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Ali : « Comme si la came était une maîtresse »

21 février 2013 (papamamanbebe.net)

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Ali : J’adore des tas de chansons de styles totalement différents. Mais il y a une chanson que je trouve très belle et qui m’a aidé. Quand on l’écoute déjà, elle est agréable à écouter de part la voix des deux interprètes. La musique est agréable et le peu de parole qu’on peut comprendre, « Don’t give up » c’est ne lâche pas, n’abandonne pas. Et moi ça m’a beaucoup aidé quand j’étais en prison et qu’on me dédicaçait ça par le biais d’une radio ou que j’écoutais à l’extérieur dans des circonstances très agréables (rires), dans des bras... bien blotti quoi. Et donc, c’est une chanson qui s’appelle « Don’t give up » de Peter Gabriel et Kate Bush. N’abandonne pas, accroche-toi, ça vaut pour les gens qui sont derrières les barreaux, comme pour les gens qui ont des problèmes au quotidien. C’est une très belle chanson. Il y en a d’autres à caractère plus festif ou plus dansant. Mais je trouve que cette chanson est sympa.

Diffusion d’un extrait de la chanson « Don’t give up » de Peter Gabriel et Kate Bush

Ali : J’ai été amoureux à trois reprises. Mais c’est clair que la première fois ça m’avait marqué d’autant plus que j’avais rencontré une femme qui évoluait dans un monde totalement différent, diamètralement opposé au mien. J’étais jeune délinquant, toxico, taulard, voleur. La totale. Il se trouve que c’était une infirmière spécialisée en psychiatrie. Je ne sais pas s’il y a un rapport de cause à effet mais le fait est que par le biais de connaissances, connaissant son ex et tout, alors qu’ils étaient en rupture, bah je me suis retrouvé amoureux, dans les bras d’une femme à laquelle je n’aurai jamais rêvé. J’ai vécu une très belle histoire avec elle. A l’époque le VIH il n’était pas encore dans... j’avais 20 ans, elle en avait 26. C’était une femme magnifique à tout point de vue, physiquement, un état d’esprit adorable. Elle devait avoir un penchant pour les chiens perdus sans collier parce qu’elle m’aimait mais en même temps elle voulait m’aider à sortir de tout ce merdier, tout cet engrenage. Je sais ce que je ressentais sur le coup mais je n’aurai pas été capable de le formuler à l’époque. C’est ce qui a en grande partie foutue notre relation en l’air. C’est vrai que j’en ai pleuré après, en cellule. Je l’ai faite souffrir.

Vu que j’étais amoureux d’une femme avec qui je pouvais faire de beaux projets et avec qui ça a rompu, après par la suite, même si j’étais amoureux, comme c’est arrivé ensuite avec la mère de mon fils, c’est encore une autre histoire. Mais le fait est que quand on prend de la came et qu’on a une petite amie et même si on l’aime, c’est comme si la came c’était une maîtresse. Donc ça pose problème automatiquement. Ça m’a souvent posé des problèmes dans mes relations sentimentales. C’est un grand mot mais même dans mes relations, au moins les trois où j’ai été amoureux, parce que même la dernière fois avec la mère de mon fils, j’étais déjà contaminé, au début j’étais encore toxicomane, après je ne l’étais plus, j’étais sous subsitution.

Dans une relation amoureuse, certains toxicomanes m’ont posé la question stupide, est-ce que tu penses que dans un couple la came ça fout le bazar ? J’ai répondu que oui, ça ne pouvait pas porter de choses positives dans le sens où, quand vous avez à choisir entre le produit et votre partenaire. Automatiquement vous irez vers le produit. Mais la relation amoureuse en elle-même c’est tout les moments inoubliables. C’est des moments comme ça qui reviennent à l’esprit et voilà, c’est grâce à ça qu’on va de l’avant. Déjà avec le soutien de l’entourage et tout. En même temps au fil des années on se dit qu’on a connu des périodes extrêmement difficiles, on en vit encore. Mais il y a encore heureusement ces très beaux souvenirs. Des scènes avec la femme dont je te parle, moi je me disais, on voit que ça dans les films. Genre courir dans les dunes, tout habillé dans l’eau, se prendre la bouche. Manque plus que la musique en fond à l’eau de rose. Vraiment le truc, love love (rires).

Sandra : Sacré Ali (rires)

Diffusion d’un extrait de la chanson « Don’t give up » de Peter Gabriel et Kate Bush

Ali : Quand j’avais 15 ans, je trainais avec des gens qui en avait toujours à peu près 5 de plus que moi, voire plus. Au début ça a été une prostituée. Donc il n’y a pas vraiment d’histoire de séduction. Mais après c’est venu, les premières fois d’avoir un rapport sexuel, c’était avec une voire par la suite d’autres prostituées. J’ai vraiment eu ma première petite copine avec qui j’ai eu une relation affective et physique pendant à peu près une durée de 6 mois. C’était une réunionnaise. Je suis sorti avec elle, on a couché ensemble. Je devais avoir 16, 17 ans. Un peu de panique quand même. Quand tu es attiré physiquement et tout, tu ne te poses pas de question. Moi je n’ai pas cherché à savoir si elle avait pris sa pilule ou quoi. Après j’entends la copine, la meilleure amie, celle qui l’aidait, l’esquivait de sa famille de cul-bénit, à 100% catho et tout, donc qui l’aidait à esquiver pour qu’elle vienne me rejoindre. Cette même copine, elle vient me voir et me dit : « Elle est enceinte de toi ». Euh je dis comment et tout. Bon voilà quoi. Elle était de père réunionnais et de mère française ou l’inverse. Dans un premier temps ils l’ont envoyé en Bretagne. En Bretagne elle s’est sauvée pour venir me rejoindre. Et ensuite moi je suis ressorti et rentrer à nouveau en prison. Quand elle, elle a fugué, comme elle n’a pas réussi à s’en sortir, ses parents ils l’ont pécho et envoyé à la Réunion. C’est les dernières news que j’avais eu.

Diffusion d’un extrait de la chanson « Don’t give up » de Peter Gabriel et Kate Bush

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE