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À toutes les femmes, vous avez un message de la part de Jessica Mani : « Maîtrisons le préservatif féminin »

20 septembre 2012 (papamamanbebe.net)

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Sandra : Vous êtes présidente de l’association AJESS, Action jeunesse santé et solidarité

Jessica Mani : Association Jeunesse santé solidarité.

Sandra : Vous êtes venue à l’émission Survivre au sida pour discuter de l’accès au préservatif féminin en France et en Afrique.

Jessica Mani : Subsaharienne.

Sandra : J’ai posé la question à quelques passants : la dernière fois que vous avez fait l’amour, c’était avec un préservatif masculin ou féminin ?

Début de l’enregistrement.

— J’ai 18 ans, je suis au lycée. Masculin ! Bien sûr. Elle ne m’a jamais proposé. Je n’ai jamais testé. Ca ne m’est jamais venu à l’idée.

Julie : J’ai 35 ans et je suis infirmière. Masculin. Par habitude, parce que je trouve que c’est plus pratique le préservatif masculin et parce que je ne connais pas bien les préservatifs féminins.

Victoire : 19 ans, étudiante en art plastique.

Sylvain : 20 ans, pareil, étudiant en art plastique.

Alexandre : 18 ans, de même étudiant en art plastique.

Victoire : Masculin, habitude. Je ne connais pas du tout puis bon, j’imagine que c’est plus compliqué qu’un préservatif masculin.

Sylvain : Masculin. Il y en a partout, je ne me prends pas la tête.

Alexandre : Pareil masculin. Question pratique on va dire. Rapidité (rires).

Fin de l’enregistrement.

Sandra : Deuxième micro trottoir réalisé par Camille et Marjorie en 2009. Elles avaient rencontré des pharmaciens.

Début de l’enregistrement.

— A combien est le préservatif féminin s’il vous plaît ?

— La boite de 3 est à 7 euros 69 chez nous.

— Pouvez-vous nous dire combien vous vendez de préservatif féminin par mois par rapport au préservatif masculin ?

— On vend deux boites en quatre mois de cette marque là alors qu’on vend 150, 200 fois plus de préservatifs masculins.

— Le préservatif féminin soulève-t-il des interrogations de la part des consommateurs ?

— Je n’ai pas de question mais j’imagine que comme c’est sorti récemment ça doit susciter quelques questions.

— Vous avez vous même des interrogations en tant que pharmacien par rapport à ce préservatif ?

— J’en ai jamais vendu personnellement en 7-8 mois d’exercice depuis que je suis là et c’est vachement résistant donc voilà. Après il y a quelques histoires que ça fait quelques bruits et tout ça mais bon. C’est une bonne méthode de contraception pour éviter les maladies sexuellement transmissibles.

— Combien coûte le préservatif féminin chez vous ?

— Alors en moyenne 5 euros par le grossiste répartiteur sachant que nous, nous n’en n’avons pas en stock puisque nous en vendons jamais et qu’on nous en demande jamais.

— Est-ce que vous savez pourquoi on vous en demande jamais, pourquoi vous en vendez jamais ?

— Alors les femmes trouvent que ce n’est pas facile à mettre et que c’est inesthétique.

— C’est la seule... c’est les seules raisons ?

— Oui

— Est-ce que vous pouvez me reparler du fait que vous ayez mis des boites de préservatifs gratuitement ?

— Alors il y a un près un an on avait eu une campagne par la mairie de Paris qui consistait à mettre sur le comptoir un présentoir de préservatif féminins à offrir aux patientes donc avec un message de prévention par rapport au sida. Et donc beaucoup de femmes et d’ailleurs plus d’hommes se sont servis par curiosité pour voir quelle tête ça avait mais il n’y pas vraiment eu de suite et d’achat suite à ça.

— A combien est le préservatif féminin ?

— 12 euros 50

— Pouvez-vous nous dire combien vous en vendez en moyenne par mois ?

— Aucun

— Aucun ?

— On a pas de demande, c’est pas forcément un produit qui est recherché, qui est compliqué à utiliser et il n’y a pas forcément une bonne publicité là dessus sur la mise en service du produit.

— Et vous en tant que pharmacien, que pensez-vous de l’efficacité du préservatif féminin contre les maladies sexuellement transmissibles ?

— Alors il a la même efficacité qu’un préservatif normale. Pourquoi ? Parce-que c’est un préservatif en latex qui protège de la même façon. Après c’est son utilité, il est difficile à installer, il doit s’installer avant le rapport et il n’est pas réutilisable et coûte assez cher.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : Question pour Tina. As-tu déjà testé le préservatif féminin et pourquoi ?

Tina : Non jamais. Bonne question. Ca ne s’est pas présenté. Je n’utilise plus maintenant de préservatif avec mon conjoint, ni masculin, ni féminin. Mais quand on utilisait des préservatifs c’était masculin.

Sandra : Par habitude comme certains l’ont dit ?

Tina : Quand on vit en couple, c’est vrai que parfois, ce n’est pas toujours pré-programmé. D’après ce que j’ai compris le préservatif féminin faut le mettre une demi-heure avant. Peut-être que je n’ai jamais pensé une demi-heure avant de me dire, je vais installer le préservatif féminin parce que dans une demi-heure… Quand on est en couple ça peut se passer à n’importe quelle heure de la nuit, c’est peut-être ça la raison. Je ne dis pas que si on décide d’utiliser des préservatifs, que je ne serais pas partante pour essayer. Après j’ai entendu que ça fait du bruit, que ça peut être gênant. Mais bon, faut toujours tester par soi-même. On va dire que c’est ce que j’ai entendu. Sinon j’ai entendu plutôt des personnes même dire que oui, mais comme ça au moins tu l’as installé, ça ne freine pas dans l’action. Il n’y a pas ce moment d’arrêt où l’homme doit mettre le préservatif. Donc ça je le comprends. Je pense que c’est vraiment un problème qu’il soit beaucoup trop cher. Maintenant à l’association au Comité des familles, on le met gratuitement à disposition. Le préservatif masculin, le préservatif féminin et le gel sont gratuits. Tout ce qui part c’est essentiellement le préservatif masculin et un peu aussi du gel. A l’association même, ce n’est pas le problème du prix mais je pense que le grand public doit être aussi freiné par le prix et parce qu’il ne le connaît pas bien en fait.

Sandra : Et vous Jessica Mani, avez-vous déjà testé le préservatif féminin ?

Jessica Mani : Oui.

Sandra : Pratique ou pas ?

Jessica Mani : Pour moi c’est pratique.

Sandra : Bruyant ou pas ?

Jessica Mani : Euh… je n’ai rien entendu (rires).

Sandra : Qu’est-ce qui est le mieux, le préservatif masculin ou féminin ?

Jessica Mani : Je préfère le préservatif féminin parce que j’ai la sensation de maîtriser ma contraception parce que dans ma tête je me dis si mon partenaire met le préservatif masculin, ça peut se percer. Moi j’ai cette crainte. Quand j’ai découvert le préservatif féminin, je me sens vraiment très à l’aise. Il faut juste s’assurer que le partenaire est bien entré normalement dans le préservatif. Sinon après, pour moi c’est plus efficace que le masculin parce que je m’enlève, il n’y a pas de soucis que ça se perce ou quoique ce soit. Moi je suis à l’aise dedans.

Tina : Sur la question du préservatif masculin qui craque, je pense que vraiment le gel lubrifiant, le risque de craquer est quasiment aussi enlevé. Je pense qu’il y a la possibilité de bien utiliser un préservatif masculin mais ma question c’est est-ce qu’un préservatif féminin peut craquer ou non ?

Jessica Mani : Non. Il ne craque pas du tout. Le seul danger qu’il peut y avoir avec le préservatif féminin c’est quand le partenaire il rentre, au lieu de vraiment centrer dans le préservatif, qu’il le fasse plutôt à côté. C’est là le danger. C’est pour ça que l’ergonomie du préservatif féminin permet avec l’anneau externe de bien recouvrir toute la partie génitale du vagin de la femme et quand il y a pénétration, il faut tenir cette anneau pour vraiment s’assurer que l’homme entre dans le préservatif. Après il n’y a pas de soucis.

Sandra : Nous venons d’entendre des pharmaciens qui disent que la boite de préservatif coûte de 3 à 12 euros, ça dépend. Ce micro trottoir a été fait en 2009. Est-ce que ce sont toujours les mêmes prix ?

Jessica Mani : Oui. Ce n’est pas 3 euros. On aimerait bien mais même jusque-là non. C’est de 7 euros 80 à 12 euros 50 et encore voire 14 euros selon les pharmacies. Il y a que 3 boites. On a fait des recherches en Ile-de-France et on n’a jamais vu de distributeur automatique de préservatif féminin. Il n’y a que les distributeurs automatiques de préservatifs masculins. Il faut savoir que le préservatif masculin aujourd’hui coûte 20 centimes ou 50 centimes et il y en a 4 à l’intérieur. On a poussé nos recherches un peu plus loin. On a visité les parapharmacies, les pharmacies, les grandes surfaces spécialisées où on peut avoir des préservatifs, il n’y a pas de présentoir pour les préservatifs féminins. Et quand on demande un préservatif féminin dans une pharmacie, il y a quelques secondes d’hésitation, le temps que ça passe dans la tête du pharmacien. Il se demande est-ce que je l’ai en stock ou pas ? Vraiment je suis encore plus que réconfortée sur le travail que notre association fait, parce qu’il est plus que jamais nécessaire qu’on sensibilise la population sur cette problématique. Si on n’implique pas la femme dans la lutte contre le VIH en lui donnant l’accessibilité à son moyen de prévention, on ne va pas s’en sortir.

Sandra : Petite expérience, hier j’ai fait 3 pharmacies. Une pharmacie n’en avait pas. Elle a dit qu’ils pouvaient en commander. Dans les deux autres, j’ai trouvé une boite pour 7,68, il y avait 3 préservatifs dedans. Et une autre, il y avait un préservatif et c’était 18 euros. Donc…

Jessica Mani : Oui, ça ne m’étonne pas du tout. Quand on demande aujourd’hui aux jeunes de se préserver, l’association AJESS qui travaille aussi beaucoup pour l’Afrique subsaharienne, notre travail n’est pas que sur la femme africaine. Mais la femme française, la femme européenne. Toutes les femmes en général. Si une femme veut se préserver, elle n’en a pas les moyens. Pourquoi ?

Tina : Je pense que c’est aussi vraiment dans tête. Je suis d’accord avec vous que les deux personnes doivent se sentir responsable de leur santé. Avec le préservatif masculin parfois, j’ai entendu des témoignages de femmes qui ont dit moi je l’ai demandé mais il ne voulait pas ou je ne sais même pas s’il l’a mis ou non, s’il l’enlève, je ne sais pas trop. Je pense que la position de la femme peut être vu comme irresponsable dans cette situation alors que si elle sait que elle aussi elle peut avoir le choix de mettre le préservatif féminin, que la responsabilité soit vraiment 50/50. Les moyens d’avoir une responsabilité partagée, c’est un pas en avant. Je pense que c’est important.

Sandra : A part les pharmacies, où est-ce qu’on peut trouver des préservatifs féminins ?

Jessica Mani : A part les pharmacies on peut aussi les avoir dans les plannings familiaux. Mais attendez, si je sors et que je vais en boite de nuit, faut que j’aille m’arrêter à un planning familial pour demander un préservatif ? Je ne sais même pas, je suis sortie juste pour aller danser. On peut en demander aussi dans les PMI (Protection maternelle et infantile) parfois. Nous on fait des pétitions dans les métros. Il y a des gens qui nous disent mais oui, on en distribue gratuitement dans les plannings familiaux. Oui je veux bien. Mais pourquoi est-ce que les hommes qui vont en boite de nuit aussi ne vont pas dans les plannings familiaux pour prendre des préservatifs ? Quand on sort on n’est pas sûr, on ne sait pas si on va rencontrer quelqu’un, on sort pour aller s’éclater, on sort pour aller danser, on ne sort pas pour aller chercher un homme. Parfois ça nous tombe dessus comme ça. Il y a quelque chose qui se passe et puis bon voilà, on continue la fête. Mais ce n’est pas pour autant qu’on ne va pas dire que toutes les femmes qui vont sortir le soir elles vont sortir avec l’intention de faire quelque chose. J’ai parlé aussi avec des jeunes lycéens et lycéennes avec qui on a discuté sur le préservatif féminin, elles ont dit mais madame excusez-moi, si nous on sort avec le préservatif féminin, on va nous prendre pour des putes. Mais quand les garçons sortent avec le préservatif, on se dit oui ils se protègent, ils sortent couverts. Mais les filles si elles sortent avec un préservatif féminin, on va les traiter de pute alors que non, ce n’est pas ça. C’est question de mentalité, de volonté, d’impliquer la femme. La femme elle subit beaucoup de choses. J’ai entendu les témoignages des micros-trottoirs, les femmes disent que l’ergonomie, bon, je veux bien que ce ne soit pas présentable, c’est moche, c’est tout ce qu’on veut, on peut dire que c’est gros, bon. Ce n’est pas plus gros que faire sortir un enfant. Ce n’est pas plus moche que se mettre un stérilet. Ce n’est plus difficile à mettre qu’un anneau vaginal. Jusqu’à aujourd’hui personnellement je n’arrive même pas à mettre le tampon qu’on pousse avec le doigt. Ce n’est pas difficile à mettre. Les hommes ont appris à mettre leur préservatif masculin mais je vous jure il y a certains, j’en suis sûr, qu’ils trouvent encore des difficultés parce que parfois ça serre. Mais ils se disent que non, je dois me préserver, je mets le préservatif. Même si ça me serre, je me protège. Mais pourquoi nous les femmes, on s’arrête juste au fait que c’est gros, c’est moche. Non. Apprenons à utiliser ce préservatif. Il y a les femmes en Suède et je pense le Danemark, ce pays, ces femmes utilisent déjà le préservatif féminin depuis fort longtemps parce que c’est dans leurs moeurs. Mais pourquoi nous on ne le fait pas ? En Afrique on dit 68% des personnes infectées dans le monde, ça vient d’Afrique qui représente que 12% de la population mondiale. On dit que les femmes sont plus infectées. Pourquoi est-ce qu’on ne prendrait pas ces femmes, on ne dirait pas à ces femmes-là, arrêtez de vous faire maltraiter comme ça parce qu’il y en a qui n’ont pas de choix. L’homme viendra lui dire non, je suis bedonnant regarde… le sida ce n’est pas écrit sur le visage, d’accord ? Il faut qu’elles sachent, peut-être qu’elles le savent mais à combien ? Ca coûte excessivement cher. Il faut qu’on baisse ce prix, il faut qu’on fasse plus de campagne de sensibilisation et de prévention pour montrer aux femmes qu’il y a ce préservatif. Après on verra avec les institutions comment baisser le prix des préservatifs.

Tina : Mais bon, moi je pense que ce n’est pas seulement pour ne pas se faire contaminer. L’image de l’homme qui est coupable d’avoir contaminé pleins de femmes, je trouve aussi qu’il faut faire attention parce que des femmes peuvent aussi contaminer les hommes donc c’est aussi pour gérer l’homme. C’est aussi réciproque. C’est vrai que l’homme est fort, mais je pense que dans une question de relation sexuelle, ce n’est pas qu’une question de subir, c’est une question de responsabilité donc je pense que ce qu’il faut aussi c’est mettre dans la tête des femmes, la responsabilité de ne pas juste se positionner comme je subis si j’ai été contaminé, enfin c’est que j’ai subi mais je suis responsable et donc je me protège et je protège l’autre. C’est aussi par rapport aux hommes séropositifs qui sont souvent vus de manière négative comme des méchants contaminateurs. Je pense que eux aussi ont été contaminés par une femme, dans certains cas en tout cas, que la contamination c’est dans les deux sens.

Jessica Mani : Je suis entièrement d’accord avec toi Tina. Il y a aussi des femmes. Même l’homme peut dire à la femme voilà le préservatif féminin s’il te plaît, mets-le. C’est un choix. Il faut aussi savoir une chose, ce qui fait en sorte que la femme, son risque de contamination est plus élevé. On n’a pas le même appareil génital que les hommes. Donc l’appareil génital il est interne. La concentration virale est beaucoup plus élevée dans le sperme que dans les sécrétions vaginales. Donc la fragilité du col de l’utérus surtout autour au cours des règles. En cas de maladies sexuellement transmissible ou de petite lésion chromatique, la surface de la muqueuse est exposée et le sperme stagne plusieurs heures dans le vagin. Donc ça ce sont autant de choses qui font en sorte que la contamination est un peu plus élevée. Il faut que nous, les femmes ont prennent déjà ça en compte, qu’on sache qu’on a un organe qui soit interne et qui prend facilement des maladies. Que l’homme a un organe externe et bon voilà, c’est comme ça.

Sandra : C’est bien beau de dire il faut parler du préservatif féminin, mais en attendant il est trop cher. Alors comment est-ce que vous comptez faire avec votre association pour dire aux institutions il faut baisser le prix des préservatifs ? Est-ce que ce n’est pas parce que les institutions publiques se rendent compte que finalement le préservatif féminin n’intéresse pas, le préservatif masculin se vend toujours plus et même quand c’est donné gratuitement, les gens se tournent vers le préservatif masculin. Alors pourquoi s’entêter à parler du préservatif féminin ?

Jessica Mani : Alors nous, ce qu’on met en place en projet c’est mon préservatif féminin c’est mon choix, mon droit. Donc mon préservatif féminin parce qu’il existe, mon choix parce qu’en tant que femmes ou tant que homme, j’ai le choix de choisir le préservatif féminin au lieu du préservatif masculin et mon droit parce que c’est tout à fait mon droit qu’il soit accessible. On est en train de projeter deux spots, deux spots de prévention qu’on espère pouvoir faire diffuser dans des grandes chaînes nationales françaises pour vraiment taper à l’oeil sensibiliser l’opinion publique sur cette problématique-là. Il faut une grande communication sur le préservatif féminin. On signe des pétitions en ce moment, après on n’emmènera ça au ministère de la santé pour dire voilà, il y a ce problème-là, qu’est-ce qu’il faut faire ? Nous on se limite à faire un travail sur le terrain pour montrer qu’il y a cette problématique, il faut plus de campagne de publicité parce qu’il a fallu bien beaucoup de campagnes de publicité comme le disait Tina, il y a des gens qui ont eu la séropositivité un peu plus tôt, ils ont subi pleins de traitement et de la stigmatisation, il a fallu qu’ils passent par là pour qu’on puisse arriver aujourd’hui à avoir des traitements un peu plus élevés. Donc il faut qu’on passe par la communication, la sensibilisation, il faut qu’on se batte sur le terrain pour que les grandes institutions et l’opinion publique nous écoutent.

Sandra : Pour les préservatifs masculins il y a pas mal de variétés. Il y a différents parfums, différentes textures, des différences aussi au niveau du lubrifiant. Est-ce que pour les préservatifs féminins c’est pareil ? Est-ce qu’il y a autant de variétés ?

Jessica Mani : Déjà, réussissons à en vendre un et après on ajoutera la variété (rires).

Sandra : Votre association AJESS s’intéresse aux populations migrantes en particulier les femmes en France et dans leur pays d’origine. Est-ce qu’en Afrique le préservatif féminin est aussi impopulaire qu’en France ?

Jessica Mani : Très impopulaire. Il y a le problème de culture, le problème de prix, le problème de communication, le problème de prévention. Elles ne sont pas au courant et si elles sont au courant, elles ne savent pas où aller acheter parce qu’un pharmacien ne va pas stocker des préservatifs féminins pendant un an pour attendre qu’une brebis galeuse se pointe pour lui demander ce préservatif.

Tina : Surtout que les préservatifs ont une durée de vie. Nous à l’association on a eu à jeter des préservatifs féminins parce qu’ils n’avaient pas été pris. On s’est rendu compte que la date était expirée. Pareil pour les préservatifs masculins, il y a une durée après laquelle ils ne peuvent plus être utilisés.

Sandra : Si les auditeurs doivent retenir quelque chose sur le préservatif féminin, qu’est-ce que c’est ?

Jessica Mani : Je m’adresse aux femmes, pas seulement, j’espère que les hommes vont aussi m’écouter. Alors je vous en prie mesdames, mesdemoiselles, apprenez à prendre soin de vous. Ce n’est pas un homme ou quelqu’un d’autre qui viendra s’apitoyer sur votre sort ou sur notre sort. C’est à nous de prendre le bâton et dire oui, je me préserve. Oui, je prends en main ma vie de femme. C’est à nous de le faire. C’est à nous de sortir le préservatif féminin du néant où il se trouve. C’est à nous de nous battre pour que ce préservatif ait le même prix que le préservatif masculin. Si on ne le fait pas aujourd’hui, on va continuer à entrer, surtout nous les femmes issues de l’immigration, de l’Afrique subsaharienne, on va continuer à dire, voilà, on est les plus contaminées, on est les plus vulnérables. Arrêtons d’être vulnérables. Arrêtons d’être faibles. Soyons fortes et maîtrisons notre mode de prévention qui est le préservatif féminin.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE