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C’est l’histoire d’un apprenti prêtre qui voulait apprendre à draguer...

20 mars 2013 (papamamanbebe.net)

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Nino  : Bonjour, je suis séropositif depuis 2 ans, d’origine camerounaise. Comment je l’ai chopé ? Je n’en sais vraiment rien. Jusqu’à l’âge de 22 ans, je n’ai pas eu de rapport sexuel avec une nana. Depuis l’âge de 11 ans, je suis rentré dans un couvent pour devenir prêtre. C’était au Cameroun. Donc j’ai étudié chez les pères et là-bas c’était un milieu où on ne sortait pas, c’était dans un séminaire. Il y avait que des mecs. Quand j’allais en vacances en famille c’était pour 2 semaines. Il fallait rester une semaine chez le curé de la paroisse. Il ne fallait pas chercher des nanas parce qu’après si le directeur était au courant que vous avez eu une nana au séminaire, vous étiez viré. Alors comme c’était la volonté des parents, j’ai grandi là-bas au couvent. Quand je grandissais, j’avais des envies parce que, quand j’allais en vacances, les cousins ils étaient là avec des nanas. Moi j’étais là, même draguer je ne connaissais même pas. Même jusqu’à présent j’ai des problèmes pour draguer. Je suis sorti du séminaire parce que je ne voulais plus. J’étais trop jeune quand je suis parti dedans, c’était la volonté des parents et tout. Après je ne voulais pas, je voulais changer. Moi j’ai dit à mes parents bon voilà, je veux sortir dans ces choses-là, ce n’est pas trop ma route quoi. Je veux faire autre chose dans la vie. Je veux continuer les études. Ils m’ont dit comme tu veux. J’ai commencé à avoir des désirs sexuels et comme je ne connaissais pas draguer, qu’est-ce que je faisais ? C’était à Yaoundé, moi j’allais dans une rue de prostituée mais je mettais la capote, le préservatif. C’était plus facile de donner les sous à une nana et après d’aller faire l’amour avec elle que de draguer une fille après, compliqué, rendez-vous (rires). C’était plus facile. Entre-temps, je m’entraînais aussi avec mes cousins qui eux étaient, je peux dire des experts en drague. On sortait, on allait en boîte. Ils m’apprenaient à draguer, ils disaient voilà, il faut parler comme ça. Mais là, jusque-là j’avais toujours des difficultés. Après j’ai rencontré une fille. C’était la cousine d’un ami à moi. Voilà pourquoi ça a quand même marché. Et avec cette fille on a eu des rapports et deux mois après, elle me dit qu’elle est enceinte. J’ai dit ok bon tant mieux. Elle a accouché. Entre-temps, en fait j’ai dit à la fille que ce n’était pas moi. Comment on a eu, on a fait l’amour une fois et après tu me dis que tu es enceinte de moi. Dans ma tête je me disais il faut faire l’amour avec une fille 10 fois ou 15 fois. Après, elle me dit non, même une minute. Je lui dis que ce n’est pas moi. Après, elle me dit il faut… parce qu’en Afrique, il faut payer le trousseau, il faut payer ceci, on est derrière toi, la famille. J’ai dit non. Moi je ne travaille pas, je n’ai rien, je vais payer quoi ? Ce n’est pas moi, va chercher un autre mec. Elle me dit c’est toi. Et quand l’enfant est né, c’était vraiment ma photocopie (rires). C’était vraiment ma tête.

Après j’ai fait un apprentissage en peinture automobile et tout parce que je n’étais plus chez les pères. Entre-temps je fréquentais toujours la paroisse. Et après j’ai fait connaissance d’une fille italienne qui est venue travailler pour 2 ans au Cameroun. On s’est mis ensemble. Mais là, elle exigeait le préservatif. On a toujours eu des rapports protégés. Elle a travaillé 2 ans au Cameroun et après, elle est rentrée en Italie. On est resté en contact, on s’appelait et tout. Et après, c’est elle qui m’a fait venir en Italie. Je suis parti du Cameroun. Arrivé en Italie, elle m’a bien accueilli, on est parti chez elle dans le nord de l’Italie. Elle avait 23 ans. Pour moi, j’étais bien, j’étais en bonne santé. Déjà au Cameroun, il y avait la prévention du VIH mais ça fait peur. On dit que c’était gratuit mais vraiment je vous dis ça fait peur. En Afrique, si vous dites à quelqu’un que vous avez le VIH, vous êtes très mal barrés. Dès que vous le dites, tout le quartier, vous serrer la main c’est… vous êtes mal barrés. Et bon, arrivé en Italie, ça se passait bien, j’étais avec la nana. Elle me disait il faut qu’on fasse un enfant mais on doit aller à l’hôpital pour voir, je ne sais comment on appelle ça.

Amina  : Un test prénatal ?

Nino  : Oui, elle m’avait parlé de ça. J’hésitais toujours parce que je n’avais pas fait un bilan de santé. Moi non plus je ne suis pas tombé malade en Italie. Ça se passait super bien. Ce qui m’a fait partir, il n’y avait pas trop de travail en Italie, c’était compliqué pour s’intégrer avec les Italiens qui sont un tout petit peu… ils ne sont pas comme les Français, ils sont un petit peu dans leur cercle. J’ai de la famille en France. Ma tante m’a appelé elle dit écoute, moi je préfère que tu viennes ici, tu vas t’intégrer facilement en France. Tu ne parles pas la langue et tout. Ok. J’ai dit à la fille que j’allais rendre visite à ma famille et que j’allais retourner. Et je suis venu une fois. Arrivé ici, j’ai enlevé les puces dans les téléphones. Tous mes amis sont restés là-bas et je suis resté là chez ma tante.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE