Skip to main content.

Benlama Bouchaïb | Effets indésirables | Essais cliniques et recherche fondamentale | Guillaume Breton | Hépatite C (VHC) | Hommes séropositifs | Réseau national des correspondants du Comité des familles

CROI 2013 : Dans l’attente d’un traitement sans interféron pour se débarrasser de l’hépatite C

15 mars 2013 (papamamanbebe.net)

| Votez pour cet article

Sandra : Ben, pour toi l’hépatite C n’a plus aucun mystère ?

Ben : Je ne sais pas si je connais assez bien mais je découvre de plus en plus. Là je suis dans l’attente d’une analyse d’une interprétation de mes nodules qu’ils ont découvert à mes derniers IRM. Donc j’ai fait la totale moi avec ma prise en charge. Premier traitement qui n’avait jamais marché. Je ne suis pas éligible sur certains traitement. L’hépatite C gagne du terrain voilà, j’en suis là. Etant donné que je suis en phase cirrhose et voilà. Je suis maintenant avec des nodules et lundi je retourne à l’hôpital pour avoir une réinterprétation de la part du service de gastro, des derniers IRM. J’en suis là pour l’instant. J’attends assidûment les résultats de la CROI, s’il y a une nouveauté qui peut agir réellement sur mon état. Bon je suis fatigué mais moi la fatigue je ne connais pas parce que si je commence à me laisser aller par la fatigue ou par des idées morbides. Non, je risque d’avoir le dessus. Puis bon, moi je me prépare, je me suis déjà préparé. J’ai fait le deuil d’un deuil. Maintenant je sais comment ça se passe. Donc aujourd’hui je vis avec, au jour le jour. Pour l’instant je suis pressé d’arriver lundi, savoir ce qu’elle va me raconter. Puis je vais comparer à tout ce que je vais glaner par rapport à la dernière conférence de CROI quoi.

Sandra : Guillaume Breton qui a assisté à la CROI, le plus grand congrès scientifique sur le VIH. Ce médecin clinicien a quelques bonnes nouvelles concernant le traitement de l’hépatite C

Guillaume Breton : L’hépatite C reste un problème absolument majeur. C’est quelque chose qu’on connait bien depuis longtemps malheureusement. En plus, on sait que ça a des implications en dehors des maladies du foie. Ca joue aussi sur les troubles neurocognitifs, sur les problèmes cardio-vasculaires. Donc c’est vraiment tout à fait embêtant d’avoir une hépatite C chronique et jusqu’à présent en terme thérapeutique, on était quand même un peu limité parce que les médicaments qu’on a c’est basé avec une association d’un traitement qui s’appelle l’interféron qu’on fait par voie injectable, qui est un traitement qui est franchement pas très bien toléré et qui donne en particulier une fatigue tout à fait importante. Un autre médicament qui s’appelle la ribavirine qui donne des anémies importantes. Donc c’est des traitements qui marchent, on va dire à peu près une fois sur 2. Alors l’avantage quand ça marche c’est qu’on est guéri de l’hépatite C, ce qui est un vrai miracle de guérir un virus, sachant que quand on est infectiologue, on traite les virus comme le VIH mais on ne sait pas en débarrasser les gens. Donc ça marche une fois sur 2, c’est au prix d’effets secondaires vraiment difficiles. La plupart des gens sont épuisés par le traitement. Beaucoup doivent arrêter le traitement tellement c’est intolérable.

Là, ce qui est vraiment un élément tout à fait nouveau qui fait qu’on va probablement je pense changer complètement la prise en charge de cette pathologie, c’est qu’il y a des médicaments qu’on connait depuis des années mais avec lesquels on a réalisé des essais cliniques. Là il y avait donc deux essais de l’ANRS, l’Agence régionale de recherche contre le sida, qui étaient présentés dans une session à la CROI sur l’hépatite C. Donc, l’association des traitements classiques, donc l’interféron et la ribavirine avec des médicaments qui sont des inhibiteurs de protéase du virus de l’hépatite C. Donc c’est comme les inhibiteurs du virus du VIH mais là c’est pour le VHC. En associant ces médicaments, on arrive à avoir des réponses vraiment intéressantes puisque, y compris chez les patients qui n’ont pas répondu au traitement par interféron ribavirine, on peut avoir en fonction un petit peu des différents stades de l’ordre de 80% des gens chez qui on arrive à bloquer complètement l’hépatite C. Et donc, guérir ce genre d’hépatite C. Donc c’est un succès thérapeutique qui est vraiment une avancée majeure. Alors l’inconvénient de ces traitements en revanche c’est qu’ils sont très mal tolérés. Ils sont mal tolérés, ils aggravent en particulier les effets de la Ribavirine vraisemblablement. Donc il y a encore plus d’effets secondaires en particulier d’anémie qui nécessitent que les gens qui reçoivent ces traitements plus encore que ceux qui recevaient la bithérapie classique avec l’interféron et la ribavirine, aient besoin parfois de transfusion sanguine mais surtout de traitement à base érythropoïétine, donc une injection supplémentaire qui permet un peu de bouster la fabrication des globules rouges. Donc on arrive à ce que les gens puissent tolérer le traitement et on arrive à un taux de succès tout à fait intéressant. Donc c’est un vrai progrès. Après ce n’est pas très confortable.

Sandra : Est-ce que ce sont des personnes qui sont uniquement des personnes qui sont infectées par l’hépatite C ou co-infectées VIH/VHC ?

Guillaume Breton : Les deux médicaments s’appellent le Télaprévir et le Bocéprévir. Ce sont des médicaments qui sont disponibles maintenant qu’on peut utiliser chez ces patients infectés par le VIH. Au début c’était dans le cadre d’essai comme toujours quand on débute quand un nouveau médicament mais ça devient relativement accessible. Alors il y a des interactions médicamenteuses qui font qu’on ne peut pas les utiliser avec tous les antirétroviraux. Donc en fonction de la situation on peut être amené à changer le traitement antirétroviral d’un patient pour pouvoir lui donner ses traitements de l’hépatite C.

Sandra : C’est pour tous les génotypes de l’hépatite C ou pas ?

Guillaume Breton : Ça a été principalement testé pour le génotype 1 qui est celui qui est le plus fréquent en France et qui est le plus difficile à traiter. Donc, c’est vrai que, ça va être une avancée intéressante.

L’autre chose qui était présentée et qui va un peu dans la suite c’est finalement, le problème c’est l’interféron. Ce n’est pas très confortable comme traitement. Là, il y avait quelques essais qui ont été présentées. Des essais préléminaires, c’est-à-dire avec 15, 20 patients. On n’a pas encore un recul formidable. Mais avec des associations de 3 ou 4 médicaments sans interféron. Donc des traitements qu’on prend que par la bouche, pas d’injection et beaucoup moins d’effets secondaires et avec des taux de succès dans certaines associations absolument merveilleuses, 100% de guérison. Evidemment, c’est à prendre avec un peu de recul. Il ne faut pas l’extrapoler, ce n’est pas de la vraie vie. Donc, probablement ce ne sera pas aussi miraculeux que ça. Ces traitements ne sont pas encore disponibles, pour l’instant ils n’ont pas encore été testé chez des gens qui sont infectés par le VIH. Les interactions médicamenteuses avec les médicaments du VIH, tout ça, c’est à voir. Donc ça fait encore beaucoup de choses sur lesquelles il faut avancer. Mais on a en tous les cas des armes potentielles qui vont se développer dans les années à venir qui fait qu’on peut raisonnablement espérer qu’on arrivera à tordre le cou à l’hépatite C de façon efficace chez la majorité des gens et peut-être sans avoir besoin de passer par le traitement à base d’interféron. Même si pour l’instant c’est prématuré de dire ça, il est très vraisemblable qu’on arrive à débuter ça un jour. C’est vraiment un avenir tout à fait intéressant, c’est vraiment un tournant important.

Sandra : Ben, quelle est ta réaction après avoir entendu les propos de Guillaume Breton ?

Ben : Je demande à voir et de tester et on verra. Mais bon avant de tester, est-ce que ça vaut le coup de tester et d’avoir après des effets à long terme. Moi je ne sais pas mais tout ce que je sais c’est que tout produit qu’on prend en pharmaceutique provoque une modification sur le métabolisme. Donc on n’est jamais sûr de ce qu’on va avaler. Mais maintenant, l’avenir va me le dire, peut-être que si je peux y rentrer, j’y rentre. Mais ça fait un moment qu’on me dit ça et bon bah j’attends toujours quoi. Moi je pensais en faire partie des essais mais ils ne m’ont pas pris. Si c’est pour comme certaines personnes que j’ai connues qui ont pris des traitements et en fin de compte, ça a raccourci. Non, ça ne m’intéresse pas. Je préfère partir comme ça quoi, c’est tout. Je ne suis pas négatif, je suis positif parce que je suis encore en état de bien penser. Bon, bien que parfois je fais des confusions mais c’est le temps, c’est tout ça quoi. Mais j’ai de l’énergie à revendre. Je n’ai jamais lâché le morceau quoi. Même si parfois je peux donner l’impression que je vais lâcher le morceau, Ben il lâche jamais le morceau, je suis un battant.

Sandra : Ton rendez-vous lundi c’est à quelle heure ?

Ben : Bah alors non, c’est mardi. Je viens de m’en rendre compte. Mardi en début d’après-midi avec la spécialiste. Je suis en train de regarder les résultats du génotype que j’ai.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE