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Femmes séropositives | Guinée | Yann

Mariam, maman guinéenne séropositive : « je veux voir mon fils grandir »

18 octobre 2012 (papamamanbebe.net)

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Sandra : Reportage à Sol en si. C’est une association qui depuis 1990 accueille des enfants et leurs familles concernés par le VIH. On va d’abord faire connaissance avec Mariam. Une maman séropositive qui côtoie cette association et vraiment respire la joie de vivre.

Début de l’enregistrement.

Mariam : Je suis guinéenne. J’ai 37 ans. Je suis en France ça fait 4 ans et demi. J’ai fait une formation en tant que hôtesse de caisse. Là je ne travaille pas, je suis à la recherche d’un emploi. Je vis seule.

Sandra : Ca fait 4 ans que vous êtes France. Pour quelles raisons vous êtes venue ?

Mariam : J’étais venue pour avoir un enfant. En fait, quand je suis venue avec mon mari, on a fait des examens. C’est là-bas qu’ils ont trouvé que j’ai le VIH. Donc avec ça, ils m’ont dit que je ne peux pas retourner au pays parce que mes CD4 étaient trop faibles. Donc je suis là aujourd’hui. J’ai eu un petit garçon qui a 6 mois. C’est grâce à, l’expérience et l’évolution des médicaments que j’ai eu un petit garçon. J’étais venue juste pour ça. Maintenant j’ai un petit garçon, je suis en Europe, je vis bien, je prends mon médicament très bien. En tout cas je suis en bonne santé grâce aux médicaments et je dis aujourd’hui, le médicament c’est ma vie. Je ne sais pas quand est-ce que d’autres médicaments vont sortir mais pour le moment ce que je prends c’est ma vie. Je prends 3 comprimés. Prezista, Truvada et Norvir. Au début ça ne passait pas bien mais maintenant je supporte bien, je prends comme le Doliprane, comme tout autre médicament. Je suis à l’hôpital de Lariboisière. Mon docteur me conseille, elle me guide. C’est même elle qui m’a dit de faire une formation de m’intégrer et tout ça. Elle est bien quand même.

Sandra : La première fois que vous avez entendu parler du VIH, est-ce que vous vous rappelez quand c’était ?

Mariam : Oui c’était ici. C’était dur parce que je ne connaissais personne, j’étais venue avec mari. Donc c’est mon docteur qui m’a conseillée, ce n’est pas grave, maintenant il y a des médicaments. Comme moi je viens d’Afrique en Guinée, chez nous quand on dit que tu as cette maladie, pour toi ta vie est finie. Tu n’es rien. Donc j’avais ça dans ma tête. C’est elle qui m’a donnée des conseils, de prendre les médicaments, que ça va aller. Au début les médicaments c’était difficile, je ne prenais pas. Donc j’ai vu que, avec ça, si je ne prends pas, ce n’est pas bon. J’ai bien pris mon médicament. Là tout va bien. Je l’avais dit à mon mari. Lui il avait dit qu’il n’y a pas de problème, qu’il va toujours me garder. Mais en tout cas il m’a fait du chantage. Après, j’ai une cousine aussi, qui est chez nous en Guinée. Elle, je parle très bien avec elle parce qu’elle aussi est concernée. Et avec ma grande soeur aussi. Avec elles, il n’y a pas de problème. Parfois je les appelle, elles demandent si ça va bien. Je dis qu’il n’y a pas de problème tout va bien. Ma cousine parfois elle va à Dakar ou au Sénégal pour faire ses contrôles. On donne des idées quand même. Ma cousine dont je vous parle, elle m’avait envoyée les médicaments pour voir par rapport à ici quoi. Donc j’ai montré à mon docteur. Elle a dit qu’elle ne connaît pas ce médicament. Donc je crois qu’il y a des médicaments là-bas mais ce n’est pas les bons médicaments. Là-bas il faut acheter, ce n’est pas comme ici. Donc quand je pense à tout ça, moi-même, par exemple mon médicament va jusque dans les 1000 euros. Je dis si ce n’est pas en Europe, les 1000 euros, moi j’allais mourir. Socialement, l’Europe, la France c’est bien. Parce que venir dans un pays que tu ne connais pas, tu ne connais personne, on te prend en charge, ça ce n’est pas tout le monde qui fait ça. En Afrique je n’avais pas les moyens comme les autres mais j’avais un peu quand même. Mais même ça je ne pouvais pas vivre comme ça. Avoir 1000 euros chaque mois, payer mon médicament, ça c’est impossible, j’allais mourir. Je remercie beaucoup la France.

Moi ce que je dis aux mamans, on sait que dans la vie on va mourir. Mais ça dépend. Tu peux avoir le maux de tête et tu meurs. Le VIH c’est une maladie mais de mettre dans leur tête que la maladie, si je prends mon médicament, je sais que je peux vivre comme les autres, je sais que je vais mourir quand même. Mais de prendre le médicament, ce que le médecin dit de prendre, de suivre les conseils, faire leurs enfants. Moi c’est ça que je peux donner comme conseils à des femmes, que la vie ce n’est pas le VIH seulement. Il y a des autres maladies qui peuvent tuer. De prendre soin d’elles, de demander à leur médecin de les envoyer dans des associations et puis voir comme par exemple, vous êtes venue ici, vous m’avez vu. Avant, on aurait pu se croiser. Si je ne te dis pas que je suis malade, tu ne vas jamais croire. Donc ils n’ont qu’à aller dans les associations, ça va beaucoup les aider. Si elles ont des soucis, elles peuvent parler avec d’autres. On a des groupes de paroles aussi. Ca va beaucoup les aider. Même sur l’internet il y a des associations. Elles peuvent regarder sur l’internet. Prendre les adresses. Venez voir, il y a des éducatrices là-bas, des assistantes qui peuvent les accompagner. En tout cas de ne pas rester à la maison, parce que les soucis ça peut inscrire des maladies autres que le VIH.

Sandra : Quel est votre plat préféré ?

Mariam : Ah moi mon plat préféré c’est le couscous marocain, avec du poulet (rires).

Sandra : Couscous marocain mais pourtant vous n’êtes pas marocaine.

Mariam : Oui mais comme chez nous on mange beaucoup de riz, comme je suis en Europe, j’ai un peu changé (rires). Je prends du couscous et des vermicelles aussi.

Sandra : Ca n’a pas été trop difficile de s’adapter au style de vie européen vu que vous venez d’Afrique, comment ça s’est passé ?

Mariam : Oui au début ce n’est pas facile parce que notre aliment de base c’est le riz. On est venu ici, ce n’est pas tout le monde qui prépare le riz. Donc j’étais obligée. Maintenant je me suis adaptée. Je mange tout ce que les autres mangent ici parce que bientôt j’aurai 5 ans en Europe. Mais chez nous notre plat de chez nous c’est le riz et le poisson avec l’huile rouge.

Sandra : Et par rapport au style de vie, au mode de vie en Afrique ?

Mariam : C’est différent. Ici c’est une grande ville. Chez nous ce n’est pas comme ça. C’est comme un petit village. Donc par rapport à l’électricité, l’eau, les routes, moins de transport. Il y a beaucoup de choses. Quand tu viens ici, si tu n’es pas parti à l’école c’est un peu difficile. Mais quand tu sais lire et écrire quand même, parce qu’ici tout est indiqué. On te donne l’adresse, le nom des rues, c’est très facile. Chez nous il n’y a pas ça. Si tu veux aller quelque part, il faut qu’on t’accompagne parce qu’il n’y a pas les adresses, ce n’est pas comme ça. J’ai une fille de 12 ans en Afrique. Si je commence à travailler bien, j’ai ma maison, je vais la faire venir. Si elle vient ici, les choses font changer pour elle quand même. En tout cas je vais voir parce que moi-même j’ai le projet d’aller mais pour le moment comme je ne travaille pas…

Sandra : Aujourd’hui je vous rencontre à Sol en si, comment avez-vous fait connaissance avec cette association ?

Mariam : Sol en si c’est, parce que j’étais avec une association ARCAT. Eux aussi c’est comme Sol en si. C’est eux qui m’ont envoyée à Sol en si. Je suis venue à Sol en si ça fait 3 mois. Mais en tout cas je me sens mieux. Avant j’avais des soucis ! Beaucoup beaucoup. Mais, même si je ne travaille pas, je sais que je peux venir une fois par semaine. Donc ça m’aide beaucoup, avec Florence, elle me donne des conseils. Je lui explique mes problèmes. Je sais que j’ai des accompagnements, ça me soulage quand même. Parce que si tu ne te fais pas accompagner aussi, c’est un peu difficile. Comment tu vas t’en sortir ? La maladie et en même temps les problèmes de famille. Donc moi je dis aux femmes, il ne faut pas qu’elles restent à la maison, de sortir, de voir des associations. Même elles peuvent demander à leur médecin, ils ont des listes là-bas. Elles n’ont qu’à venir. Sol en si quand même, je suis là, je me sens bien. Je suis très contente aujourd’hui.

Sandra : Qu’est-ce que vous avez appris sur le VIH à Sol en Si ?

Mariam : Oui, avec les copines, les groupes de paroles par exemple. Il faut prendre tes médicaments, ne pas les oublier. Avant je me disais si je me sens bien, je prends mon médicament. Si je ne me sens pas bien, je ne prends pas. Elles ont dit que ce n’est pas bon, il faut prendre tes médicaments. On ne peut pas connaître le corps. Donc avec tout ça, je connais beaucoup de choses quand même. Ce que j’ai à dire aujourd’hui, je suis venue en Europe, grâce à Dieu mais j’ai eu beaucoup d’expériences avec le VIH. Je sais que VIH peut tuer quelqu’un mais ça dépend de toi-même. Si tu respectes ce qu’on te dit, tu suis leur règles… tu vas mourir parce qu’on sait que tout le monde va partir quand même. Mais pour le moment, avec le médicament, si tu prends bien, tu peux vivre comme les autres. Tu peux faire ce que tous les autres peuvent faire. Moi en tout cas, quand j’avais le VIH, je croyais que je n’allais pas faire d’enfant. Mais aujourd’hui je suis avec mon petit garçon. Parfois je le regarde je dis, ah non ! Le médicament m’a beaucoup aidée. Peut-être c’est pour ça que je ne faisais pas d’enfant. Ma première fille, avec mon garçon il y a 12 ans de différence, 12 ans. Donc pour moi c’était fini. Aujourd’hui je dis à tout le monde que le VIH, c’est une maladie mais ce n’est pas comme les autres maladies. Il y a des cancers qui sont plus graves que le VIH. Mais pourquoi ne pas prendre les médicaments ? Moi en tout cas je veux vivre, je veux voir mon fils grandir quand même (rires).

Fin de l’enregistrement.

Sandra : C’était Mariam, une maman séropositive qui fréquente l’association Sol en si. Elle raconté pleins de choses, elle aborde beaucoup de sujets. C’est une partie de sa vie qu’elle a souhaité partager avec vous chers auditeurs de l’émission Survivre au sida. Yann, qu’est-ce que tu retiens de sa prise de parole ?

Yann : La conscience et la joie que ça lui apporte de pouvoir enfin être soignée, de pouvoir avoir un enfant. C’est tellement une chance. Ca me rappelle aussi que nous, on n’est pas conscient de ça mais quelle chance d’être née en France ou dans les pays riches. Quand on voit qu’il n’y a pas d’accès en Guinée des médicaments ou qu’il faut les payer, on ne sait pas quel médicament. Elle a fait une très bonne chose, elle s’est fait envoyer par sa cousine des médicaments de là-bas où ici aucun médecin apparemment ne connaissait. Et on sait qu’il y a pas mal de charlatans dans les pays d’Afrique. Notamment quand j’étais au Cameroun, la journée en train d’essayer de soigner un cancer de la prostate du papa de la mère de mon fils, et c’est difficile de lui faire comprendre qu’au bout d’un moment, les racines et tout ce qu’on peut lui proposer dans la médecine traditionnelle, même s’il y a des choses qui marchent fondamentalement, à un moment il faut passer à la médecine dite moderne. Autrement, ce que dit Mariam c’est énorme. Ca s’entend, elle est pleine de joie, pleine de ressources, plein de futurs et bah un bon travail de toutes les associations qui l’entourent.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE