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À propos du Comité des familles pour survivre au sida (2003–2013) | Les médias parlent des familles vivant avec le VIH | Reda Sadki

La vie rêvée des autres

5 avril 2013 (Le Courrier de l’Atlas)

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Reda Sadki consacre son temps à son combat : lutter pour la dignité des familles frappées par le virus du sida. Avec d’autres, en 2003, il crée le « Comité des familles maghrébines et africaines pour survivre au sida » à La Courneuve, en région parisienne. Encore aujourd’hui, il s’agit de la seule association de quartier, devenue association nationale, qui aborde ce sujet de santé publique, alors que le Sidaction débute aujourd’hui, jusqu’à dimanche.

Jusque là, il n’existait pas de structure dans les quartiers populaires de la région parisienne pour informer et mobiliser les habitants qui vivent avec le virus et leurs proches. Il y avait des réseaux d’entraide, alors que l’épidémie faisait des ravages : seul un sur dix parmi les contaminés de la banlieue y survivra, jusqu’à l’arrivée des trithérapies. Reda Sadki a eu la bonne idée, avec d’autres militants, d’organiser le premier rassemblement des familles arabes et noires directement touchées par le sida. C’était en 2002 et « c’était la première fois que des familles directement concernées décidaient de parler en leur propre nom sur la place publique », se souvient-il.

Méga Couscous des familles

Ainsi est né le Comité des familles à La Courneuve dans le 93. Un comité qui regroupe plus de 600 familles concernées dans leur quotidien par le VIH. Aujourd’hui, les membres de l’association animent la « Maison des familles », le local pour lequel « ils ont bataillé ». Il est situé dans le 19e arrondissement de Paris. Chaque printemps, depuis 7 ans, le Comité des familles organise un « Méga Couscous des familles ». « C’est notre Sidaction à nous. Donner envie aux gens qui vivent avec la maladie de sortir de l’ombre, on n’a pas la recette mais on connaît les ingrédients. Ca passe par la reconnaissance de la dignité », raconte Reda Sadki.

« C’est devenu plus personnel »

« Je me suis retrouvé mêlé à ce combat par la force des choses. Je n’avais pas calculé », explique t-il. « J’ai commencé à en parler à la radio en 1995, pour donner la parole aux quelques écorchés vifs que je connaissais ». C’est après que l’épidémie l’a rattrapé : j’ai été amoureux d’une femme concernée, notre enfant doit sa bonne santé aux trithérapies. J’ai perdu des proches, y compris des membres de ma propre famille, une jeune femme en Algérie qui venait de se marier. « Là, c’est devenu plus personnel. Je me suis retrouvé en plein dedans. Je refuse le sort qui est réservé à ces personnes », martèle ce militant de 42 ans.

Tri social

« Je n’avais pas mesuré jusqu’où cette épidémie allait... Le Sida est à la fois lié à l’intimité et à la politique, au sens large », analyse Reda Sadki. Cette épidémie du Sida touche toutes les couches sociales. Mais selon lui, il existe « un tri social, qui révèle une injustice en profondeur. Il y a un niveau de violence structurelle. Le mot discrimination est trop léger pour expliquer la situation de ces malades ».

« Le progrès de la médecine a bouleversé la vie des gens »

Reda Sadki vient de lancer le « + Quotidien », la première série radiophonique quotidienne qui raconte la vie des familles vivant avec le VIH. Cinquante hommes et femmes de tout horizon y participent. « Les progrès de la médecine ont transformé la vie des gens », explique-t-il. « Mais personne n’est au courant parce que certains craignent que cela fasse chuter les dons déjà dérisoires au Sidaction ».

Secret sur son histoire personnelle

Au départ, il y avait beaucoup de Maghrébines. Le Comité des familles est devenu multicommunautaire au fil des années. « Finalement, notre petite expérience d’Arabes a pu servir à tout le monde ». Reda Sadki est lui-même d’origine algérienne. Sa famille vient de la ville de Tablat. « Je n’y suis allé qu’une seule fois. J’aime l’idée que cet endroit reste un mythe. Mais j’espère pouvoir un jour y emmener mes enfants ». On n’en saura pas plus. « Je ne mets pas mon histoire personnelle en avant. Par choix », concède Reda Sadki.

Vivre son rêve américain

En creusant, on saura malgré tout qu’il a beaucoup voyagé, « à l’autre bout du monde ». En 1990, au moment de la première guerre du Golfe, il vit aux Etats-Unis mais « cette guerre me rappelle que je ne suis qu’un Arabe. Alors que je voulais vivre mon rêve américain ». C’est après cette guerre, que Reda vient s’installer à Paris, « avec beaucoup de naïveté, pour rejoindre la communauté arabe. Et je suis arrivé en plein dans les lois Pasqua. Une claque. »

Un sens à la vie

Le militantisme est une forme de renoncement de soi. Parler de lui, on l’aura compris, ça le gêne. « C’est l’engagement qui donne un sens à une vie », aime t-il à rappeler. « Quand je vois des réussites individuelles, je me demande pour quelle finalité ? Ce que ma mère m’a transmis, c’est le droit à la liberté. J’ai découvert que ma grand-mère en Algérie n’était peut-être pas croyante. Cela montre qu’on peut penser librement, quelle que soit sa situation. Personne ne peut nous enlever cela », raconte Reda.

Reda Sadki est un militant pur sucre. Sa vie, il la passe à militer. Et il la gagne en tant que graphiste : « il faut bien remplir le frigo. Mais c’est devenu de plus en plus accessoire ».

Chloé Juhel