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Financement de la lutte contre le sida | Rap et hip-hop

Les voix du rap chantent contre le sida

12 juin 2000 (Le Parisien)

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SEPT GROUPES et un DJ se retrouveront au Divan du Monde ce soir pour la soirée « Lascars contre le sida ». A l’affiche : Saïan Supa Crew, Princess Erika, China, Driver, Yazid, X Unity, Kaysha et DJ Poska. Les deux têtes d’affiche, Saïan Supa Crew et Princess Erika, valeurs montantes d’un rap à la française décontracté, donneront le « la » à cette soirée passionnante. En trois ans, le groupe de rap Saïan Supa Crew a gravi les échelons du succès, dans un parcours sans embûches, en préservant un style original, loin des clichés du hip-hop français. Le mois dernier, l’Elysée-montmartre affichait complet pour leur concert et une nouvelle date, au Zénith cette fois-ci, est confirmée pour le mois d’octobre. En attendant, on pourra aller les écouter au Divan ce soir.

Substituer l’humour à la haine

Les six membres du groupe, en intitulant leur album « KLR » (Source/Virgin), ont voulu rendre hommage à leur ami du même nom, septième membre du Saïan Supa Crew, décédé dans un accident de voiture après le deuxième concert du groupe. Pourtant, leur musique, loin de ressembler à un requiem, exprime avec fraîcheur et humour une joie de vivre omniprésente dans leurs chansons. La popularité des six compères tient en partie à l’accessibilité de leurs compositions qui échappent à un formatage trop rap en intégrant des sonorités ragga, soul et zouk avec parcimonie. C’est surtout en live que Saïan Supa Crew a su séduire son public. Techniquement, leur hip-hop est d’une richesse irréprochable. Les trois voix de Leeroy Kesiah, Sly The Mic Buddah et Sir Samuel sont impressionnantes lors de leurs performances de « human beat boxing », ces parfaites imitations des boîtes à rythme avec leurs seules cordes vocales. La distance prise par le groupe vis-à-vis de la morosité d’une grande partie du rap français est une bonne chose. Substituer l’humour à la haine ou au désespoir, telle est leur démarche : ce qu’ils appellent la « technique de la double claque » où derrière l’instantanéité d’une musique et de paroles amusantes peut se dégager un discours profond et positif. « Tant qu’il y aura »... C’est le titre du nouvel album de la jeune chanteuse d’origine camerounaise Princess Erika. Tant qu’il y aura des histoires de coeur qui tournent parfois mal, tant qu’il y aura des raisons de se révolter contre un monde imparfait, les disques d’Erika continueront de tourner. Dans ses nouvelles chansons associant funk, reggae, hip-hop et soul, la jolie princesse se fait porte-parole de la « black attitude ». Avec des mots simples, sa voix légèrement mélancolique, elle nous tend un message d’espoir. Celui, par exemple, d’un « royaume où l’unité trône », dans la chanson « Sister ». Parvenue à son troisième disque, Erika s’inquiète non pas de sa carrière, mais de l’existence d’une nation idéale (le mot de nation revient dans plusieurs chansons : « Tant qu’il y aura », « Ego », « Nouvelle Génération »...). Sa maturité lui permet de prendre du recul en s’interrogeant sur des thèmes politiques simples et essentiels, en partant d’exemples souvent tirés de la vie quotidienne. On devine au fil des chansons de nouvelles réponses que peut apporter une jeunesse africaine née ailleurs, progressivement débarrassée d’une obligation « d’origine contrôlée ». CE SOIR A 22 HEURES Divan du Monde, 75, rue des Martyrs (XVIIIe). Mo Pigalle. Entrée 90 F.

Nicolas Delacour

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