Femmes séropositives | Lipodystrophies
Les femmes séropositives perdent plus de graisses qu’elles n’en accumulent
26 décembre 2003 (CATIE News)
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Le VIH/sida se caractérise par des modifications de la forme corporelle et de l’apparence physique depuis le début de l’épidémie. Lors des premières années de celle-ci, le sida était associé plus étroitement à la perte de poids, si bien que dans plusieurs parties de l’Afrique subsaharienne, le sida s’appelait également « slim » (mot anglais signifiant mince).
Lorsque les combinaisons antirétrovirales ont vu le jour dans les pays riches vers le milieu des années 90, certains utilisateurs ont commencé à faire état de changements bizarres dans leur forme corporelle, notamment les suivants :
accumulation de graisses sur le dos et la nuque (bosse de bison) ;
augmentation du volume des seins ;
accumulation de graisses des les parties profondes de l’abdomen (graisses viscérales).
Dans d’autres parties du corps, la couche de graisses situées en dessous de la peau (graisses sous-cutanées) a tendance à s’amincir chez certaines personnes. Cela s’observe notamment sur le visage, les bras et les jambes. À mesure que la couche adipeuse disparaît, les veines commencent à saillir.
Tous les changements ne sont pas de nature physique, cependant. Certains d’entre eux se produisent de façon moins remarquable à l’intérieur du corps. Il faut réaliser des tests de laboratoire afin de déceler les changements suivants dans le sang des patients sous traitement antirétroviral :
augmentation du taux de lipides à cholestérol et triglycerides ;
augmentation du taux de sucre (glucose) et de l’hormone insuline.
L’ensemble de ces changements physiologiques et biochimiques est regroupé sous le terme « syndrome de lipodystrophie du VIH ».
La majorité des recherches visant à documenter et à élucider le syndrome de lipodystrophie se sont menées chez des hommes. Des chercheurs aux États-Unis ont récemment publié les résultats d’une étude d’envergure menée chez des femmes [1]. Selon leurs résultats, les pertes de graisses sous-cutanées sont deux fois plus courantes chez les femmes séropositives que chez les femmes séronégatives et toucheraient plusieurs parties du corps, dont les bras, les jambes, les fesses, l’abdomen, la poitrine et le dos. En ce qui concerne l’accumulation de graisses, cependant, les résultats ont été surprenants. Dans l’ensemble, l’accumulation de graisses sur l’abdomen et les seins s’est produite chez une proportion semblable de femmes séropositives que de femmes séronégatives.
Détails de l’étude
Depuis 1994, des chercheurs oeuvrant dans cinq villes américaines à Chicago, Los Angeles, New York, San Francisco et Washington à suivent l’état de santé de femmes séropositives et de femmes à risque dans le cadre de la WIHS (Women’s Interagency HIV Study). Les volontaires se présentent à diverses cliniques deux fois par an pour répondre à des questions détaillées et subir un examen physique et des prises de sang.
En 1999, les infirmières travaillant dans les divers centres de l’étude ont commencé à mesurer et à documenter les dimensions de certaines parties du corps (triceps, hanches, poitrine, etc.). Les changements dans la couche adipeuse du visage n’ont pas été évalués dans le cadre de cette étude. Les techniciens ont également effectué des analyses d’impédance bioélectrique (AIB) afin d’évaluer la proportion de graisses corporelles. L’équipe de recherche a suivi les sujets pendant deux ans et demi entre 1999 et 2002. Des données furent recueillies auprès d’un total de 815 femmes dont les résultats au test de dépistage du VIH se répartissaient ainsi :
605 femmes séropositives ;
210 femmes séronégatives.
Notre rapport sera axé sur les femmes séropositives, sauf aux fins de comparaison. Au moment de s’inscrire à l’étude, le profil moyen des femmes séropo était le suivant :
âge < 41 ans ;
poids < 68 kg (150 livres) ;
taux de graisses corporelles < 26 % ;
60 % de race noire ;
23 % d’origine latino-américaine ;
17 % de race blanche ;
cellules CD4+ < 366 cellules ;
charge virale < 2 000 copies.
De façon générale, les femmes séropositives pesaient davantage et avaient un taux de graisses plus élevé (31 %) que les femmes séropositives (26 %) dont l’âge, la taille et la race étaient semblables.
Résultats à poids corporel et graisses
Au cours des deux ans et demi de l’étude, le poids moyen des femmes séropositives est demeuré stable. Par contre, les femmes séronégatives avaient tendance à prendre environ un demi-kilogramme tous les six mois.
Tout comme leur poids corporel, le taux de graisses des femmes séropositives est resté stable pendant l’étude. Chez les femmes séronégatives, on a constaté une augmentation du taux d’adiposité d’environ 1 % tous les six mois.
Résultats à pertes et accumulations de graisses
La bonne nouvelle : La moitié des femmes séropositives n’a présenté aucune perte ou accumulation de graisses mesurable au cours de l’étude ;
La mauvaise nouvelle : La probabilité d’une perte de graisses sous- cutanées (sous la peau) touchant les bras, les jambes, les fesses, l’abdomen, la poitrine et le dos était deux fois plus élevée chez les femmes séropositives que chez les femmes séronégatives ;
Les accumulations de graisses abdominales étaient comparables chez les deux groupes de femmes ;
Seulement 14 % des femmes séropositives ont connu simultanément des pertes et des accumulations de graisses.
Points à retenir
Dans le cadre de cette étude américaine d’envergure, le poids corporel et le taux de graisses moyens des femmes séropositives étaient plus faibles que ceux d’un groupe de femmes séronégatives d’âge comparable. Il se peut que cela se produise parce que le VIH influe sur le poids et la forme du corps, notamment en ce qui concerne les graisses.
Comparativement aux femmes séronégatives, les femmes séropositives sont plus susceptibles de perdre de la graisse sous-cutanée au milieu du corps (poitrine et dos), ainsi que sur les bras et les jambes. Cette découverte porte à croire que la perte de graisses pourrait constituer un important changement dans la composition du corps des femmes séropositives.
Le rapport de la WIHS comporte plusieurs limitations. À l’heure actuelle, les études portant sur la composition corporelle ont recours à la radiographie, à la technologie DEXA et à l’imagerie par résonance magnétique (IRM) pour évaluer le taux de graisses corporelles. Ces technologies permettent également de déceler les graisses situées dans les profondeurs du corps, c’est-à-dire les graisses viscérales. Puisque aucune de ces technologies n’a été utilisée dans le cadre de cette étude, les chercheurs ne peuvent rien affirmer avec certitude en ce qui a trait aux graisses viscérales.
Enfin, aucune analyse n’a été faite en ce qui concerne les liens éventuels entre l’utilisation de médicaments antirétroviraux et les pertes ou les accumulations de graisses. Comme prochaine étape, peut-être l’équipe pourra-t-il déterminer si les traitements utilisés par les sujets contribuaient aux changements dans la forme corporelle. Une telle analyse constituerait un grand pas en avant vers l’explication de l’absence de pertes ou d’accumulations de graisses importantes chez la moitié des femmes séropositives ayant participé à cette étude d’une durée de deux ans et demi.
Sean R. Hosein
Notes
[1] Tien PC, Cole SR, Williams CM, et al. Incidence of lipoatrophy and lipohypertrophy in the Women’s Interagency HIV Study. Journal of Acquired Immune Deficiency Syndromes 2003 ;34(5):461-466.
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> Les femmes séropositives perdent plus de graisses qu’elles n’en accumulent
De nombreuses études ont montré que certains médicaments anti-VIH, notamment les antiprotéases (ex : Crixivan) et les nucléosides (ex : Zerit), auraient une responsabilité dans les problèmes de lipodystrophie. Ce problème amène souvent à des changements de traitement, quand cela est possible. Il faut en parler à son médecin.
