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Allaitement et VIH | Femmes séropositives | Laurent Mandelbrot | Le + Quotidien : Saison Une

CROI 2013 : premiers résultats d’une étude en Afrique qui teste le traitement du bébé pendant l’allaitement (avec Laurent Mandelbrot)

19 mars 2013 (papamamanbebe.net)

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Laurent Mandelbrot  : Alors il n’y a pas eu de nouvelles données sur ce sujet-là à la CROI mais on sait que l’allaitement, il faut quand même mettre les choses en perspective, les femmes en Afrique par exemple doivent absolument allaiter leur enfant. C’est une question de santé de l’enfant, de vie, pour l’enfant, qu’il puisse être nourri au sein à cause de toutes les infections, les problèmes de nutrition qu’il peut avoir en Afrique, même dans les grandes villes. Heureusement, nous n’avons pas ce problème en France. On peut donner des biberons dans de bonnes conditions de sécurité. Donc c’est pour ça qu’on continue par précaution à conseiller les biberons à toutes les femmes qui accouchent ici en France comme dans les pays du Nord, les pays riches quoi finalement où il n’y a pas de danger à donner le biberon dans de bonnes conditions. Donc vraiment, c’est la meilleure prévention, c’est la prévention la plus sûre. Maintenant, une femme qui dit moi j’ai vu qu’en Afrique on pouvait quand même allaiter son enfant en ayant peu de risque de transmission. Peu, ça ne veut pas dire zéro risque. Donc on ne peut pas dire que c’est totalement la même sécurité. Malheureusement il peut avoir une infection à un moment ou un autre du lait ou une crevasse et autre et donc le passage du virus de la mère à l’enfant. Donc je ne conseillerai pas ça aujourd’hui à une maman. Je ne le conseille pas quand on discute de ça avec des mamans séropositives ici à Paris. Maintenant, c’est un choix personnel. On comprend qu’il y a des femmes qui se disent, si le risque est très faible, c’est comme pour les rapports non-protégés finalement, les rapports sans préservatifs qui considèrent qu’à partir du moment où il y a un traitement et que le risque est faible, elles pourraient accepter ça. C’est un choix personnel. Une femme qui dit absolument, donner le sein à mon bébé, même si ce n’est pas pour des raisons de santé, c’est pour des raisons personnelles et autres, très bien. Mais à ce moment-là, il faut absolument qu’elle prenne parfaitement son traitement, qu’elle s’assure que si jamais il y a des douleurs ou des inflammations au niveau du sein, qu’elle consulte rapidement et dans le doute qu’elle jette le lait. Donc c’est quand même un peu compliqué vu les conditions de sécurité à respecter à ce moment-là. Donc on ne va pas dire non, c’est un choix personnel, mais on ne le conseille pas pour l’instant.

Alors ce qui a été présenté à la CROI c’est les premiers résultats d’une étude qui s’appelle Promise-PEP, qui est du traitement chez le bébé. C’est un peu le concept comme quand on dit, je prends un traitement pour éviter, si je suis séropositive, pour éviter de contaminer quelqu’un d’autre ou bien la personne qui est séronégative qui prend le traitement préventif pour éviter d’être contaminé. Cette étude, ce qu’elle montre, c’est très intéressant, c’est que, chez des enfants qui ont pris un traitement, ce n’est pas la mère qui a pris le traitement, c’est le bébé qui reçoit le traitement pendant 1 an en étant allaité au sein. Ça, c’est en Afrique. Et le risque de transmission était de 1 %. Donc c’est vraiment le taux le plus bas qu’on ait vu de transmission mère-enfant par l’allaitement. Ce n’est pas non plus un risque nul. Donc que la mère prenne un traitement ce n’est pas un risque nul. Que l’enfant prenne un traitement ce n’est pas un risque nul. Mais ça diminue énormément le risque que l’enfant soit infecté par l’allaitement maternel. Donc ça aussi c’est une autre piste. La question qu’on pourrait se poser c’est quel médicament faut-il donner ? On a déjà utilisé trois médicaments qui sont la Viramune, le Kaletra maintenant et Epivir, comme traitement préventif chez le bébé. Lequel est le mieux, etc. Bon, on peut avoir des idées sur la question, c’est vrai que la tolérance probablement du Kaletra pose un peu plus de problème au long cours chez l’enfant. L’autre question c’est, est-ce qu’il faut quand même que la mère prenne un traitement et que finalement on rajoute le traitement préventif chez la mère et le traitement chez le bébé. Il n’y a aucune étude là-dessus pour l’instant. On n’a pas de réponse à cette question-là et on n’a pas non plus de réponse pour dire qu’est-ce qui est mieux. Que la mère continue son traitement pendant qu’elle allaite ou que le bébé prenne un traitement préventif pendant l’allaitement. Ça, on n’a pas de réponse. Mais on a plein de pistes qui sont encourageantes, qui ne sont pas une protection à 100 % mais qui sont vraiment très importantes pour les pays d’Afrique et pour toutes les mamans en Afrique qui allaitent leurs bébés. L’essai n’est pas tout à fait terminé mais on a déjà quand même les taux globaux de transmission qui ont été présentés.

Cette étude n’a pas comparé l’absence de traitement, elle a comparé deux types de traitements, qui étaient le Kaletra ou l’Epivir. Mais on sait déjà par d’autres études qu’une maman qui ne prend pas de traitement pour sa propre santé et qui allaite son bébé dans le contexte de l’Afrique, on va avoir des risques qui sont de plusieurs pour cent, ça dépend de son état initial de santé, de transmission au bout d’un an. Donc ça veut dire que ça diminue de façon quand même très importante le risque de transmission. Mais attention, c’est toujours pareil. C’est des très bonnes nouvelles mais si on est à la place de quelqu’un qui veut avoir un enfant dont on est sûr qui ne sera pas infecté, 1 %, c’est peut-être 1 % de trop.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE