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Nino : l’annonce, la fuite, un nouveau départ

21 mars 2013 (papamamanbebe.net)

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Nino  : Ma tante me dit, bon ok, ici en France, tu sais là, tu n’as pas de papier et tout. Déjà il faut avoir l’aide médicale d’État, il faut faire 3 mois sur le territoire et après il faut qu’on aille dans un hôpital et tout parce qu’il faut faire un bilan de santé et tout. J’ai dit ok, pas de soucis. Trois mois après, elle m’a amené à Médecins du monde pour faire les démarches pour avoir l’aide médicale d’État. Arrivé là-bas, il y a une jeune dame qui m’a rencontré, qui m’a dit ok, d’accord Monsieur, vous pouvez prendre ce papier, vous allez à l’hôpital Delafontaine à Saint-Denis et vous faites un bilan de santé. J’ai dit non, je ne suis pas venu pour un bilan de santé, c’est pour l’aide médicale d’État. Elle me dit non, vous savez, c’est comme ça que ça se passe sur le territoire français et tout. Faut faire le dépistage du VIH anonyme et tout à l’hôpital. Bon, voilà, je suis parti à l’hôpital. Dans ma tête j’étais tranquille. Après une semaine, le médecin m’a donné un rendez-vous pour aller prendre les résultats. Arrivé là, il y a des gens qui attendaient, des jeunes-là. Chacun allait prendre ses résultats et partir. Mais arriver à mon tour, après la dame me dit ok, Monsieur, attendez un petit peu, 10 minutes, le médecin doit vous rencontrer et tout. Après là, le cœur a commencé un peu à battre un peu plus fort. Après, la dame m’a pris et me dit, voilà, elle a commencé à me contourner, me poser des questions. Elle ne voulait pas me dire. Elle a commencé à me faire un peu la diplomatie. Après elle a appelé une autre dame. Je me suis rendu compte que c’était la psychologue. Et là, j’étais vraiment effondré. Là je dis madame, ça y est, on arrête. Elle me dit ok, revenez demain, sinon vous revenez dans une semaine. Je dis ok, dans une semaine. Après je ne suis plus reparti. J’ai abandonné les trucs à l’hôpital. Arrivé chez ma tante, elle me dit comme ça s’est passé. Je dis non ça va très bien. Elle a insisté pour voir les résultats des examens. Alors je dis non, je dois repasser. Elle me dit non, ici, ce n’est pas comme au Cameroun. Ici on vous donne le truc. Au Cameroun parfois, les mecs peuvent trafiquer avec les médecins. Elle me dit non, ici, on vous donne directement les résultats. J’ai dit non. Donc j’avais déjà un peu la pression à la maison parce que ma tante là où j’habitais, elle me demandait d’avoir les résultats de mes examens.

Je suis retourné à l’hôpital. Mais je ne voulais pas montrer à ma tante. J’avais des cousins qui habitaient Gonesse alors je voulais partir de chez ma tante parce que j’avais la pression. J’ai appelé mes cousins et j’ai dit est-ce que je peux habiter chez vous ? Ils habitaient dans une petite chambre. Ils me disent non on n’a pas assez de place. Si tu dors dans un matelas au sol, il n’y a pas de problème. J’ai dit ok. Je suis parti chez mes cousins. Je suis parti de chez ma tante. Elle s’est fâchée. Elle me dit mais tu es où ? J’avais la pression. Si j’annonçais à ma tante, elle avait un petit garçon de 5 ans, elle avait son mari qui était là avec un autre cousin. Je ne sais pas comment j’allais m’en sortir là-bas à la maison. La psychologue m’a beaucoup remonté, elle m’a parlé du Comité des familles. Elle m’a dit voilà, ce n’est pas la fin de la vie, avec les traitements maintenant vous allez mener une vie normale et tout. J’ai commencé le traitement. Mais là aussi j’avais des problèmes chez les cousins parce qu’on était à 4 dans une petite chambre. On n’avait pas de papier tout le monde. Pour prendre les traitements, il fallait aller aux toilettes parce qu’il y a une heure précise. Si c’est 20 heures, il faut les prendre entre 20 heures et 21 heures ou 22 heures Il ne faut pas trop décaler. Alors il fallait jongler, il fallait aller aux toilettes, prendre les trucs et les avaler. Et revenir comme si de rien n’était. Il fallait toujours sceller ma valise avec une clef. Je marchais tout le temps avec ma clef dans la poche. Alors je me rendais compte que c’était encore compliqué. Je n’ai pas pris le traitement. Le traitement n’était pas bien pris. Je décalais les horaires et tout. Après trois mois, on a refait un bilan général. J’ai expliqué au médecin, j’ai dit le problème c’est que là où je suis, je ne peux pas prendre mon traitement bien. Après même, j’ai arrêté, ouais. J’ai presque arrêté. Ça me saoulait. Depuis mon enfance, je n’étais jamais allé dans un hôpital. Je ne suis jamais tombé malade de ma vie. Deux mois après, le médecin m’a dit si vous continuez sur cette lancée, c’est la catastrophe.

Ils m’ont trouvé un endroit dans un foyer où j’avais ma chambre, seul et tout. Et c’est là où j’ai pris maintenant ma vie en main, le courage, je me suis ok, il faut que je prenne mon destin en main. J’ai recommencé avec les traitements et après j’ai fait les démarches de papiers, les démarches administratives et j’ai eu les papiers. Aussi les traitements, je me suis dit arriver dans un pays comme la France où mon traitement coûte 1 500 euros le mois, si j’étais au Cameroun, ça n’allait pas être pareil. Donc il faut bien le prendre et déjà avoir cette chance qu’en France on s’occupe des malades du VIH. Et aussi, au Comité des familles, j’ai rencontré, parce que je n’arrivais pas à parler. Personne de ma famille, même au Cameroun, personne n’est au courant. Personne. Maintenant j’ai recommencé à fréquenter ma tante, elle n’est même pas au courant. Personne. Si vous le dites à quelqu’un en Afrique, vous êtes mal barrés. Même ici, si je dis par exemple à la communauté camerounaise que j’ai le VIH, vous êtes mal barrés. Au Cameroun on dit ah le mec il est comme ça. Tout le quartier sera au courant. Vous ne pouvez même pas draguer une fille parce qu’il faut aller draguer une fille à 200 km et tout.

Yann : Moi, je suis avec une Camerounaise et alors elle, le cursus a été différent. Quand elle est tombée malade au Cameroun, elle est bamiléké donc l’ouest du Cameroun, elle allait se faire soigner sur Yaoundé. Physiquement ça commençait à se voir quoi. Les traitements ne faisaient pas suffisamment leur travail. Elle a senti qu’elle était rejetée. Quand elle a senti qu’elle était rejetée, elle a eu besoin de le dire et de le crier haut et fort à part les parents. Les parents pour eux ce n’était pas possible. Elle a une maman qui est âgée donc elle avait l’impression de l’enterrer avant l’heure si elle lui annonçait ça quoi. Et puis, comme elle me dit, elle me dit la France l’a beaucoup aidée maintenant à pouvoir parler à ses compatriotes. Quand on va là-bas, on va même dans les villages parler de ce que c’est la vie avec le VIH. Au départ, comme c’est un colloque comme ça, il y a 30 personnes et puis à la fin il en reste que 6 parce qu’effectivement il y a aussi ce truc, on ne veut même pas entendre. Mais il faut du temps. Quand on accepte nous-même, c’est plus facile de le dire aux autres.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE