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Annonce de la séropositivité | Dépistage du VIH | Femmes séropositives | Françoise Barré-Sinoussi | Tina | Yann

Forum des auditeurs : étudiante infirmière, elle apprend sa séropositivité seule

31 octobre 2012 (papamamanbebe.net)

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Sandra : C’est une auditrice (Didine) qui a laissé un message suite à un article où Barbara avait participé à l’émission Survivre au sida. Est-ce que Tina ou Yann vous vous souvenez de Barbara ?

Tina et Yann : Oui.

Sandra : Est-ce que tu peux la présenter Tina aux auditeurs ?

Tina : Barbara aujourd’hui est maman de deux enfants, j’ai suivi sur facebook, elle a eu deux enfants et d’ailleurs je la félicite pour son deuxième. Cette maman a longuement milité pour la lutte dans le domaine de la lutte contre le VIH/Sida. C’est une jeune fille qui a été contaminée à l’âge de 17 ans et qui a ouvert le premier Sidaction en 1994. Par la suite elle a fait des séries de témoignages auprès des jeunes pour les sensibiliser et pour leur faire comprendre ce que c’est le VIH par son témoignage.

Sandra : Cette auditrice (Didine) écrit

Barbara tu as été courageuse. Je suis étudiante infirmière. J’ai su ma séropositivité lors de mon premier stage à l’hôpital. J’ai fait mon prélèvement personnel, j’ai utilisé les bandelettes. Surprise. J’ai vu apparaître deux bandes rouges. Quel choc, je suis séropositive. Pleurs et cris pendant une semaine sans manger. Pour moi ma vie n’était que désespoir. Mon copain actuel m’a abandonée car j’avais porté le VIH sur mon premier copain. Je me sens triste et degoûtée par la vie.

Sandra : Tina et Yann, que pouvez-vous dire à cette auditrice (Didine) ?

Yann : Qu’il faut qu’elle s’entoure des associations et des personnes qui sont séropositives depuis longtemps et qui peuvent lui prouver qu’avec l’avancée des traitements, elle pourra certainement vivre une vie presque normale.

Tina : Je pense que ça doit être vraiment très violent cette annonce. Je n’avais jamais entendu une personne qui a appris de cette manière sa sérologie. Déjà dans le milieu du soin je pense que c’est difficile et puis de l’apprendre en faisant soi-même son propre test, ça doit être extrêmement difficile. Ca fait penser aux autotests en fait. Mais en lisant le message ça m’a vraiment… j’ai senti son choc intérieurement. Je pense qu’il ne faut pas rester seul parce que comme elle dit qu’elle est dégoûtée de la vie, je ne sais pas depuis combien de temps cet événement a eu lieu mais il ne faut pas qu’elle reste seule, il faut qu’elle aille vers les gens. Moi je peux lui dire en tant que femme, la vie avec le VIH est tout à fait possible, beaucoup de projets sont toujours possibles et a priori on peut vivre presque normalement avec le VIH.

Yann : Et moi j’avais envie de demander au docteur, c’est quoi ce test ? Elle explique qu’enfin de compte, qu’elle a fait un test avec des bandelettes ?

Françoise Barré-Sinoussi : C’est les tests rapides en fait.

Yann : D’accord.

Françoise Barré-Sinoussi : Les tests rapides qui permettent effectivement de se diagnostiquer soi-même avec toutes les réserves, justement, et c’est la preuve, d’utiliser ces tests rapides à la maison par exemple, toutes les questions que ça peut poser, apprendre par soi-même sa séropositivité. Personnellement je trouve autant l’utilisation de ces tests en milieu communautaire, en milieu associatif c’est quelque chose d’extrêmement positif. Immédiatement la personne sera accompagnée, encadrée. Il ne faut absolument pas qu’elle rentre dans le désespoir. Elle n’est pas la seule à être séropositive et aujourd’hui on vit avec le VIH. On vit. Une vie active, normale, on peut travailler. On se porte bien avec le VIH. Surtout qu’elle aille effectivement dans le milieu associatif, qu’elle soit prise en charge le plus tôt possible car on sait très bien aujourd’hui que plus on est traité tôt et mieux ça se passe. Non, il n’y a pas de désespoir à avoir. Il faut absolument qu’elle soit prise en charge et qu’elle soit accompagnée.

Tina : Et une question par rapport à sa carrière professionnelle, vous pensez que le fait d’être étudiante infirmière et d’apprendre sa sérologie, ça va mettre un terme à sa carrière ou est-ce qu’elle peut continuer dans ce domaine ?

Françoise Barré-Sinoussi : Sur le principe, elle peut tout à fait continuer sa carrière. Lorsqu’on est sous traitement, on va bien. Donc il y a aucune raison qu’elle ne continue pas sa carrière.

Tina : Si jamais, enfin je ne sais pas si les autres collègues présents ont su, si elle a partagé cette nouvelle, mais concrètement, si ça se sait qu’une personne est séropositive, est-ce qu’elle peut continuer à exercer ou est-ce que ce serait extrêmement difficile ?

Françoise Barré-Sinoussi : On est quand même en France. Aujourd’hui les choses ont évolué. Donc je pense que le regard quand même vis-à-vis de la séropositivité a évolué tout du moins dans notre pays. Tout du moins c’est vrai certainement plus à Paris qu’en province. Je ne sais pas si elle est à Paris ou en province. Elle a la possibilité aussi justement de pouvoir changer d’environnement. Je conseillais à quelqu’un récemment, quand on est entouré de personnes qui ne comprennent pas, qu’il y a encore des attitudes de stigmatisation, de discrimination, qu’ils n’hésitent pas à changer d’environnement parce que Dieu merci, on peut trouver d’autres environnements où on peut être compris et accompagné où on oublie justement que la personne est séropositive. Si c’est le cas, qu’elle n’hésite pas à changer d’environnement. La seule petite question qui peut être soulevée par le personnel médical qui l’entoure, il y a toujours la question de la surinfection dans des métiers comme ceux-là où il faut être encore plus vigilant pour éviter l’accident par exemple avec une aiguille. Et là il peut avoir une surinfection qui pourrait poser problème. Je dirai que pour moi la question c’est la vigilance pour éviter et prendre toutes les mesures que l’on connait bien pour éviter ces surinfections.

Yann : J’ai le cas d’une amie qui a eu un problème, qui travaillait dans la petite enfance et je sais que ça s’est su. Elle a été plus ou moins écartée du fait qu’elle travaillait avec des enfants et que les parents, s’ils apprenaient que la directrice avait laissé une personne séropositive, enfin voilà. Donc du coup, par sécurité ils l’ont un petit peu écartée et mise au placard.

Françoise Barré-Sinoussi : Oui je sais que malheureusement ces choses continuent à exister. C’est pour ça que je dis si elle se trouve dans ce type d’environnement, surtout qu’elle n’hésite pas à changer parce qu’on en trouve quand même d’autres qui sont beaucoup plus ouverts.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE