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Dans une famille catholique africaine, vie sexuelle correcte exigée

13 février 2013 (papamamanbebe.net)

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Sandra : Est-ce que tu aurais une chanson à dédicacer aux auditeurs ?

Francis : (en chantant) C’est ma prière… C’est de mon époque ! (rires). C’est des chansons qui ont marqué ma jeunesse, on faisait les surprises party, c’était des chansons d’amour. Quand tu attrapais ta cavalière avec une telle chanson, à l’époque on éteignait toutes les lumières. Des slows de ce genre, ça marque à vie ! Les jeunes de maintenant ne connaissent plus ça, hélas !

Sandra : Si je connais, Mike Brant, c’est ma prière, je connais. Ma mère écoutait ça.

Francis : Oui mais tu ne l’as pas dansé comme nous, on le dansait en surprise party dans l’obscurité, voilà.

Sandra : Déjà, surprise party, ça ne se dit plus.

Francis : Voilà, hélas ! (rires)

Diffusion d’un extrait de la chanson « C’est ma prière » de Mike Brant.

Francis : Ma première histoire d’amour, bon ça ne date pas d’hier. C’était avant 1970. Ca doit être dans les années 68 ou 69. C’est une cousine qui était arrivée dans notre famille pour fréquenter le collège. Et puis bon, voilà. On commence toujours à côté quoi. Et je l’ai vraiment aimée, je pense qu’elle m’a beaucoup aimé aussi. Malheureusement elle n’est pas restée longtemps dans notre ville. Son papa était un fonctionnaire, un administrateur. On l’affectait de région en région. Et puis elle est partie. Et j’ai été très déçu parce que dès qu’elle est partie, j’ai appris que son professeur l’avait enceinté. Cet enfant est aujourd’hui un grand adulte. Elle et moi on a dit bon, nous sommes quand même cousin/cousine, on garde ces relations, on s’entend très bien. Plus tard elle s’est mariée. Dans la vie elle est mère de famille très respectable et très respectée. Elle travaille dans une institution là-bas. Et puis son premier garçon est fonctionnaire maintenant. Il aurait pu être le mien quoi.

Diffusion d’un extrait de la chanson « C’est ma prière » de Mike Brant.

Francis : La première fois que j’ai utilisé un préservatif, j’étais encore en fac, première année. Ca doit être dans les années 1976, 1977 par là. Et puis ma copine est tombée enceinte. J’ai été lâché par tout le monde. Ma famille m’a lâché parce que nous étions une famille de catholique. Il ne fallait pas faire ça, ce n’était pas bien. Et la famille de la demoiselle aussi s’est beaucoup acharnée contre moi. Et voilà, tout petit étudiant avec deux familles qui ne te soutiennent pas, avec des hostilités, ça m’avait beaucoup marqué et j’ai failli rater ma première année de fac. Je suis passé vraiment in extremis, de justesse. Et depuis lors, j’ai fait un examen de conscience et je me suis dit plus jamais cela ne doit m’arriver. Et si cela ne doit plus m’arriver, qu’est-ce qu’il faut faire ? Et à l’époque l’unique solution c’était le préservatif. C’était bien avant les années sida. Et c’était le préservatif à l’époque, le préservatif dans mon pays se délivrait sur ordonnance. Et moi je me suis arrangé, j’ai lié amitié avec un vendeur dans une pharmacie, un vendeur et il me procurait des préservatifs sous la table moyennant bien sûr quelque chose. Dans tous les cas, j’arrivais toujours à me procurer des préservatifs. L’objectif c’était pour qu’une fille ne tombe pas enceinte. Depuis lors, j’ai gardé le préservatif dans mes habitudes jusqu’aux années sida. Alors tu comprends que lors des années sida, quand on a commencé, quand le préservatif a commencé à rentrer dans les habitudes, on apprenait aux gens à porter le préservatif, on montrait… moi ça me paraissait un jeu d’enfant parce que j’étais déjà au préservatif depuis belle lurette. Alors qu’elle ne fut ma surprise, j’allais dire une quinzaine, vingtaine d’années après d’apprendre que j’étais séropositif. Et quand j’étais séropositif il fallait utiliser le préservatif. Mais je ne pouvais plus parce que psychologiquement j’étais cassé, j’étais marqué. C’était très difficile pour moi. Quelque part, je peux dire que la recherche suisse est venue me délivrer.

Sandra : Une personne séropositive ne souffrant d’aucune autre MST (maladie sexuellement transmissible) et suivant un traitement antirétroviral avec charge virale indétectable ne transmet pas le VIH par voie sexuelle, c’est-à-dire qu’elle ne transmet pas le virus par le biais de contacts sexuels. Cette affirmation reste valable à condition que : la personne séropositive applique le traitement antirétroviral à la lettre et soit suivie par un médecin traitant ; la charge virale soit indétectable depuis au moins six mois ; la personne séropositive n’est atteinte d’aucune autre infection sexuellement transmissible (MST) [1].

Francis : Ma charge virale est indétectable depuis 2005. Depuis 2005 je suis indétectable, pas d’autre MST. Je pense qu’il n’y a aucun souci.

Diffusion d’un extrait de la chanson « C’est ma prière » de Mike Brant

Francis : L’amour ça marche. L’amour c’est même beau. L’amour c’est bon. Mais, il y a un grand mais. Il faudrait tomber sur la personne avec qui il y a une affinité. C’est ça qui est le plus compliqué. Souvent on a une tendance et la première personne seule sur laquelle on tombe a une autre tendance. Tant que l’écart n’est pas grand entre vous, vous pouvez faire des efforts pour vous harmoniser l’un et l’autre. Mais quand l’écart est grand entre vous, et parfois vous tombez sur des personnes qui n’ont pas la même expérience, qui n’ont pas la même éducation et qui sont parfois bornés parce qu’en matière d’amour, en matière de sexualité, c’est un peu compliqué. C’est à la fois tellement facile mais à la fois tellement complexe que parfois vous tombez sur des personnes qui sont complètement bloquées, qui n’échangent pas, qui ne se livrent pas, qui ne vous orientent pas. Vous, vous avez besoin de savoir qu’est-ce qu’elle aime quand c’est une partenaire ou quand c’est un partenaire, qu’est-ce qu’il aime, qu’est-ce qu’il veut, qu’est-ce qu’il ne veut pas, qu’est-ce qu’il n’aime pas. Dans mes échanges avec mes camarades, je connais pas mal de gens qui ont été déçus. Quand vous êtes déçus, faut-il quitter l’autre qui par ailleurs vous aime bien ? Et puis il n’a rien fait pour mériter une déception. Faut-il rester dedans quand bien même vous êtes insatisfait simplement parce que l’autre est gentil, etc. Voilà. C’est là le côté le plus compliqué. Parfois, par sentiment humain, pour des raisons de morale, on reste dans une relation dans laquelle on n’est pas du tout épanoui et c’est ça qui amène à aller voir ailleurs. Et puis, à force d’aller voir ailleurs cela nous amène dans d’autres types de complications, dans d’autres types de difficultés. Mais quand vous tombez sur quelqu’un qui correspond, qui vous correspond à tout point de vue avec laquelle l’échange… mais l’amour il n’y a rien de tel, c’est beau. C’est très beau.

Diffusion d’un extrait de la chanson « C’est ma prière » de Mike Brant.

Notes

[1] Source : Les personnes séropositives ne souffrant d’aucune autre MST et suivant un traitement antirétroviral efficace ne transmettent pas le VIH par voie sexuelle.