Skip to main content.

À propos du Comité des familles pour survivre au sida (2003–2013) | Dons de médicaments | Najiba | Tunisie

Réponses aux questions concernant les dons de médicaments au Comité des familles pour survivre au sida

22 décembre 2003 (papamamanbebe.net)

6 Messages de forum | | Votez pour cet article

À l’émission, nous avons reçu de nombreuses questions concernant les dons de médicaments au Comité. Nous n’avons pas les moyens pour systématiser ou organiser une collecte, alors que l’objectif est d’obliger les gouvernements de fournir les médicaments à la population avec une vraie protection sociale pour tous. Néanmoins, il y a des leçons à tirer de l’action menée dans l’urgence. Voici quelques points que nous tenons à rappeler.

La position du Comité est de refuser de récolter des médicaments (nous ne sommes ni médecins ni pharmaciens), sauf en cas d’urgence (ce qui était le cas avec l’Appel du 5 novembre 2003). Et lorsque nous le faisons, c’est toujours pour ensuite dénoncer le refus de nos gouvernements d’ouvrir l’accès effectif aux médicaments et de respecter la dignité des malades du sida de nos pays. Bref, pour poser sur la place publique le drame et l’injustice de ce que nous vivons et le fait que nous luttons pour y mettre fin.

Les familles de l’immigration que nous connaissons n’ont pas de moyens pour acheter des antirétroviraux de marque. L’achat de médicaments génériques est interdit en France. Nous avons évoqué la possibilité d’organiser un achat groupé avec MSF [1], mais pour l’instant le nombre de familles concernées est insuffisant, les pays trop nombreux, etc.

Mais parmi nous plusieurs de nos proches sont en train de mourir, malgré l’envoi trithérapies, du fait de la prise en charge tardive, du manque de moyens pour soigner les maladies opportunistes, des ruptures de stock des médicaments, de l’incompétence et de l’arrogance des médecins de nos pays d’origine, etc. C’est pourquoi nous réclamons non seulement les médicaments mais aussi les moyens matériels pour survivre au sida [2].

Les associations classiques de lutte contre le sida (de Act Up à AIDES) ont vérouillés certaines filières de récolte d’antirétroviraux, et utilisent ces médicaments comme outils de négociation et de contrôle néo-coloniale sur les associations de malades du sida de nos pays d’origine [3].

À ce jour, les réseaux informels de récolte d’ARV gérés par AIDES, Ensemble contre le sida ou Act Up [4] n’ont pas répondu à notre appel. Médecins du Monde a répondu, pour indiquer qu’ils n’étaient pas en mesure de répondre à notre demande.

Ceux qui ont répondu, ce sont les médecins qui connaissent le travail du Comité des familles pour survivre au sida. Des séropos ont aussi répondu à l’appel. Nous les remercions.

Nous avons même reçu un appel téléphonique de Hakima Himmiche, étonnée par cette situation alors que, selon elle, le gouvernement tunisien venait de réaffirmer son engagement à fournir la trithérapie aux malades du sida. Nous lui avons écrit pour demander des informations complémentaires sur cette engagement, mais à ce jour notre courrier demeure sans réponse de sa part.

Notre appel a ainsi révélé au grand jour que le gouvernement tunisien , de fait, ne fournit pas les traitements à l’ensemble des malades qui en ont besoin. Les malades sur place ainsi que leurs familles ont de grandes difficultés pour obtenir une trithérapie, et ensuite pour maintenir la continuité du traitement.

Oui, récolter des médicaments pour un seul malade peut vous sembler dérisoire. Mais pour l’instant nous en sommes là. Si Sayed échappe à la mort, il continuera le travail qu’il mène à Tunis pour esasyer de réunir et de mobiliser les malades et leurs familles. Si sa soeur trouve les médicaments avec le soutien du Comité, elle continuera son travail de solidarité au sein de celui-ci. Ces boîtes de Viracept sont la condition de la survie de Sayed, même si elles ne sont qu’un moyen pour continuer la mobilisation et déboucher sur des revendications et des actions réellement collectives pour que nos gouvernements.

Notes

[1] Maladies négligées, maladies oubliées : entretien avec Jean-Hervé Bradol

[2] L’union fait la force : appel au premier rassemblement des familles maghrébines et africaines solidaires pour survivre au sida

[3] Enjeux d’une pharmacie de la solidarité : Fermer la pharmacie d’AIDES condamnerait 60 malades du tiers-monde à une mort certaine

[4] Certains seront étonnés de voir Act Up Paris, qui prétend défendre une position radicale en faveur de l’accès aux traitements, mis sur le même plan que d’autres associations classiques de lutte contre le sida. Nous rappelons les faits suivants :
- Act Up a mis en place Planet Africa, qui plaçait plusieurs associations africaines sous sa tutelle politique, tout en fournissant des médicaments ARV récoltés par ses membres et dans son réseau.
- Plusieurs anciens membres d’Act UP, dont Marie de Cenival, travaillent au sein d’Ensemble contre le sida (ECS), dont des membres d’Act Up siègent au Conseil d’administration. Ensemble contre le sida contrôle un réseau de récupération d’antirétroviraux et utilise ceux-ci pour gérer ses rapports avec les associations qu’elle « soutient » sur le continent africain.
- Les pratiques colonialistes d’Act Up dans l’organisation du Sommet des génériques ont déjà été dénoncées par les associations de malades dans nos pays d’origine, lire Médicaments génériques : sommet « importé » par les associations classiques ou sommet reporté sous pression des laboratoires ? et Sommet des génériques : lettre du comité national d’organisation. Au lieu de se remettre en question, les dirigeants d’Act Up ont préférés saboter et saborder le Sommet, et empêcher sa tenue !
- Enfin, nous sommes en contact avec des militants de nos pays d’origine, en lutte pour survivre au sida, qui témoignent de propositions ou de demandes émanant d’Act Up dont ils dépendaient d’abord pour obtenir, parfois ponctuellement, des médicaments nécessaires à leur survie. Lire, à titre d’exemple concernant les pratiques d’Act Up et Ensemble contre le sida, le message du militant marocain Youssef.

Nous appelons Act Up comme les autres associations à cesser le mépris et la manipulation à l’égard des associations créées par des militants de nos pays d’origine comme à celle créées par des familles de l’immigration maghrébine et africaine en France. Les associations du Nord doivent se mettre au service des familles du Sud en lutte pour survivre au sida.

Forum de discussion: 6 Messages de forum