Skip to main content.

Benlama Bouchaïb | Le + Quotidien : Saison Une | Réseau national des correspondants du Comité des familles

Ben : « L’hôpital ne fonctionne plus comme avant »

12 mars 2013 (papamamanbebe.net)

| Votez pour cet article

Ben : J’étais chez moi blotti dans mon lit, incapable de bouger. Toute la nuit j’ai fait de la température. J’étais très fébrile, j’avais froid. Mal au ventre, j’avais la diarrhée, j’avais de la température et j’avais des confusions mentales. Je confondais tout, je délirais quoi. Ça a commencé par j’ai mal os, j’ai mal au dos, j’ai mal au ventre, qu’est-ce qui m’arrive. Le lendemain matin, j’ai dit il faut que j’aille à l’hôpital, ce n’est pas possible. Et en me levant difficilement j’ai été dans la salle de bain, je me suis rendu compte que j’avais les pieds dans l’eau. Déjà j’ai cru avoir réussi à fermer le robinet d’eau. J’arrive à l’hôpital, on me dit ça ne va pas, il faut que tu vois un médecin. Je n’avais pas de rendez-vous, j’étais dans le service infectieux quoi et d’habitude lorsqu’on a un épisode comme ça, on est au moins ausculté par le médecin. Donc l’infirmière qui prend en charge dans l’hôpital de jour et les consultations me dit d’attendre et qu’on on va voir avec un médecin parce que je fais de la température. La secrétaire me dit que le docteur va me prendre en charge. Entre temps arrive le médecin il me dit : « non, ce n’est pas mon problème, il faut que tu ailles chez ton médecin généraliste ». Alors je lui dis que je ne peux pas rester dans cet état. Et là, le discours avait changé, soi-disant que je n’avais plus de température. Mais je savais très bien que je n’étais pas bien quoi. Donc je sors de l’hôpital, j’appelle la navette électrique qui me dépose pas loin de chez moi puisque j’habite à côté de l’hôpital. Je rentre chez moi et je me remets dans le lit quoi. Seulement, je me suis aperçu que j’avais laissé le robinet. J’avais ouvert le robinet de l’évier de la cuisine alors l’eau continuait à couler. Et la diarrhée tout ça. J’appelle les gens pour qu’ils viennent m’aider et ils se rendent compte que le robinet était allumé et tout ça. Et il faisait hyper chaud chez moi, j’avais mis la chaudière à fond. Il faisait au moins 30 degrés. J’étais gelé, j’avais quelque chose quoi. Le médecin est venu à la maison et d’ailleurs, je ne me rappelais plus du numéro de téléphone de mon médecin généraliste. Il est arrivé chez moi. Antibiotique, tout le bataclan, il m’a dit ça va passer. Si au bout de 3 jours ça ne passe pas, il va falloir t’hospitaliser. Résultat des courses la fièvre a baissé et je me sentais mieux. J’ai eu des amis qui sont venus m’entourer, qui m’ont apporté à manger, passés le matin, le midi et le soir. Des partenaires qui n’ont rien à voir avec les associations de lutte contre le sida mais d’autres partenaires qui sont venus me voir. Puis c’est passé mais j’ai toujours la diarrhée et la diarrhée ne part pas. Donc encore je repars à l’hôpital hier pour expliquer ce qui m’arrive et on me dit que j’ai rendez-vous le 11. Le 11 c’est lundi. Lundi je vais y retourner mais entre temps j’ai pris les devants. Je suis allé faire tous les examens en ville, prise de sang, charge virale, comme ça on ne viendra pas me dire que je coûte cher à l’hôpital ou quoi ou qu’est-ce. Je suis dans un système libérale. Je m’en rends compte puisque de toute façon l’hôpital ne fonctionne plus comme avant et c’est plutôt libéral, une fois qu’ils ont fait leurs quotas et qu’ils n’ont plus de budget, j’ai l’impression qu’on nous pousse vers l’extérieur.

Alors, ce qui est assez marrant c’est que le médecin infectieux renvoie a un passé style il a dû se défoncer, style ou bien c’est sûrement mon hépatite qui fait ça. Oui, peut-être que c’est l’hépatite. Mais quand même quoi, quand tu es co-infecté, la conscience d’un médecin c’est de te prendre en charge en te voyant dans ton état quoi. Et ici heureusement que j’avais des gens qui me connaissent et puis des amis médecins qui m’ont un peu pistonné pour qu’on me prenne rapidement et que je sois traité, soigné. Pour moi, chaque fois que tu vas chez le médecin, c’est une nouvelle visite, ça doit être comme si c’est la première fois parce que la maladie évolue, les gens évoluent, le comportement évolue, l’environnement évolue. Si le médecin qui est en face de toi ou travailleur social qui est en face de toi, part du postulat que voilà, c’est par rapport à son passé, c’est un passé de toxico, un passé de personne infectée, il s’arrête sur cette image-là. Ce n’est pas bon quoi. Essayer d’avoir une réelle image mais pas une image arrêtée d’un passé quoi. Et moi mon passé ils le connaissent quoi, je n’ai jamais caché quoi. Bien que maintenant j’ai plutôt tendance à vouloir me cacher. J’ai envie d’être comme ça, comme ça j’arrive, je débarque et voilà je suis tout nouveau.

Mon passé est un passé d’hétéro sauteur de femmes. J’aimais les petites sauteries, j’aimais voyager, j’ai aimé aussi les paradis artificiels. C’est l’usage des drogues dites illégales. J’ai chopé l’infection par ce bias-là quoi. Puis après tout s’est arrêté. Puis j’étais revenu à la vie normale et puis tout s’est recassé la gueule le jour où j’ai découvert ma séropositivité il y a 30 ans de ça quoi.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE