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Hommes séropositifs | Le + Quotidien : Saison Une | Sexe et sexualité | Yann

Narcissus au Nirvana

1er mars 2013 (papamamanbebe.net)

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Yann : Alors une chanson, voilà alors, je vais te dire franchement, c’est un disque que j’ai même offert à ma mère. La mère étant la première femme, la première... je ne sais pas si tu es d’accord avec... il faut être un garçon pour penser ça. Mais la maman, même s’il n’y a rien de sexuel si tu veux, ça reste l’image de la femme et tout ça. Je me rappelle avoir offert, bah d’ailleurs je vais le dédicacer à tous les auditeurs et auditrices, plus aux auditrices d’ailleurs, la chanson de Joe Dassin, « on ira où tu voudras, quand tu voudras ». Parce qu’elle est comme j’imagine dans l’amour, c’est-à-dire, je serai tout ce que veux, on ira où tu voudras, quand tu voudras. Je ne sais si tu vois un peu cette chanson qui date d’un autre siècle.

Sandra : Bien sûr, je la connais. Ma mère écoutait ça.

Yann : C’est une très belle chanson, je me rappelle avoir offert le 45 tours à ma maman.

Diffusion d’un extrait de la chanson « L’été indien » de Joe Dassin.

Yann : Moi, ma première histoire d’amour elle se passe sur la plage. La plage de Nice, la plage du forum ça s’appellait. Et ça s’appelle toujours d’ailleurs. Et j’avais remarqué, je devais avoir 9-10 ans, j’avais remarqué une sublime brune qui se la pétait un peu. Faut dire qu’elle était parisienne. Je l’ai su un petit peu après. C’était en 1974. Elle s’appelle Laetitia, je l’embrasse si jamais elle écoute le + Quotidien. Elle se la pétait un petit peu et elle n’avait aucun regard sur moi. Et moi, d’une grande timidité malgré mon côté fou fou, ça ne cache pas que je suis un grand timide. J’avais un mal fou à l’approcher. Donc du coup je me suis d’abord fait copain avec ses frères qui eux m’ont incrusté un petit peu dans la famille. C’était une famille parisienne qui, descendant chaque année sur Nice, qui avait un appartement sur Nice. Et petit à petit, j’ai pu m’intégrer comme ça dans la famille. Ils m’ont même invité à venir dormir chez eux, à venir manger. J’étais un petit peu l’adopté je dois dire de ce groupe. C’était des artistes avec une ouverture d’esprit pas possible. J’ai mis un temps fou à pouvoir lui prendre la main. Mais je m’en rappelle comme si c’était hier le jour où on s’est donné la main, où on s’est fait des petits bisous. C’était dans un cimetière, au-dessus de la coline niçoise. C’était dans un cimetière parce que ça nous permettait de nous cacher un petit peu en fait. C’est un cimetière qui nous servait de lieu de jeu si tu veux. Donc on y allait régulièrement. On n’a pas été spécialement dans ce cimetière-là mais c’est vrai qu’à un moment, derrière deux trois tombes, on a réussi à se faire le premier bisou et après on ne se lâchait plus la main. On était les plus grands amoureux du monde. C’est nous qui avions inventé « Le rouge et le noir » de Stendhal et tout ce que tu peux imaginer des plus beaux contes sur l’amour. Et ça m’a vraiment, parce qu’en plus elle était sublime, moi elle me trouvait beau mais ça je l’ai su qu’après si tu veux. Dans mon petit maillot de bain léopard je me rappelle, j’avais un maillot de bain tarzan. Et elle, c’était la petite parisienne. Donc très chic si tu veux, avec le deux pièce qui ne servait à rien parce que tu imagines, 9-10 ans, pas de téton quoi. Enfin bon. Et je la regardais, je n’arrêtais pas de la regarder, j’étais transcendé. J’avais l’impression de toucher le nirvana et la plus belle fille du monde était enfin pour moi. Ca m’a transporté quoi. On n’a jamais été plus loin parce qu’on avait cet âge-là. Mais j’ai compris la puissance de ce sentiment amoureux et je crois que toute ma vie ça m’a pourchassé parce que je me demande si je ne suis pas plus amoureux de l’amour, du fait d’être amoureux, de tomber amoureux que d’une relation dans la continuité absolue. Je crois que ça a vraiment été fondateur de quelque chose. Je me suis dit : « Houlala ! » Mais c’est transcendant quoi. Je me rappelle j’avais le coeur à 3000, j’avais les mains moites, les pieds poites. Les cheveux de... tu vois enfin (rires). C’était quelque chose de transcendant. Et on s’est revu. Chaque année on se voyait. Donc c’était des petits flirts. Je crois qu’on ne mettait même pas la langue si tu veux. C’était quelque chose de simplement sublime quoi.

Je l’ai revue à 17, 18 ans. On a fait la chose. On n’aurait pas dû. On aurait dû rester sur ce souvenir d’enfant. Son papa est resté sur Nice. Elle, elle a fait des études sur Paris. On s’est un peu lâché après, quand je devais avoir 11 ou 12 ans. On ne s’est pas vu pendant 6 ou 7 ans et puis moi je redescendais à Nice parce que je voyais ma maman régulièrement. Et puis une fois on s’est retrouvé. Elle m’a dit que son papa avait finalement pris sa retraite sur Nice. Donc elle m’a emmené chez son papa que je connaissais bien. J’ai été très bien accueilli dans la famille. On s’est revu 2-3 fois et puis une fois, on a eu envie de tenter l’expérience. On s’est rapproché. Mais ça n’avait rien de... je n’ai pas du tout retrouvé ce sentiment, cette puissance. On a fait l’amour mais c’était sans être transcendant quoi. A ce moment-là, quand on a l’a fait, on n’était pas amoureux. C’est ça, on a dû plus le faire en se disant peut-être qu’on va retrouver ce premier sentiment, ces premiers émois qui sont en plus fondateurs et énormes. Et non. On avait déjà vécu et puis la vie fait que voilà, ce n’était pas la femme de ma vie. J’en garde que de la merveille et si je revois Laetitia aujourd’hui c’est clair qu’on se prend dans les bras, on se sert fort et on a gardé tous les deux ce sentiment magnifique quoi.

Diffusion d’un extrait de la chanson « L’été indien » de Joe Dassin.

Yann : Ce qui n’a rien à voir avec la fois où je me suis dépucelé. C’était en Alsace, chez mon père. Je n’ai vécu qu’un an chez mon père de 14 ans et demi à 15 ans et demi. Et il avait la très bonne idée de me mettre dans une école de bûcherons, c’est tout à fait mon style. Donc je détestais cette école qui était dans les hauteurs alsaciennes, dans un froid pas possible. Et j’ai séduit la pionne ou elle m’a séduit plutôt parce que j’avais je t’ai dit 14 ans et demi, peut-être 15 ans. Et j’ai eu du mal à demander à mon papa si je pouvais l’emmener à la maison. Elle avait 23 ou 24 ans. Et il me dit il n’y a aucun problème. J’étais surtout fier de faire ça, d’être validé par mon père si tu veux. Je n’en garde pas un souvenir transcendant parce que pareil, je n’étais pas fou amoureux et tout ça. Elle m’a plus pris en main je dois dire. Elle devait savoir que j’étais puceau et puis ça s’est très bien passé. Je crois que quand il n’y a pas de sentiment, surtout à cet âge-là, ce n’est pas un souvenir énorme.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE