Skip to main content.

Annonce de la séropositivité | Couples concernés par le VIH | Femmes séropositives | Hommes séropositifs | Jean-Pierre et Victoire | Norton | Réseau national des correspondants du Comité des familles | Tina

À tous ceux qui viennent d’apprendre leur séropositivité, Jean-Pierre et Victoire ont un message pour vous

24 octobre 2012 (papamamanbebe.net)

| Votez pour cet article

Début de l’enregistrement :

Victoire : C’est vrai, c’est difficile. C’est vrai il y a 20 ans on se disait c’est bon, on est mort. Aujourd’hui non. Il faut se mettre en tête que c’est bon, on est séropositif, faut faire face, prendre correctement son traitement et vivre normalement. Éviter de dire un peu à Paul, Pierre, Jacques, même si c’est difficile. On a toujours envie d’extérioriser par rapport à cette maladie parce que c’est trop difficile à garder pour soi. Ou alors vous allez voir un psychologue.

Jean-Pierre : Moi, ce que je leur conseille c’est de ne pas paniquer parce que c’est vrai que quand on me l’a annoncé la première fois, en plus j’avais un problème j’étais alcoolique et j’étais interné à Thuir pour un sevrage d’un mois. On me l’a annoncé là-bas, pendant le sevrage par rapport à l’alcool. C’est vrai que c’est comme si le ciel m’était tombé sur la tête. Je me voyais déjà mort. Mais en fait, c’est par rapport aux premières publicités qu’ils ont sorti, le bâton rouge ne passera pas par moi, sida égal mort, des trucs comme ça, ces publicités qui sont flippantes, qu’il ne faut pas trop écouter. Eux ils mettent en masse des nombres de mort du sida. En fait moi quand je l’ai appris, j’allais sur mes 21 ans et je suis toujours là quoi. On ne sait pas combien de temps on va vivre dès qu’on nous l’annonce. On se voit mort. Mais en fait il faut dire qu’avec le temps, la maladie devient un allier. Un allier avec qui il faut vivre tous les jours. Se dire, je me lève le matin, je prends mes médicaments. Si je suis en trithérapie, je prends mes médicaments quand je me lève le matin. Ou alors si je suis, comme moi maintenant, c’est mon 5ème traitement depuis 1989, j’ai qu’une seule prise. Soit je la prends le matin ou l’après-midi. On peut vivre avec quoi, faut pas paniquer. Même si la famille nous tourne un peu le dos parce qu’on est malade, nos amis nous lâchent, faut penser à soi quoi. Se dire, j’ai la maladie. C’est vrai qu’au début on n’ose pas le dire aux gens qu’on connait. Moi je l’ai caché pendant 5 ans au début et après j’en ai eu ras-le-bol, je l’ai dit aux amis. Ils m’ont tourné le dos, je me suis retrouvé tout seul. J’avais ma famille avec qui je pouvais, qui ne m’ont pas tourné le dos mais en ce moment je ne les vois pas. Mais bon, je me dis après tout je dois vivre ma vie. Malade ou pas malade, je dois vivre ma vie et je ne dois pas essayer de me détruire comme j’ai fait auparavant. Il y a 10 ans en arrière, je me foutais de tout. Je mangeais quand j’y pensais, je dormais quand j’avais sommeil. Je n’avais pas de vie régulée. Il faut avoir une vie régulée. Ce n’est pas facile d’avoir une vie régulée. Essayer de se dire bon, cette maladie c’est comme un crabe, elle me bouffe petit à petit. Moi je vais tout faire pour que je puisse gagner quelques années de vie parce que si on ne fait pas attention, si on se dit je suis foutu, je bois, je me drogue, après tout au point j’en suis. J’ai entendu certaines personnes autour de moi qui ne sont plus là. Il se disait après tout je m’en fous. Moi je dis non, ce n’est pas ça. La vie c’est se battre, c’est un combat. Même quand on n’est pas malade, la vie c’est un combat de tous les jours. Alors si on est malade il faut prendre conscience qu’on est malade. Moi je suis malade mais je fais attention, j’essaye de manger bien avec Victoire, on essaye de prendre nos médicaments quotidiennement pour le VIH ou pour d’autres maladies. Je ne suis pas que VIH, j’ai un problème de phlébite et j’ai l’hépatite C. Alors ce qui fait que si je devrais cumuler les trois, je pourrais prendre une corde et me pendre, me dire je suis foutu. Mais non, je me dis je fais avec. Je continue mon chemin. Là où j’y pense le plus c’est quand je vais à l’hôpital. Quand je sors de l’hôpital, là je n’y pense plus.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : Auriez-vous aimé entendre le message de Jean-Pierre et Victoire à l’annonce de votre séropositivité ?

Tina : Oui, je pense que c’est vraiment ce qu’il faut entendre quand on apprend qu’on est séropositif, qu’on a tout ces messages de mort en tête et qu’une personne qui vit avec peut nous aider à démêler les messages, à comprendre que ce n’est plus d’actualité, que c’est aussi des messages pour faire peur dans le but de faire de la prévention et de voir de ses yeux une personne qui vit avec, qui veut se battre parce que c’est la vie, parce qu’il y a encore beaucoup de choses à vivre, beaucoup d’années à vivre, qui justement peut rassurer une personne qui vient d’apprendre sa sérologie, qu’elle ne va pas en mourir. Tant qu’elle est sérieuse avec son suivi médical tout ira bien. C’est génial quoi.

Norton : Moi aussi j’aurais bien aimé quand j’ai su que j’étais séropositif, entendre des choses comme ça, surtout avoir des amis comme ça, rencontrer des gens comme ça. Bon il y a juste une chose où je ne suis pas trop d’accord avec Jean-Pierre parce qu’il faut reconnaître qu’il y a des gens plus fragiles que d’autres, qui ne comprennent pas, qui ont peur et moi c’était un peu mon cas. Je ne voulais pas en entendre parler. La peur, je me suis dit ça y est, ça va être la mort direct. Même encore maintenant je me le dis. Mais bon je me soigne, je me tourne vers des associations. Mais le dire non, je ne pense pas que je suis prêt ou que j’y arriverai un jour. Je n’ai pas envie de perdre ce que j’ai, ma seule famille. J’en ai déjà pas beaucoup comme je l’ai dit.

Tina : Là-dessus je pense qu’aussi dans ce que disaient Victoire et Jean-Pierre, je pense qu’ils peuvent aider la personne, lui dire fait attention, ne le dis pas à tout le monde, les gens peuvent te rejeter. Ca aussi ça peut être justement un conseil. Certaines personnes se disent moi je me jette dans l’eau, je le dis à tout le monde, de toute façon ma vie est foutue. Et justement c’est important, parfois aussi ça peut être un regret de l’avoir dit. On ne s’attend pas aux réactions. Là aussi ils peuvent mettre en garde, dire réfléchis bien et même là-dessus je pense que c’est bien de parler à une personne qui vit avec et qui peut aider à gérer ce point-là aussi.

Norton : Oui mais comme j’ai entendu Jean-Pierre, c’est quand même assez dur de le garder pour soi, de ne pas pouvoir, bah je ne sais pas, tomber sur des gens, par exemple à ton travail et dire bah voilà écoutez, je suis comme ça, de pouvoir dire à ta famille, qu’il essaye de comprendre. C’est quand même dur de pouvoir de le garder en soi, de ne pas pouvoir le dire à sa propre famille.

Sandra : Vous pouvez retrouvez Jean-Pierre et Victoire sur le site papamamanbebe.net

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE