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CROI 2013 : Atripla et Sustiva, deux traitements à ne pas donner à une femme enceinte séropositive (avec Laurent Mandelbrot)

18 mars 2013 (papamamanbebe.net)

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Laurent Mandelbrot : Moi, je ne suis pas du tout alarmé par le risque de malformation. Ce qui nous inquiète le plus par rapport aux médicaments, ce n’est pas tellement le médicament en tant que risque de malformation. C’est par rapport aux risques d’effets secondaires. Il y a des effets qu’on connait maintenant parce qu’on utilise les médicaments depuis très longtemps et il y a peut-être aussi des effets secondaires chez le bébé qu’on ne connait pas encore. Donc on a un petit peu peur que, au cours des années qui viennent, on puisse découvrir que certains effets sont visibles avec retard ou quand l’enfant est un peu plus grand. On est très vigilant et on essaye justement de travailler sur des traitements chez la femme enceinte qui seraient le moins toxique possible. Donc on est très content des résultats. On voudrait faire encore mieux en terme de sécurité.

Pour revenir aux malformations, pourquoi est-ce qu’on n’en parle pas beaucoup ? Il faut savoir que dans la population générale, les malformations du nouveau-né ou malformation du fœtus c’est quelque chose d’assez fréquent puisque ça touche à peu près 3 %, 2 à 3 % des nouveau-nés ou des fœtus. Parfois c’est des malformations très graves et l’enfant ne va pas naître vivant mais la plupart du temps c’est des malformations à la naissance. Ces malformations, ça ne veut pas dire que c’est très grave et qui va tomber mort à cause de ça. Ça peut être des choses très graves mais ça peut être des choses pas grave du tout. Donc tout confondu, malformation en tout cas significative touche à peu près 2 à 3 % des enfants. Chez les mamans qui prennent des traitements antirétroviraux, certains de ces médicaments finalement, on s’est posé beaucoup de questions, c’est notamment le Sustiva ou l’Efavirens qui est également dans l’Atripla. À une époque on disait attention c’est très dangereux, ça donne des malformations chez le bébé. Plus récemment on a commencé à dire non, ce n’est pas si dangereux que ça. Ce que montre cette étude, c’est une très grosse étude puisqu’au total il y a quand même 13 000 femmes et enfants qui ont été suivies, analysés. Ça a été fait par nos équipes et qui montrent que le taux de risque de malformation est quand même augmenté lorsque la mère prend ce traitement d’Efavirens, donc Sustiva ou Atripla au premier trimestre de la grossesse. Le risque de malformation du système nerveux central, c’est-à-dire, cerveau, etc. Donc c’est quand même ennuyeux mais ça reste quand même très faible.

Quelles conséquences pratiques ? Donc quand on dit ça augmente par 3 le risque, oui mais enfin ça reste quand même des risques assez faibles. Donc qu’est-ce qu’il faut faire en pratique ? Moi je ne conseillerai pas à une maman, à une femme qui veut avoir un bébé, de continuer un traitement par Atripla ou par Sustiva à l’heure actuelle. On commence à dire, ce n’est pas grave, etc. Non, ce n’est pas grave si on s’en rend compte trop tard, on fait avec, on change le traitement ou on le continue. Mais, je pense qu’il faut mieux éviter ce traitement-là pour les femmes qui veulent être enceintes.

Il y a un autre médicament qui nous pose problème c’est l’AZT, le Rétrovir. Parce que jusqu’à présent on a jamais dit que ça augmentait le risque de malformation et là, on a trouvé que finalement, ça augmentait de façon significative le risque de malformation du cœur. Alors ce ne sont pas des malformations nécessairement graves, c’est des choses qui n’ont pas forcément besoin d’être opérées, qui peuvent être traitées donc, ce n’est pas nécessairement des choses graves mais ça augmente le risque de malformation du cœur. Comme on a déjà quelques inquiétudes par rapport au Rétrovir, qui est un médicament très efficace, très utile dans les trithérapies, mais qui a quand même quelques autres effets toxiques sur les mitochondries y compris sur le cœur même plus tard dans la grossesse.

Ces médicaments ne sont pas devenus tout d’un coup très dangereux, il y a certains des médicaments qui augmentent de façon nette, le risque de malformation. Ce risque de malformation du bébé reste faible mais c’est quand même des données dont il faut tenir compte quand on choisi les médicaments qu’on va donner pour une femme enceinte.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE