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Communiqué : ANRS, la gestion de la misère en question

9 octobre 2000 (survivreausida.net)

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Lire notre dossier : La gestion de la misère en question

L’ANRS avait invité Migrants contre le sida à intervenir dans le cadre d’une table ronde à l’occasion de la journée d’animation de la recherche sur le thème « Sida et immigration : la recherche en question ». Parce que nous refusons de servir de caution aux organisateurs de cette rencontre, nous n’y participerons pas. La déclaration suivante clarifie notre prise de position, elle a été lue par un de nos militants lors de la rencontre :

Déclaration à l’occasion de la journée « Sida et immigration : la recherche en question »

Migrants contre le sida refuse de participer à la parodie organisée aujourd’hui par l’ANRS. Les premiers concernés, les malades issus de l’immigration, sont exclus des débats. Certains des intervenants ont perpétué, pendant des années, le silence et le déni alors que l’épidémie frappait déjà de plein fouet les immigrés. Enfin, cette rencontre ne pose ni la responsabilité des pouvoirs publics, ni la complicité des associations institutionnelles dans la gestion de l’épidémie.

Anne Laporte : votre santé publique nuit à notre santé

La conclusion du rapport d’Anne Laporte (InVS) sur la situation du sida au sein de la population étrangère (InVS, 1999) adopte une position ouvertement raciste sur les causes de l’épidémie. Pour l’Institut, chez les Africains noirs, le sida peut être « une pathologie d’importation, dans la mesure où l’étranger vient en France déjà porteur du VIH ». Pour les Maghrébins, il s’agirait d’un problème d’intégration dont ils seraient eux-mêmes responsables, du « fait d’une opposition entre la culture parentale transmise et la perte des valeurs traditionnelles liée à l’immigration ». Nous appelons tous ceux engagés sur le front du sida aujourd’hui à refuser ces propos ouvertement racistes, réducteurs, et ridicules.

Si les immigrés sont frappés hors proportion par le virus, c’est la conséquence des choix politiques en matière d’immigration et de santé publique : depuis 30 ans, les immigrés et leurs enfants sont parqués dans le ghetto, des bidonvilles au HLM. Ils sont la cible des expulsions, de la répression policière, de la discrimination administrative d’État faite entre « bons » et « mauvais » immigrés...

De AIDES à Act Up : refusez de gérer la misère des malades

En 1999, Christian Saout, président d’AIDES Fédération, se déclarait rassuré sur l’utilité de son association tentaculaire : « Aides est vitale. La précarité et la vulnérabilité sociale s’expriment de plus en plus fortement... » (Libération, 25.10.1999). Éric Dagher d’Act Up Paris revendique sa gestion de « 27 dossiers brûlants concernant Étrangers » (sic). Dominique Gillot, Secrétaire d’État à la Santé, encourage les associations classiques à « permettre le transfert des savoir-faire acquis contre l’épidémie vers d’autres domaines... soutenu par des crédits... contre l’exclusion et non plus seulement par des crédits SIDA ». Message reçu : la misère croissante des malades est le dernier marché juteux pour les associations classiques, il y aura des « dossiers brûlants » pour tout le monde.

Il faut dénoncer les vrais responsables : les décideurs économiques qui organisent la pauvreté, les politiques qui se dédouanent de leur responsabilité de garantir l’accès aux soins et l’égalité des droits face à la maladie. Migrants contre le sida appelle ces associations à refuser toute collaboration à cette gestion de la misère, toute « solution » qui consiste à faire une exception ou à réserver certains « privilèges » aux séropositifs : des consultations précarité aux autorisations de séjour « pour soins », ainsi se creusent les inégalités entre les malades. L’hôpital doit soigner tout le monde, seul l’arrêt de toutes les expulsions mettra fin aux expulsions de malades.

Vingt ans d’attente : nous avons perdu notre patience

Nous avons attendu vingt ans pour que les institutions reconnaissent timidement que, oui, les immigrés payent un lourd tribut à l’épidémie. Quand ce ne sont pas des conclusions ouvertement racistes, c’est (comme avec le rapport Delfraissy) pour se limiter à ce constat, sans oser formuler la moindre proposition. Des rares études faites, la plupart sont bien loin de répondre aux questions qui comptent pour les séropositifs immigrés, d’autres ont été enterrées par leurs financeurs. Les « équipes de recherche » ont un choix à faire : vont-elles s’intéresser aux conditions de vie des malades issus de l’immigration pour renforcer les thèses ouvertement racistes de la santé publique officielle, ou parce qu’aujourd’hui il y aurait des budgets à gratter ?

Aujourd’hui, certains s’étonnent de notre colère, s’émeuvent de notre prétendue agressivité. C’est vrai, nous avons perdu notre patience : pendant que les chercheurs s’interrogent et les associations classiques grattent des budgets, la plupart des malades qui meurent encore du sida sont des immigrés. Il faut rappeler que l’inégalité face à la maladie, c’est la mort.

Contact presse : Raja Kousri au 08 70 25 12 50


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