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Partner : une étude sur l’intérêt préventif du traitement dans les couples sérodifférents gays et hétérosexuels

8 novembre 2012 (papamamanbebe.net)

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Sandra : On va parler des couples sérodifférents. Que font les chercheurs pour les couples sérodifférents ? Avant d’en parler avec Laurent Rossignol, je vais demander à chacun de vous, donc à Greg, Bruno et Tina, quelle question vous vous posez par rapport à comment puis-je protéger mon partenaire d’une contamination VIH. Avez-vous encore des questions en suspens ? Comment vous êtes informés sur cette question ?

Greg : Moi j’ai une question parce que, l’année dernière dans une relation sérodifférent, à un moment ma copine voulait faire des rapports sans protection et moi j’ai refusé parce que j’avais peur mais je veux savoir si c’est possible et dans quelles conditions.

Sandra : Avant de répondre à Greg, Bruno même question, est-ce que tu as des interrogations ?

Bruno : Pleins mais là tout de suite…

Sandra : Tu en as tout pleins mais là tout de suite non ? (rires).

Bruno : Non, ça va venir mais…

Tina : Moi ce serait éventuellement des questions entre les études qui sont faites et ensuite comment les résultats de l’étude vont ensuite entrer dans le suivi médical, c’est-à-dire dans les recommandations aux médecins. Quelles sont réellement les conséquences des résultats des études comme l’étude HPTN 052. Comment optimiser que les résultats obtenus pour les couples ou pour les personnes séropositives ou pour la société de manière générale.

Sandra : Tout ce qui va être dit, ça rentre dans le cadre de la chronique prévention positive qui est soutenue par l’INPES (Institut national de prévention et d’éducation pour la santé) que vous pouvez retrouver sur le site papamamanbebe.net dans la rubrique sexe et sexualité. Oui Bruno.

Bruno : Pour moi c’est vrai il y a quelques années, le rapport Hirschel avait déjà commencé à bien valider cette orientation vers la prévention positive. En fait ma question, aujourd’hui, tous ces nouveaux rapports, qu’est-ce qu’ils rapportent en plus en sachant que c’est vrai moi je suis en couple sérodifférent mais moi je suis séronégatif. Je suis les recommandations du rapport Hirschel depuis quelques années. Là ça fait un an et demi donc on a eu un petit garçon, tout se passe bien. Maintenant qu’est-ce que ça peut nous rapporter en plus ?

Sandra : Pour parler de tout ça, on va aller dans l’ordre chronologique je propose. Pourquoi pas ne pas partir des recommandations suisses. Est-ce que vous pouvez expliquer ce que c’est aux auditeurs ? Qu’est-ce que ça a changé dans la vie sexuelle des séropositifs ?

Laurent Rossignol : Oui alors on va parler de l’avis suisse en fait parce que ce n’est pas des recommandations, c’est un avis médical. Mais c’est effectivement, c’est ce que Bruno a appelé le rapport Hirschel. C’est le constat que, un séropositif ou une séropositive traité(e) efficacement, c’est-à-dire avec une charge virale indétectable depuis au moins 6 mois. Donc charge virale indétectable et stabilisée, qui prend régulièrement son traitement. Donc qui a une bonne observance comme on dit ou une bonne adhérence et qui n’a pas des IST, des infections sexuellement transmissibles qui peuvent faire augmenter un moment la charge virale, donc cette personne ne peut plus transmettre son virus. C’est l’avis suisse.

Sandra : Ca c’était en 2008.

Laurent Rossignol : C’était en 2008. Vernazza, Hirschel, des médecins de Genève. A l’époque ça a fait un peu un tollé. Ca a fait un petit peu scandale. Il y a eu pas mal de débats. Beaucoup de gens qui ont critiqué l’avis en fait considérant que c’était d’abord pas forcément fondé, qu’on n’avait pas forcément les preuves pour exprimer un avis aussi clair. Deuxièmement que ça pouvait être dangereux même si c’était vrai de le dire parce que les gens allaient faire n’importe quoi etc. En gros les gens n’allaient plus utiliser de préservatif et bon, on ne sait pas trop quoi mais et ça pouvait avoir des conséquences imprévues et risquées. Mais il y a donc eu l’étude HPTN 052 qui a effectivement confirmé l’avis suisse.

Sandra : C’était combien de temps après l’avis suisse ?

Laurent Rossignol : Oh c’était juste après puisque les premiers résultats sont arrivés en 2011. On a eu d’autres résultats début 2012. Alors HPTN 052 en fait c’est l’étude qui a confirmé l’avis suisse. C’est-à-dire qu’elle a confirmé que effectivement, quelqu’un qui a une charge virale indétectable stabilisée et qui n’a pas d’IST et qui est dans un couple stable et fidèle ne peut pas transmettre son virus. Il y a quand même une limite, mais on en reparlera peut-être plus tard c’est qu’il y avait essentiellement des couples hétérosexuels dans HPTN 052. Donc on parle de rapports vaginaux en fait essentiellement puisque la grande majorité des rapports dans les couples hétérosexuels sont vaginaux. Il y a des rapports annaux mais beaucoup moins.

Tina : De quelle manière cette étude HPTN 052 a confirmé l’avis suisse et déjà qu’est-ce qui était à confirmer, est-ce qu’il manquait des données ? Le nombre de couples n’était pas suffisant ou est-ce que parce que c’était des couples hors Europe ou hors pays occidentaux ?

Laurent Rossignol : Ce qui manquait c’était une étude randomisée contrôlée qui est considérée comme le degré de preuve maximal dans la recherche médicale. Les médecins suisses avaient observés des données sur des patients qu’ils suivaient depuis longtemps. Ils avaient vu qu’il y avait effectivement dans ces conditions pas de contamination. Mais ça, ça n’a pas un degré de preuve maximal, c’est-à-dire qu’il peut avoir des éléments liés au hasard qui font que du coup, on n’a plus vraiment une preuve, on a juste un résultat mais qui peut être lié à diverses choses. Donc il manquait un essai randomisé contrôlé qui a donc été monté. Ca été HPTN 052. Et pour répondre à ta deuxième question, comment la preuve a été apportée, il y avait plus de 1700 couples sérodifférents dans l’essai, il y avait 1763 couples. Donc à peu près 850 dans chaque bras, dans chaque groupe. On a séparé ces 1700 couples en 2 groupes. Il y en a un qui a bénéficié d’un, donc c’était préservatif + conseil de prévention + dépistage et traitement des infections sexuellement transmissibles et le traitement seulement à partir de 250 CD4. Donc c’était les recommandations de l’OMS, l’Organisation mondiale de la santé à l’époque. Et puis dans l’autre groupe il y a eu, préservatif, conseil de prévention, dépistage et traitement des IST, donc la même chose mais le traitement précoce ou immédiat selon les cas. Immédiat ça veut dire au dépistage, précoce ça veut dire au-dessus de 350 CD4, c’était en général entre 350 et 500. Donc autrement dit, les groupes étaient dans la même situation sauf que l’un était traité à partir de 250 ou 200 CD4 et l’autre à partir de 350 – 500 CD4. Et les résultats ont été extrêmement clairs. Il y a eu 28 contaminations à l’intérieur des couples. En fait il y a eu 39 contaminations sur l’ensemble de l’étude mais il y a eu 11 qui étaient non reliés. C’est-à-dire qui avaient eu lieu hors couple. Du coup on les élimine puisqu’on ne sait plus rien sur le sujet source, c’est-à-dire source de la contamination puisqu’il est hors couple. Donc il reste 28 contaminations dans l’étude. Il y en a eu 27 dans le premier bras, celui qui était traité tardivement et une dans le bras qui avait le traitement précoce, dans le groupe de patients où le traitement était prescrit le plus tôt. Donc l’étude a finalement été arrêtée 18 mois avant la fin prévue parce qu’à partir du moment où on a une différence statistique, comme on dit significative, c’est-à-dire on a un résultat qui est déjà suffisant pour qu’une preuve soit apportée, on doit arrêter une étude pour ne pas mettre en danger et continuer à mettre en danger les personnes de l’autre groupe. Du groupe où les gens se contaminaient. Donc l’étude a été arrêtée très tôt et on a considéré que la preuve avait été apportée. D’autant plus qu’après il y a eu des interrogations sur cette contamination qui avait eu lieu. Il y avait quand même 1 contamination dans le groupe qui était traité précocement. Et cette contamination a été observée. Qu’est-ce qui s’était passé ? Est-ce qu’il y avait une IST ? Et en fait le résultat a clarifié encore les données puisque cette contamination a eu lieu au moment de la mise sous traitement du partenaire séropositif. C’est-à-dire à un moment où le traitement n’avait pas encore pu réduire la charge virale.

Sandra : On avait parlé de cette étude, l’étude HPTN 052 avec Françoise Barré-Sinoussi, prix Nobel de médecine 2009 et donc co-découvreuse du virus du VIH. Je vais vous lire ce qu’elle a dit : Il faut y compris avec la charge virale, il faut être très prudent. Au moment où vous faites la charge et au moment du rapport sexuel premièrement il y a forcément un laps de temps. La charge virale elle est mesurée au niveau du sang et pas au niveau génital. On sait que là aussi, il y a des variations, ça dépend des personnes mais chez quelques personnes, il y a des différences entre la charge virale au niveau des sécrétions génitales et la charge virale au niveau du sang périphérique. Donc il peut avoir prise de risque dans ces conditions-là qui sont un petit pourcentage. Je ne suis pas en train de dire que c’est la majorité des cas mais ça existe. Donc s’il y a une charge virale génitale qui est plus importante qu’au niveau du sang, à ce moment-là il y a une prise de risque. Donc on est obligé de prendre je dirai toutes les informations en considération et le couple qui prend la décision de ne pas avoir de rapport protégé se doit d’avoir ces informations.

Laurent Rossignol : C’est vrai que ça fait longtemps qu’il y a des discussions autour de ça puisque la charge virale dans les soins courant on la mesure dans le sang, par une prise de sang et effectivement on sait que la charge virale n’est pas la même partout dans l’organisme. On sait qu’effectivement les antirétroviraux suppriment très bien la charge virale dans le sang, pas forcément aussi bien ailleurs. On considère en général que la charge virale est bien corrélée, c’est-à-dire bien reliée entre le sang et le sperme ou les sécrétions vaginales. On considère que si elle est indétectable dans le sang, elle va l’être aussi dans les fluides sexuels. Il y a encore quelques interrogations sur la corrélation entre charge virale dans le sang et charge virale dans les sécrétions rectales au niveau du rectum. Ca c’est pour les rapports annaux. Il y a eu différentes études qui ont donné des résultats encore contradictoires. Donc la recherche continue je dirai. Mais c’est sûr quand Françoise Barré-Sinoussi parle d’un petit pourcentage, c’est l’expression qu’elle a utilisé, oui il y a un petit pourcentage, le risque a été évalué, le risque de transmission avec une charge virale indétectable à 1 pour 100 000. C’est clair que, vous trouverez je pense, je pense qu’on trouvera très peu de gens pour parler d’un risque 0 absolu. Il n’y a pas de risque zéro absolu puisqu’il peut avoir peut-être un jour quelque chose qui va faire monter la charge virale. C’est vrai qu’il y a un décalage entre la prise de sang et le rapport comme elle dit. Il peut avoir aussi encore une fois des traitements qui ne vont pas être pris régulièrement. Il peut avoir un échappement viral à un moment donné. Le traitement cesse de fonctionner, la charge virale va remonter. Ce n’est pas très grave en terme de santé. Le traitement va être changé. Mais ça peut peut-être avoir des conséquences en terme de transmission. En tout cas, ce qu’on peut dire c’est que, il n’y a pas non plus de risque zéro avec les préservatifs. Je crois que c’est important de le dire. Il n’y a pas de méthode magique et là, avec les résultats d’HPTN 052 qui sont que les traitements réduisent la transmission, le risque de transmission de 96%, on est au-dessus des chiffres qui sont habituellement donnés pour le préservatif. Alors l’idée ce n’est pas forcément d’opposer préservatif et traitement.

Sandra : Le préservatif c’est combien ?

Laurent Rossignol : Ca dépend des études. Mais c’est-à-dire que sur un rapport où vous utiliser un préservatif qui ne casse pas, c’est 100%. Mais après il y a ce qu’on appelle dans la vraie vie. Et dans la vraie vie, il faut comparer le traitement, si on parle du traitement dans la vraie vie, en prenant en compte le risque d’oubli etc, il faut aussi parler du préservatif dans la vraie vie. Le préservatif dans la vraie vie n’est pas utilisé forcément toujours. Il y a des moments où il n’y en a pas, des moments où on a trop bu, des moments où on n’a pas envie, etc. Donc il faut relativiser un petit peu. Ce n’est pas forcément un moyen de prévention extrêmement facile à utiliser régulièrement même s’il a son efficacité effectivement. Mais il y a beaucoup de gens en tout cas qui ne peuvent pas l’utiliser régulièrement. L’idée c’est plutôt, je reprends ce que je disais juste avant, ce n’est pas forcément d’opposer l’un à l’autre. On entend souvent dire qu’on est à l’ère de la prévention combinée. On essaye de combiner différents moyens de prévention pour réduire la transmission et réduire l’épidémie là où elle ne se réduit pas en fait. On est arrivé au constat que le préservatif seul ne suffit pas toujours selon les groupes, selon les pays, etc à réduire l’épidémie et donc on cherche d’autres moyens de prévention complémentaire additionnelle dont le TASP, le traitement comme prévention peut en faire partie mais il y a aussi la circoncision. Il y a des essais sur les microbicides. Il y a différents essais pour qu’on ait toute une panoplie de moyens de prévention qui puisse être par exemple utilisée par les uns qui vont les préférer et pas par les autres ou qui puissent éventuellement être alternés, etc.

Sandra : Avant de passer à l’étude Partner, est-ce qu’il y en a qui voudrait réagir ?

Bruno : Oui, je ne suis pas si le mot est fort mais je suis un petit choqué. C’est vrai que pour moi dans un couple sérodifférent, c’est deux responsabilités. Il y a une personne qui est séropositive et une autre personne qui ne l’est pas. Soit la personne doit toujours mettre son préservatif ou l’autre toujours prendre son traitement. Dans l’essai, j’ai l’impression que dans l’éthique, le couple, ils partent à partir de combien d’années ils sont ensemble. Je n’ai pas entendu ça. Les couples c’est 2, 3, 5 ans ensemble ? Ils sont mariés ? Quand je pense à l’avis suisse, dans les recommandations ils nous disaient déjà qu’il fallait que ce soit 6 mois indétectable. Pour commencer l’essai, bon, ça me choque un peu au niveau des contaminations parce que les personnes partaient de 100. Enfin à partir de quand on constate indétectable ? Et puis bon, moi c’était plus dans une optique de désir d’enfant. Il y avait ça en plus des motivations. Je pense que les essais sur le couple, on est quand même impliqué autant le partenaire séropositif que le partenaire séronégatif. Je ne sais pas si j’arrive à me faire comprendre, je balance beaucoup de choses. Pour l’instant c’est…

Laurent Rossignol : Je peux répondre en partie mais disons que sur l’histoire de la responsabilité dans un couple, effectivement je crois que l’un des avantages à mon avis de ce genre de constat que le traitement a un effet préventif, c’est aussi justement de permettre aux gens d’en parler dans leur couple. Après, il ne faut pas comme on dit une injonction au traitement. Celui ou celle qui est VIH + ne doit pas forcément se traiter pour autant. Mais c’est important je pense de savoir pour une personne séropositive qu’elle peut réduire en tout cas énormément le risque de contaminer sa partenaire et je pense que c’est important aussi de l’autre côté pour les séronégatifs de savoir que les séropositifs ne sont pas forcément entre guillemets des bombes virales comme on le disait dans les années 80.

Bruno : Dans les années 80 c’est vrai qu’avec les premiers traitements, j’étais en couple sérodifférent aussi et j’ai vu ma partenaire au moment des effets secondaires. C’était un peu terrible. Là avec la trithérapie c’est quand même moindre. Actuellement ils repassent au traitement où c’est un seul médicament avec de nouveaux effets secondaires. Pour moi, je pense que dans la relation, que les deux soient responsables et qu’elle s’engage quand même à prendre son traitement et que même si on ne surveille pas constamment, il faut quand même. Mais bon.

Laurent Rossignol : Dans l’absolu c’est sûr c’est bien si tout le monde est responsable. Après on sait qu’il y a des situations où ce n’est pas facile, où ce n’est pas le cas. Bon puis après il y a autre chose. C’est vrai que ces études sont faites sur des centaines de couples, dans plusieurs pays à la fois. Elles ont des conséquences pour les couples mais elles ne sont pas vraiment prévues pour les couples en fait. En fait elles sont prévues pour réduire l’épidémie. C’est des études sur comment réduire la transmission. Donc elles ne sont pas vraiment conçues pour les couples sérodifférents. Elles sont conçues comme des moyens de mettre au point de nouveaux outils de prévention mais…

Sandra : Vous voulez dire qu’elles ne prennent pas en compte la vraie vie des couples au quotidien ? On s’intéresse d’abord à comment réduire la transmission avant de penser à comment ça peut s’appliquer dans la vie d’un couple ?

Bruno : C’est orienter sur les personnes les plus à risque ?

Laurent Rossignol : Non, je pense que c’est un petit peu des sensibilités des médecins. Les médecins suisses par exemple ont tout de suite parlé de l’intérêt pour les couples, pour les gens. Mais c’est sûr que sur des études avec des centaines de couples qui sont menés un peu partout dans le monde, oui on cherche à savoir comment est-ce qu’on peut réduire la charge virale communautaire comme on dit. C’est-à-dire la charge virale moyenne dans une région et quel impact ça va avoir sur l’épidémie dans la région.

Sandra : Il nous reste 10 minutes pour parler de l’étude Partner. Peut-être que vous voulez réagir sur ce qu’il vient de dire. Tina je voyais que tu t’approchais du micro.

Tina : Moi où je trouve que c’est toujours un peu troublant c’est que d’un côté, on sent que la recherche va dans le sens pour trouver des solutions pour diminuer les contaminations. Il y a des études qui sont faites dans le sens de la prévention. Mais que après on ne cherche pas à ce que ces résultats vraiment servent aux personnes séropositives. Mais il y a un moment où moi souvent je sens comme des contradictions. Si d’un côté on fait des recherches, on va dans le sens du tout traitement parce qu’avec un traitement, une personne ne contamine plus. Mais ensuite on a du mal à expliquer à une personne, je ne dis pas tout le monde mais certains médecins ne veulent pas en parler, mettent toujours en garde leurs patients. J’entends des choses vraiment où je me dis ce n’est pas parce qu’on est séropositif qu’on ne comprend pas des données scientifiques. Je pense que c’est faux de parler du fait quand un couple a une vie sexuelle sans préservatif c’est qu’on additionne le risque, le fait d’avoir un risque ponctuel pour quand il y a un désir d’enfant, que ça, ce serait acceptable mais que si dans un couple la sexualité c’est sans préservatif, c’est comme si on additionne le risque. Je pense que ça me semble faux. Là-dessus je trouve que l’état d’esprit doit changer parce qu’on ne peut pas diviser les choses comme ça que d’un côté on cherche à diminuer l’épidémie mais de l’autre c’est comme si les personnes qui sont séropositives ne comprennent pas qu’il y a des conséquences aussi pour elles.

Sandra : La réaction de Laurent Rossignol et après on embraye sur l’étude Partner.

Laurent Rossignol : Je crois que c’est assez juste effectivement. Je pense que c’est difficile pour les médecins entre guillemets de donner un feu vert. Allez-y, si vous êtes traités, vous pouvez avoir des rapports non-protégés. Le cumul des risques, ça existe effectivement. Vous avez beaucoup moins de risque que d’être contaminé sur un rapport avec un faible risque que sur des centaines de rapports ou des milliers avec un faible risque. C’est vrai que la solution de facilité c’est de dire aux gens vous pouvez utiliser cette découverte pour faire vos enfants. C’est sûr qu’on ne fait pas des enfants non plus des milliers de fois dans une vie. Donc quelques rapports ciblés au moment de l’ovulation et effectivement là le risque il est à peu près égal à zéro. C’est quelques rapports avec un risque à peu près égal à zéro. Mais là je dirai qu’on est dans les pratiques médicales et c’est vrai que les médecins je pense, bon il faudrait voir des études et je crois qu’il y en a une qui existe dont on devrait avoir les résultats bientôt mais les médecins je pense on du mal à communiquer effectivement sur cette question. Ca fait peur encore.

Sandra : L’étude Partner. Pourquoi faire à nouveau une étude sur les couples sérodifférents. Qu’est-ce qu’elle va apporter de plus par rapport à l’étude HPTN 052 ? Quels couples ça concerne ? Ciblés sur les hétérosexuels, homosexuels ou est-ce que c’est les deux ?

Laurent Rossignol : Alors c’est ciblé sur tous les couples en fait. C’est vrai que c’est une étude qui se déroulait en parallèle d’HPTN 052 et puis HPTN 052 a donné ses résultats. Qu’est-ce qu’on fait puisque la preuve est apportée ? L’étude s’est tournée maintenant vers les couples gays pour lesquelles je vous disais en raison des rapports annaux il y a encore pour le coup des questions de recherche qui ne sont pas réglées. Mais c’est toujours intéressant d’avoir plusieurs études sur la même question. D’ailleurs, s’il y a une seule étude sur une question, je ne considère pas que la preuve est apportée. Il faut toujours que les résultats soient recoupés etc. Donc l’étude continue à recruter y compris les couples hétérosexuels. La question du coup c’est quel est le bénéfice pour les couples d’y aller si on a déjà la preuve ? Je pense que la réponse va être assez simple. C’est participer à la recherche en fait et bénéficier au passage du suivi qu’il y a dans l’étude. L’étude demande d’aller tous les 3 à 6 mois sur le lieu où on est entré dans l’étude pour remplir un questionnaire. Donc tous les 3 à 6 mois c’est entre 4 et 2 fois par an concrètement. Pas forcément les deux personnes à la fois mais environ maximum une semaine d’intervalle pour que les données soient quand même, correspondent dans le temps. Et puis le partenaire séronégatif va avoir un test de dépistage. C’est la seule modification comportement qui est demandée dans l’étude. On demande à la personne séronégative de se dépister au moins deux fois par an. Et puis un questionnaire sur ce qui s’est passé depuis la dernière visite. Est-ce qu’il y a eu une IST, comment ça s’est passé avec le traitement, est-ce que ça été pris régulièrement, etc.

Sandra : Est-ce qu’il y a un bras placebo ? Je vais dans cette étude, je suis en couple sérodifférent, quelles sont les conditions pour que je puisse rentrer dans l’étude ?

Laurent Rossignol : Les critères d’inclusion oui. C’est très simple. Il n’y a pas de bras placebo. C’est une étude observationnelle, c’est ce qu’on appelle une étude cohorte. On ne compare pas deux groupes de patients entre eux. On inclut des gens et on regarde les résultats. Concrètement il faut avoir plus de 18 ans, avoir une séropositivité confirmée. Etre en couple sérodifférent. Couple marié ou pas, on s’en fiche.

Bruno : C’est là le problème.

Laurent Rossignol : Non. Le critère c’est qu’il faut être dans un couple au moment de l’étude.

Sandra : Stable c’est ça ?

Laurent Rossignol : Alors, disons qu’il faut envisager d’avoir encore d’autres rapports sexuels dans les mois au moins qui suivent. Evidemment s’il n’y a plus de rapport sexuel, il n’y a plus rien à mesurer. En revanche, les investigateurs de Partner nous ont bien précisé que si une personne par exemple est dans deux couples, elle peut entrer dans l’étude dans ces deux couples. C’est une étude qui se fiche de la fidélité ou de la stabilité. Il faut qu’il y ait des rapports sexuels non protégés.

Sandra : Protégés par les traitements.

Laurent Rossignol : Protégés par les traitements et non par le préservatif. Certains peuvent l’être mais il faut au moins qu’il y ait régulièrement des rapports sexuels non protégés par le préservatif. Ce n’est pas quelque chose qui est demandé aux couples. C’est une étude qui s’adresse à des couples qui ont déjà des rapports non-protégés par le préservatif évidemment. Et c’est tout en fait. S’engager à pouvoir venir deux à quatre fois par an.

Sandra : Si je suis intéressée, où est-ce que je vais pour participer à cette étude ?

Laurent Rossignol : Il y a plusieurs endroits en fait. Enfin pas tant que ça mais qui recrutent en France. Je vous donne les adresses email ?

Sandra : Un contact en fait. Si je suis en couple sérodifférent, je veux participer à cette étude, qui est-ce qu’on appelle, dans quel hôpital on peut se rendre ? Pour que les auditeurs sachent s’ils sont vraiment intéressés.

Laurent Rossignol : Il n’y a pas un numéro central. Ce n’est pas centralisé. Il y a une adresse à Nantes. Il est possible d’entrer dans l’étude au CHU de Nantes à l’Hôtel Dieu. Il y a une adresse email qui est partnernantes@gmail.com. On peut aussi entrer dans l’étude au CHU de Nice. Là il faut contacter le docteur Marie-Ange Sérini. Donc c’est serini.ma@chu-nice.fr. A Paris, vous avez deux endroits pour intégrer l’étude. Le 190, qu’on peut appeler au 01 55 25 32 72. Et l’hôpital Tenon, là il faut voir le docteur Julie Chas. julie.chas@tnn.aphp.fr. Et puis il y a l’association Aides aussi qui a ouvert des points d’accès à l’étude à Marseille, Nice, Montpellier, Bordeaux, Nantes, Paris, Strasbourg, Lille, Lyon et Rennes. Et là il faut écrire à etude-partner@aides.org

Sandra : Est-ce que certains ont des interrogations sur l’étude Partner pour terminer l’émission ?

Bruno : Bah moi je voulais juste dire que pour moi les familles et les couples c’est quand même les personnes je pense en France qui sont les plus concernées sans stigmatiser. C’est pour ça j’ai dû mal à voir l’intérêt de cette étude pour les couples à part peut-être inciter des personnes, des couples stables, à avoir d’autres comportements. J’ai dû mal à voir l’intérêt pour les couples. Mais toute étude et tout essai ça va quand même dans le bon sens. Mais…

Greg : Moi je ne suis pas tout à fait de l’avis de Bruno parce que, la question je l’ai posée, à l’époque j’avais une copine, on était dans une relation quasie stable. Moi je suis fidèle et elle, elle était fidèle à l’époque et elle posait des questions, elle voulait le faire. Et moi j’ai refusé dans le sens de la responsabilité.

Sandra : Tina est-ce que tu vois l’intérêt de l’étude Partner ?

Tina : Comme on a eu un atelier avec Laurent Rossignol il y a deux semaines, donc sur ce sujet, ce que j’ai compris c’est que, il y a eu ces deux études qui se sont lancées en même temps HPTN 052 et l’étude Partner. Comme l’étude HPTN 052 a très rapidement montré les preuves de ce qu’elle voulait montrer c’est-à-dire qu’une personne sous traitement est moins contaminante, le traitement a un intérêt préventif dans un couple sérodifférent. L’étude Partner s’est élargie sur la question des couples sérodifférents homosexuels parce qu’en fait l’étude HPTN 052 c’était les couples hétérosexuels plutôt. Je ne sais pas si c’était uniquement ou majoritairement.

Laurent Rossignol : Majoritairement.

Tina : Donc si j’ai compris, l’étude Partner s’ouvre plus aussi sur la question de est-ce que dans un couple homosexuel on peut prouver, dire les même choses, donner les mêmes recommandations. Je pense aussi comprendre que chaque étude supplémentaire qui va dans ce sens aide à avoir une vision claire sur la question. Personnellement je pense qu’avec mon partenaire on a décidé de participer à cette étude. Après je ne sais pas exactement la durée.

Laurent Rossignol : J’ai vérifié, c’est deux ans effectivement. On s’engage pour deux ans à la base mais il faut savoir que de toute façon, toute personne qui entre dans une étude peut en partir n’importe quand sans avoir à justifier.

Tina : Et ensuite sur la question de la fidélité, j’imagine que s’il y a une contamination hors couple on sait le prouver comme ça a été le cas dans l’étude HPTN 052. Je ne sais pas est-ce que le critère de couple stable, de toute façon c’est la sexualité telle qu’elle existe dans la vraie vie. Est-ce qu’une personne s’engage dans la situation où il y a une relation hors couple d’utiliser le préservatif ou non ? Est-ce que ça, c’est un critère ou non ? C’est vrai que c’est des questions que je ne connais pas parce que du coup, je me dis que cette personne si elle a des relations sans préservatif et hors couple, elle peut aussi ramener une MST qui n’existait pas.

Laurent Rossignol : Eventuellement. Tout cela est évalué dans les questionnaires en fait que les personnes remplissent quand elles vont aux visites de suivi.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE