUTÔT freiner que se déjuger, plutôt se restreindre que renier son histoire. Place Georges-Braque, aux franges du quartier des 4 000, à La Courneuve, les militants de l’association Africa ont choisi de refuser l’ultime proposition de la préfecture pour obtenir le rétablissement d’une subvention de 10 000 €, supprimée pour cause de position jugée trop radicale et tendancieuse au sujet de la guerre en Irak et du conflit israélo-palestinien.

« Chantage politique ! » Depuis l’annonce de cette suppression le mois dernier, l’association dénonce une « chasse aux sorcières », qu’elle voit peser de plus en plus lourdement sur ses ateliers de soutien scolaire, ses cours d’alphabétisation, ses permanences d’écrivain public et les multiples aides à l’insertion menés depuis 17 ans par ses formateurs et ses militants.

Début juillet, la rencontre entre les responsables d’Africa et le sous-préfet chargé de la politique de la ville, Jean-Philippe Setbon, était une sorte de rendez-vous de la « dernière chance », et il a achoppé : le sous-préfet s’est engagé à rétablir la subvention si Africa se dédoublait. D’un côté les actions éducatives et l’argent de l’Etat, de l’autre le militantisme mais alors sur fonds propres. « Chantage politique ! », « Pression financière ! » dénoncent les responsables d’Africa, qui déjà réfutaient les accusations de radicalisme « injustifiées » invoquées en préfecture pour expliquer la décision de couper les vivres à la plus grosse association du quartier des 4 000. « Nous refusons une telle formule, répète la porte-parole d’Africa, Mimouna Hadjam. Que l’on nous juge sur notre bilan, pas sur des positions antiracistes qui font partie de notre histoire et sont inscrites dans nos statuts. » L’Etat n’entend pas céder et plier « sous des arguments fallacieux ». « J’ai été clair, insiste Jean-Philippe Setbon. Dans la mesure où le mélange des genres continue, où cette association refuse de séparer son action militante de toutes celles relevant de la politique de la ville, on arrêtera toute collaboration de l’Etat. » On l’accuse de « censure » ? « Cela aurait été de la censure si je leur avais demandé de se taire, répond le sous-préfet, or la question n’est pas là. Il s’agit simplement de séparer l’action militante de tout le reste, ce qui est encore aujourd’hui très flou. » Les 1 300 signatures recueillies par la pétition lancée le mois dernier, les soutiens officiels d’élus locaux et départementaux, puis les nouveaux courriers adressés, dès hier, au ministre de la Cohésion sociale, Jean-Louis Borloo, au préfet et au Premier ministre, ont peu de chance de faire plier l’Etat. Quand bien même le maire PC de La Courneuve, Gilles Poux, espère « rappeler à Jean-Louis Borloo les engagements qu’il a confirmés de vive voix, fin juin, en assistant à la démolition des deux barres des 4 000... » Il a rendez-vous fin août au ministère pour discuter projets urbains et politique de la ville, et compte bien remettre Africa au menu de la rencontre.

Elodie Soulié


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