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Contraception et prévention | Droits des femmes

Le Planning familial dénonce une situation alarmante pour l’IVG à Marseille

27 juin 2004 (Le Monde)

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Marseille de notre correspondant régional

Le Planning familial s’est alarmé publiquement, jeudi 3 juin, de la gravité de la situation sanitaire concernant les interruptions volontaires de grossesse (IVG) à Marseille et dans le département. Depuis le 1er juin, en effet, les quatre médecins de la Clinique Vert-Coteau, dernière clinique autogérée de la ville, sont en grève. Ils dénoncent le fait que, "depuis quinze ans, l’acte chirurgical que représente l’IVG n’a pas été revalorisé alors que -leur- assurance a été multipliée par 20 en cinq ans et sans que les compagnies aient jamais publié leurs chiffres d’indemnisation".

Ces praticiens, qui sont souvent des militants de longue date de la loi Veil, avaient déjà parlé de grève l’an dernier. Après une lettre favorable de Jean-François Mattei, alors ministre de la santé, ils avaient remisé leur menace. Mais rien d’autre n’est venu depuis pour eux, sinon que la somme allouée à la clinique, qui perd autour de 100 euros pour chaque intervention de ce genre, a été légèrement revalorisée.

Le nouveau ministre, Philippe Douste-Blazy, n’a pas donné signe de vie sur ce dossier. Le mouvement de ces gynécologues et chirurgiens a des conséquences dramatiques immédiates pour les femmes en demande d’IVG. En effet la clinique Vert-Coteau pratique 1 200 interruptions sur les 6 000 qui sont effectuées annuellement à Marseille. Un seul autre établissement privé, la clinique mutualiste de Bonneveine, en fait (environ 800 par an), deux hôpitaux publics absorbant à eux seuls 2 000 demandes. Les 2 000 autres interventions connues sont effectuées par des gynécologues sur leur clientèle privée habituelle.

Or l’hôpital Nord, qui pratique 800 interruptions volontaires de grossesse par an, est actuellement en travaux. Le planning familial s’attend donc à être débordé une fois de plus, alors qu’il est déjà souvent obligé d’envoyer les patientes à Salon ou Aix, voire dans le Var. Cette conjoncture dramatique renvoie à une situation profondément détériorée. Les récentes études ont en effet révélé qu’il y avait eu une augmentation de plus de 30 % des IVG en Provence-Alpes-Côte-d’Azur en sept ans, alors que, dans le même temps, 25 % des centres qui les pratiquaient ont cessé de faire des interventions, en particulier les cliniques privées se refusant à exercer des activités non rentables.

En effet, la faiblesse du prix de l’acte, cause de la grève actuelle, décourage les jeunes médecins : le praticien reçoit 54,71 euros pour son intervention, c’est-à-dire moins que pour une échographie. De surcroît, les structures publiques d’accueil saturent : en neuf ans, elles ont accueilli 49 % d’accouchements et 27 % d’IVG supplémentaires. Fort de son expérience, le Planning familial de Marseille, qui a reçu 1 349 personnes pour une demande d’IVG en 2003, ajoute que l’augmentation des moyens de prévention est indispensable pour espérer enrayer la forte augmentation de demandes. Il veut aussi alerter les pouvoirs publics, qui semblent à ses yeux indifférents à cet acte qu’un des grévistes estime, "trente ans après la loi Veil, encore profondément diabolisé".

Michel Samson

Campagne d’interpellation des pouvoirs publics

Le Mouvement français pour le planning familial (MFPF) devait lancer mardi 8 juin une campagne d’interpellation des pouvoirs publics. "Nous constatons, hélas, une accumulation insupportable de difficultés d’accès à l’interruption volontaire de grossesse", regrette Fatima Lalem, membre du bureau national du MFPF. Au cœur des revendications, les retards d’application de la loi Aubry du 4 juillet 2001, qui a réformé et assoupli la loi Veil de 1975 en prolongeant le délai de recours à l’IVG de 10 à 12 semaines de grossesse. Mais, poursuit Mme Lalem, "trois ans après, les décrets d’application, les modalités financières et les arrêtés nécessaires n’existent pas encore. Les femmes qui le souhaitent ne peuvent toujours pas bénéficier d’une IVG médicamenteuse en ville -à l’aide de la pilule abortive RU 486, uniquement utilisée avant la septième semaine d’aménorrhée-, alors qu’elle est prévue par la loi." Autre demande, la revalorisation des forfaits IVG, qui stagnent depuis 1991. Conséquence : certaines cliniques privées arrêtent de pratiquer un acte qui les met en situation déficitaire.

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