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Contamination et prévention | Femmes séropositives | Grossesse et VIH | Mali | Mamadou Cissé

Prévention de la transmission de mère à l’enfant au Mali : des progrès ont été faits

14 décembre 2012 (papamamanbebe.net)

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Discussion avec Mamadou Cissé, médecin à Bamako dans la structure ARCAT, Association pour la Recherche et la Communication pour l’Accès aux Traitements

Sandra : Au niveau de la transmission de la mère à l’enfant. Grâce aux traitements les femmes peuvent depuis 1994, donner naissance à des bébés qui ne sont pas contaminés par le VIH.

Cette information n’est pas tout à fait correcte puisque, avant 1994, des mamans séropositives ont donné naissance à des bébés qui ne sont pas contaminés par le VIH. Voici l’information exacte : depuis 1994, nous savons que le traitement antirétroviral a un intérêt en prévention pour réduire la transmission du VIH des mamans à leurs bébés. Avec un traitement antirétroviral efficace et un suivi médical de qualité, le risque de transmission du VIH est aujourd’hui très faible, moins de 1%. Sans traitement antirétroviral, le risque de transmission du virus de la mère à l’enfant se situe entre 15-20%.

D’ailleurs sans contaminer aussi le partenaire. Comment ça se passe au Mali cette prise en charge ? Est-ce qu’il y a beaucoup d’enfants qui naissent avec le VIH ou est-ce que là-dessus il y a un progrès qui a été fait ?

Mamadou Cissé : Il y a un progrès qui a été fait. D’ailleurs au cours de cette émission, j’ai écouté des témoignages qui incitaient les femmes à être plus observantes par rapport à leur traitement pour pouvoir mettre des enfants non-infectés. C’est des choses que nous vivons au quotidien. Nous avons reçus beaucoup de femmes au moment de la découverte de leur infection, soit elles étaient déjà enceintes. Donc il y a des traitements qui ont été mis sur place en tout cas suffisamment tôt pour éviter effectivement que l’enfant vienne au monde avec le VIH ou soit des femmes qui n’étaient pas en état de grossesse au moment de venir chez nous mais qui avaient un désir d’enfant et qui ont été accompagnées avec aujourd’hui toutes les activités en tout cas que nous menons par rapport à la PTME (Prévention de la transmission de la mère à l’enfant) pour qu’elles puissent mettre au monde un enfant non-infecté. Donc, l’idée c’est d’abord d’amener les femmes enceintes à se faire dépister, en tout cas par rapport au VIH, qu’il y ait une suspicion ou pas. En tout cas c’est aujourd’hui une politique que nous nous menons au niveau de toutes les femmes enceintes. Et celles qui sont déjà infectées de les amener assez tôt pour se faire traiter et avoir une charge virale en tout cas suffisamment indétectable pour que le risque de transmission du VIH de la mère à l’enfant soit pratiquement ramené à zéro. Beaucoup d’enfants naissent chez nous au Mali sans VIH à cause en tout cas de ces interventions que nous faisons. Et il ne faut pas non plus oublier, c’est vrai l’allaitement. Cet allaitement c’est vrai il se négocie avec la femme infectée parce que c’est son choix à elle…

Sandra : Faut rappeler aux auditeurs que l’allaitement n’est pas recommandé pour les femmes séropositives, du moins en France, on ne recommande pas l’allaitement parce qu’il y a risque de transmission du VIH. Mais au Mali, c’est différent.

Mamadou Cissé : Tout à fait au Mali c’est différent. Merci Sandra pour cette précision parce qu’effectivement on vit dans des contextes un peu différent. Donc chez nous au Mali, on propose, en fait il y a un choix éclairé de l’alimentation par rapport à la femme parce qu’en fait on lui explique l’enjeu de l’allaitement, ses risques. Il y a aussi l’alimentation alternative donc qui consiste effectivement à utiliser des substituts autre que le lait maternel en tout cas pour le bébé.

Sandra : L’allaitement, pourquoi c’est un problème ? Ce que j’ai entendu c’est que parfois il y a des problèmes d’eau. L’eau parfois n’est pas potable. Et c’est surtout par rapport à l’entourage. Si une femme n’allaite pas son enfant, on se pose des questions.

Mamadou Cissé : En fait les obstacles socioculturels de l’alimentation artificielle parce qu’effectivement une femme quand elle met un enfant au monde, en tout cas elle est censée l’allaiter. Donc effectivement le fait de ne pas l’allaiter peut induire les gens dans une forme de discrimination envers cette femme. D’ailleurs c’est peut-être même quelques fois aussi une manière indirecte de dire aux autres que je suis infectée. A cause de ce regard ou de ce jugement, les femmes quelques fois se voit obligées d’allaiter leur enfant. Même si elles en ont les moyens. C’est vrai qu’il y a un problème d’eau. Mais bon dans certains coins du Mali qui font que c’est une pratique qui n’est pas réalisable. En tout cas donner du lait artificiel. Mais c’est aussi le coût du lait. Le lait est très cher donc ce qui fait que ce n’est pas du tout évident. D’ailleurs, ceux qui travaillent dans ce domaine interdisent l’alimentation mixte qui consiste à utiliser tantôt le sein ou tantôt utiliser le lait maternel ou tantôt le lait artificiel pour les enfants. Faut vraiment aller vers un mode d’alimentation soit le sein, en fait l’alimentation au sein ou soit le lait artificiel.

Sandra : Donc du coup le traitement qui est donné au bébé quand il naît, on lui donne un traitement. Donc du coup ce traitement est donné jusqu’à la fin de l’allaitement ? Et pour la femme aussi elle doit continuer vraiment son traitement jusqu’à la fin de l’allaitement.

Mamadou Cissé : Effectivement il y a plusieurs cas de figures. En fait une femme qui n’a pas besoin de traitement pour elle-même quand elle décide d’allaiter son enfant, parce que c’est ce qui lui convient, c’est son choix à elle, l’usage veut effectivement qu’elle continue de prendre le traitement antirétroviral jusqu’au sevrage de l’enfant. L’enfant qui vient au monde, donc qui a été exposé au VIH au cours de sa naissance, sera effectivement traité avec des antirétroviraux pendant un mois juste pour en tout cas pour permettre à l’enfant au cas où il aurait effectivement ce contact avec le VIH en tout cas de lui en empêcher pour qu’il continue ensuite de boire le lait artificiel.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE

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