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Antigone Charalambous | Couples concernés par le VIH | Femmes séropositives | Francis | Hommes séropositifs | Nadine | Préservatif féminin | Sexe et sexualité | Yann

Faire l’amour c’est bon pour la santé, pour le moral, pour tout

30 novembre 2012 (papamamanbebe.net)

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Sandra : On va monter la température d’un cran puisque nous allons parler de sexe et sexualité. On commence avec Nadine, qui avait un message pour les auditeurs, et la liaison téléphonique est toujours un peu mauvaise désolée.

Début de l’enregistrement.

Nadine : Pour moi, ça se passe très bien (rires). Ca, je sais. Depuis quelques temps, ça se passe très bien. Donc j’encourage les gens à ce que ça se passe comme moi ça se passe. En plus je suis avec quelqu’un qui ne l’est pas et parfois avec, parfois sans préservatif. On sait maintenant que la charge virale indétectable depuis au moins 6 mois sans autre maladie sexuellement transmissible avec un bon suivi et souvent en couple je veux dire, puisque c’est plus régulier, il y a moins de fragilité. Donc voilà, on sait que ça protège de la maladie. Moi j’encourage les gens à faire l’amour parce que ça fait beaucoup de bien au niveau de la maladie, ça fait beaucoup de bien dans la tête même si on doit mettre un préservatif, même avec le préservatif, on peut batayer (rires).

Fin de l’enregistrement

Sandra : Alors est-ce que faire l’amour c’est bon pour la santé Antigone Charalambous ?

Antigone Charalambous : Très bon pour le moral (rires).

Yann : C’est bon pour tout.

Sandra : C’est bon pour tout ?

Francis : Pour le moral, pour la santé, voilà

Yann : Ca fait gagner des T4 aller (rires).

Sandra : Ah bon c’est prouvé ?

Yann : Quand on y croit ! Quand on y croit (rires).

Antigone Charalambous : Quand on fait soi-même l’expérience, je pense qu’on peut se passer de preuve scientifique et objective.

Sandra : D’accord.

Antigone Charalambous : Ca fait très plaisir d’entendre ce témoignage, de pouvoir démarrer là-dessus. Justement, maintenant la sexualité est tout à fait possible. N’est-ce pas ? C’est vrai que Nadine, fait référence à un acte avec pénétration. C’est vrai que très souvent, bon on focalise un peu là-dessus. C’est un petit peu le côté relation hétérosexuel. Il y a aussi tout ce qu’il y a autour. Et il me semble que ce qui se passe une fois qu’on a son diagnostic et avec tout ce qu’on a pu entendre aussi, le côté pessimiste quand même, c’est une pathologie encore assez teintée moralement, avec beaucoup d’idées reçues. Même quand on a des informations, même quand on a beaucoup de craintes, il me semble que ce qui est touché entre autre, c’est quand même un petit peu l’imaginaire. Et là-dessus les personnes séropositives ne sont pas différentes des autres qui ne le sont pas, qui sont séronégatives, parce qu’il y a tout un pan qui est oublié il me semble. Tout ce qui attrait à la sensorialité. Comme le corps est vu justement comme un corps malade, pathologique ou potentiellement contaminant ou en tout cas transformé, du coup la capacité d’imaginer, de le voir autrement, de pouvoir justement sentir les choses autrement se perd. Je ne sais pas ce que vous en pensez aussi ?

Yann : Ce n’est pas faux en plus certains médicaments transforment le corps, déplacent les graisses, perte de libido…

Sandra : Justement, il y a Greg qui disait une fois à l’émission qu’à cause de ses traitements, il avait des problèmes d’érection. Est-ce que les traitements peuvent avoir une influence vraiment sur la libido ?

Antigone Charalambous : Alors là-dessus, ça c’est un classique aussi au niveau et ça l’est toujours par exemple avec les contraceptifs pour les femmes. La question où là éventuellement bon on a eu plusieurs générations de contraceptifs où maintenant on dit plus ou moins qu’il n’y a pas d’incidence, on l’a toujours dit. On sait quand même qu’il y a avant l’incidence organique chimique, il y a quand même l’idée qu’on s’en fait. C’est vrai qu’en tant que psycho-sexologue je vais quand même plutôt partir là-dessus parce qu’il me semble assez entre guillemets, facile de dire que c’est le traitement. C’est aussi tout simplement le facteur que ça peut être, le stress, l’idée qu’on est en train simplement d’ingérer un élément étranger à soi qui a une action qui est censé nous faire du bien mais qu’on ignore un petit peu. Donc pleins de sentiments comme ça étrangers donc inquiétants qui peuvent avoir une incidence direct sur quelque chose qui par ailleurs est tout simplement naturel comme l’est l’érection. Tout dépend aussi si c’est l’érection voulue au moment pour avoir un rapport…

Francis : Au moment voulu voilà.

Antigone Charalambous : Sur demande mais qui heureusement peut être sur demande ou si c’est par exemple tout érection. Là en effet il y a à voir un petit peu de plus près et faire vraiment un bilan plus général ou même sexologique. Mais j’ai envie de dire ce monsieur, si le matin par exemple il a toujours ses érections matinales même si elles sont plus ou moins fortes, je pense que c’est plutôt une question après de relationnel, de crainte qui se cache derrière.

Yann : Puis on peut s’apercevoir aussi d’une chose c’est que la libido peut remonter quand il y a des sentiments. Ce n’est pas rien. C’est très bien l’amour sans sentiment, ça peut même être formidable. Dans la durée, s’il y a des sentiments, c’est sûr que ça facilite tout. Quand en plus le séropositif a des multiplications de problèmes tels qu’ils soient, sociaux ou quoique ce soit, souvent avec une tendance un petit peu dépressive, le tout fait que paulo a du mal parfois à rester debout.

Antigone Charalambous : Il n’est pas un être indépendant paulo.

Yann : Malheureusement !

Antigone Charalambous : Bon heureusement j’ai envie de dire aussi quand même (rires). C’est quand même assez rassurant. Nous ne sommes pas des machines. Les hommes ne sont pas des machines, les femmes non plus. Et j’ai envie aussi de dire que nous ne sommes pas pareils face aux aphrodisiaques tels qu’ils soient. Il y a des personnes qui disent qu’il y a ça qui marche pour moi. Si ça marchait pour tout le monde, ça se saurait. Et c’est là aussi, c’est un petit peu mon dada ça, c’est un petit comme la question de la prévention. D’ailleurs moi je considère que la prévention continue aussi après un diagnostic de séropositivité. Prévention pour soi, prévention pour les autres. Du coup, quand on est pris par le quotidien, que ce soit par la réalité, par les questions de précarité qui sont tout à fait liées au VIH, on n’a pas le temps de rêver.

Francis : Tout à fait.

Antigone Charalambous : On ne prend pas le temps ni de penser, ni d’imaginer qu’on est en train de se caresser ou qu’on veut caresser son partenaire et avec le temps…

Yann : Il y a une perte de confiance.

Antigone Charalambous : Oui.

Yann : On appréhende le prochain rapport ce qui fait souvent qu’on peut passer à une substance qui est, je ne sais pas comment ça s’appelle…

Antigone Charalambous : Qui désinhibent un petit peu.

Yann : Qui désinhibent un petit peu, je cherche le… je ne veux pas donner de nom particulier mais ce type de pilules qui peuvent aider…

Sandra : Le viagra ?

Yann : Le viagra par exemple…

Antigone Charalambous : Le viagra oui, les vasodilatateurs.

Yann : Je me rappelle, j’étais resté plus d’un an sans rapport et j’ai une belle relation avec mon pharmacien. Je lui avais expliqué que là j’avais rendez-vous, que je la trouvais sublime, que j’avais peur d’une éjaculation précoce. Tout ce qu’un homme peut…

Antigone Charalambous : Tout ce qu’un homme peut rencontrer dans sa vie sentimentale (rires).

Yann : Surtout après une longue période d’abstinence quoi. Et il m’avait dit écoute, si ça peut te rassurer, tu n’as qu’à prendre ce type de cachets, et une fois que tu as repris confiance, et c’est exactement ce qui s’est passé. Donc il ne faut pas dire ohlala, quelle honte, il prend du machin. Mais s’il y a une personne à une période de sa vie, ça peut remettre en confiance, parce qu’en fin de compte c’est ça. Ce n’est pas la machine qui va forcément mal. C’est que la tête pense qu’on ne va pas assurer. L’homme doit toujours être au summum.

Antigone Charalambous : L’anticipation négative oui.

Yann : Pour moi j’ai, j’ai pris ça pendant 15 jours, 3 semaines. J’avoue que ça m’a énormément aidé.

Antigone Charalambous : Oui, il y a des personnes que ça peut aider, comme il y en a d’autres, l’idée justement de prendre un cachet leur est impossible parce que justement, quel échec ! Quel aveu d’échec ! Encore une fois nous ne sommes pas identiques…

Yann : Et c’est très tabou parce qu’il n’y a pas beaucoup d’hommes qui disent ce que je viens de dire.

Antigone Charalambous : Oui.

Yann : Je me rappelle même lors des réunions au Comité des familles qu’on avait, qui doivent être totalement confidentielles, j’en avais fait part et bah malheureusement on n’était pas nombreux mais ça c’était, oui tu te rends compte, Yann… ça m’était venu après par une oreille et quelqu’un m’avait dit oui. Donc j’ai su que c’était après cette réunion, quelqu’un avait bavé sur un truc très intime. Donc j’avais repris toutes les personnes qui étaient présentes à la réunion, je leur avais dit plus jamais. Je crois que pour l’instant ça a été une expérience mais ça ne s’est jamais renouvellé.

Sandra : Francis tu voulais réagir et après on écoute le coup de gueule de Nadine.

Francis : Oui, en fait pour moi l’amour est avant tout psychologique. J’aime dire que c’est dans la tête que ça se passe d’abord. Si on est bien disposé, disponible dans la tête, si on a confiance en soi, le reste ça marche. Quand bien même on prendrait des pilules pour s’aider, et qu’il n’y a pas trop la confiance et qu’il n’y a pas trop d’assurance, souvent les pilules ne marchent pas. C’est avant tout dans la tête, c’est psychologique.

Antigone Charalambous : Si le désir n’est pas là, en effet je pense que le corps gagnera sur la substance (rires).

Francis : Hélas !

Yann : On peut avoir le désir et être en manque de confiance.

Antigone Charalambous : Oui. C’est lié à ça aussi. D’ailleurs là-dessus, manque de confiance, souvent ce qui se passe, ce n’est pas tellement que le désir n’est pas là, ou que l’envie n’est pas là mais c’est la crainte aussi de la réponse du partenaire. C’est souvent aussi une difficulté d’exprimer sa demande. Souvent ce qui se passe après un diagnostic, même plus tard, quand la personne décide qu’à un moment bon, elle veut être, elle veut avoir un partenaire stable ou pas, c’est qu’elle craint, là je parle peut-être plus pour les femmes, elle craint d’exprimer justement sa demande mais comme toutes les femmes, il y a quelque chose, au niveau de l’éducation où de toute manière, qu’une femme fasse la demande d’un rapport sexuel est un petit peu teintée. De quoi que ce soit d’ailleurs. Que ce soit dans des cultures africaines ou même européennes. Il y a quand même ça. Puis il y a pleins de femmes qui sont complètement libérées et qui disent moi je demande exactement ce que je veux et je prends. Très bien. Ce n’est pas toujours le cas. C’est ce qui fait que souvent elles se retrouvent à devoir subir justement une non-activité sexuelle tandis que le désir est là. Et avec le temps après, le désir s’en va.

Sandra : Juste avant de réagir, on va juste écouter le coup de gueule de Nadine puis après on continue la discussion.

Début de l’enregistrement.

Nadine : J’ai entendu parler du préservatif féminin, que c’était compliqué à mettre. Je me suis dit que j’allais essayer. Là j’ai un ami qui ne met pas le préservatif masculin donc j’ai dit on va essayer le féminin. Quand je suis allée à l’hôpital, la dame elle m’en a donné mais elle m’a dit, on n’en a pas beaucoup. Après j’ai voulu en acheter dans les pharmacies, j’ai fait trois pharmacies déjà, j’en ai jamais trouvé. Ils n’en vendent pas parce que c’est cher, parce que les femmes ne l’utilisent pas alors que moi je pense qu’il faudrait l’utiliser. Il ne faut pas croire que c’est moins bien que le préservatif masculin. Au contraire même. Pour moi ça change tout. D’ailleurs, quand on le met, on peut faire un jeu. Après ce n’est pas très esthétique mais le préservatif est plus fin donc on sent mieux les sensations. Donc ça, je ne suis pas contente parce que dans les associations, on n’en trouve pas, comme si les femmes elles n’existaient pas. Je trouve ça lamentable. Ils ne les vendent pas, ils ont des prix astronomiques, je ne comprends pas pourquoi c’est des prix aussi… c’est vrai que le préservatif est grand mais quand même ! Ce n’est pas une politique qui a été vraiment menée en faveur de ce préservatif, il n’y a pas eu trop de dires sur ce préservatif au contraire on l’a même plutôt rejeté qu’on en a fait la pub. Et alors que moi je pense maintenant depuis que je l’ai essayé, quand je vois des copines, je leur propose parce que je leur dit vraiment, pour moi c’est génial. C’est aussi dire moi, je suis une femme, je me protège avec mon truc. C’est à la femme, ça appartient à la femme. Là c’est comme si on foutait la femme de côté.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : Nadine au micro de Survivre au sida, adepte du préservatif féminin et elle kiffe, ça lui donne plus de plaisir.

Antigone Charalambous : Décidément Nadine c’est bien ma copine (rires). On est bien d’accord. Moi au début, quand je faisais mes études de sexologie, j’étais à fond sur le fémidom. On a réussi à me faire oublier le fémidom. Je l’ai oublié aussi moi-même. Ca ne s’est pas fait tout seul. En effet, ce n’est pas un outil qu’on met en avant. Le coût aussi est quelque chose. Il y a des associations où on peut en trouver. Le commentaire de la, c’était une infirmière ? Non ? C’était quoi ? A l’hôpital on lui avait donné ?

Sandra : A l’hôpital oui, on lui a dit qu’il n’y en avait pas…

Antigone Charalambous : Le commentaire de on n’en a pas beaucoup c’est.. je non. Il faut en avoir autant qu’il faut en avoir. C’était complètement inutile à mon avis. En effet c’est ce qui permet aux femmes d’être complètement indépendantes par rapport à ça. C’est encore un facteur d’indépendance…

Yann : Oui c’est ça qui est énorme là-dedans. C’est que la femme peut vraiment gérer toute seule…

Francis : Tout à fait.

Antigone Charalambous : Quand même il faut rappeler que le fémidom a ça de très avantageux, c’est qu’on peut le mettre bien avant le rapport. Donc le monsieur qui dit mais moi je n’aime pas le préservatif parce que faut le mettre, je vais perdre mon érection, tu comprends… Bah il n’a plus d’excuse (rires). Il n’a plus d’excuse.

Yann : Après il y a ce problème d’esthétisque. Enfin moi, elle m’étonnera toujours Nadine parce que c’est la première fois que j’entends un avis aussi dithyrambique sur le préservatif féminin…

Sandra : On en a déjà parlé à l’émission Yann…

Yann : Oui, je ne dis pas ça, écoute bien, je dis que d’entendre d’un seul coup adorer à ce point-là, parce qu’on a qu’à voir même au Comité des familles les préservatifs féminins ne partent pas autant que les masculins et je parle aussi bien des femmes qui en prennent, que des hommes. Ce n’est pas que les hommes qui vont chercher les préservatifs masculins. Puis après quand on parle entre garçons, c’est vrai que je ne connais pas de garçon qui soit attiré plutôt par le préservatif féminin que masculin. Je ne sais pas ce que tu en penses ?

Francis : Moi je préfère le préservatif féminin en fait.

Yann : D’accord.

Francis : Parce que l’homme est un peu plus libre à ce moment et puis voilà, il ne perd pas le temps, surtout quand on n’a pas forcément une forte érection…

Yann : Oui, oui je comprends.

Francis : On ne perd pas le temps à enfiler le préservatif.

Antigone Charalambous : Et l’esthétique est quelque chose qui s’apprend.

Yann : Oui, mais il y a le son en plus. Excusez-moi de rentrer dans les détails mais…

Antigone Charalambous : Mais allons, allons.

Yann : Il y a le clap clap…

Antigone Charalambous : C’est une question assez pratique. Le fait de le mettre suffisamment avant le rapport, on dit d’ailleurs au moins 20 à 30 minutes, c’est aussi pour que ça adhère sur les parois vaginales et que justement on diminue le clap clap qui n’est pas très esthétique aussi au niveau sonore (rires).

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE