Skip to main content.

Femmes séropositives

VIH : la femme immigrée plus vulnérable

26 mars 2001 (Quotidien du Médecin)

1 Message | | Votez pour cet article

Association d’aide aux femmes touchées par le VIH, principalement originaires d’Afrique subsaharienne, Ikambere a accueilli 313 femmes depuis sa création en 1997. Des femmes qui sont souvent chassées du domicile familial après l’annonce de la séropositivité.

EN France, au 31 décembre 2000, parmi les 51 402 cas de SIDA adultes déclarés depuis le début de l’épidémie, 7 605 cas (soit 15 %) concernent des personnes de nationalité étrangère, dont un tiers viennent d’un pays d’Afrique subsaharienne. C’est également au sein de cette population que le nombre de nouveaux cas de SIDA diminue le moins vite et s’est même stabilisé depuis 1997, selon l’Institut de veille sanitaire (InVS).

Les femmes immigrées d’Afrique subsaharienne sont particulièrement touchées, la transmission hétérosexuelle étant le principal mode de contamination (97 % des cas de contamination diagnostiqués en 1997), relève l’association Ikambere (du rwandais qui signifie : la maison accueillante), qui a créé à Saint-Denis, près de Paris, un lieu d’accueil pour les femmes atteintes par le VIH, principalement originaires d’Afrique subsaharienne (1). Créée en 1997 avec le soutien financier de structures publiques et privées (2), l’association a déjà accueilli 313 femmes, dont la majorité d’entre elles a entre 20 et 35 ans. Elles sont envoyées par les médecins ou par les associations de lutte contre le SIDA. Certaines apprennent l’existence de l’association par le bouche-à-oreille ou grâce aux plaquettes qui se trouvent dans les salles d’attente des hôpitaux.

Mort sociale

Selon une étude menée par Ikambere et financée par la direction générale de la Santé (DGS), le SIDA est une maladie connue des femmes africaines qui ont vu, au pays, de nombreux malades du SIDA. Néanmoins, la plupart de ces femmes ne se sentaient pas concernées par la maladie, car les risques de contamination sont, selon elles, « liés à des pratiques précises : vagabondage sexuel, prostitution, homosexualité, etc. ». Le SIDA est perçu comme conduisant inéluctablement et rapidement à la mort physique, mais il y a également l’idée que cette mort physique est précédée d’une sorte de mort sociale.

Plus de 85 % des femmes qui arrivent en France ignorent leur état sérologique. Les circonstances du test et de l’annonce de la séropositivité sont variables : bilan de santé volontaire, pathologie nécessitant des examens, grossesse, test prénuptial, dépistage anonyme et gratuit (CDAG). Selon l’association, la demande d’explications sur les modalités, voire sur les probabilités de transmission du VIH, est en hausse.

Généralement, les femmes cherchent à informer le moins de personnes possible de leur situation. Dans le cercle des proches, certaines personnes sont presque systématiquement exclues : les parents et les enfants. Il y a soit la peur d’être rejeté, soit la peur de faire souffrir ceux qui sont restés en Afrique.

Quand les femmes arrivent en France, elles sont hébergées par des amis, des membres de leur famille. Après la découverte de la maladie, la méconnaissance des modes de contamination change souvent les relations avec les proches.

Il n’est pas rare que les femmes soient chassées de la famille. En outre, les conflits dans les couples sont fréquents. C’est le cas d’une jeune femme, mariée à son cousin malgré l’interdiction de la famille. Elle arrive en juillet 1999 pour un regroupement familial, est hospitalisée pendant trois mois et découvre sa séropositivité. Expulsée par son époux, elle se retrouve à la rue. D’autres femmes subissent des violences physiques et verbales.

Depuis quatre ans, 29 femmes ont accédé à un logement définitif et 67 ont été hébergées, dont 16 par le SAMU social.

A.-M. G.

(1) 5, rue Virgil-Grissom, 93200 Saint-Denis. Tél. 01.42.35.74.02.

(2) Dont la DDASS 93, la DGS, la mairie de Saint-Denis et Bristol-Myers Squibb.

Forum de discussion: 1 Message