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Entretien avec Reda Sadki (7/7) : La carte de dix ans pour tous les malades étrangers

14 septembre 2012 (papamamanbebe.net)

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Reda au micro de Survivre au sida pour revenir sur les temps forts de l’émission de la saison 2011/2012 et sur tout ce qu’on a appris depuis la création de l’émission. Depuis 17 ans, l’émission Survivre au sida informe et donne la parole aux personnes concernées par le VIH. Pour ne pas tourner en rond et ne pas être en décalage avec tout ce qui se passe dans l’épidémie du VIH/Sida, il est important d’arriver à prendre du recul et de se poser la question : Où est-ce qu’on va ?

Sandra : Depuis 1998, les personnes qui ont une maladie grave et qui ne peuvent pas se soigner dans leur pays d’origine, parce que pas accès au traitement, peuvent avoir un titre de séjour en France. Avec la loi Besson, un mot a changé. C’est maintenant la disponibilité du traitement dans le pays d’origine qui donne droit ou non au titre de séjour pour soins en France. On l’a vu à l’émission que pour l’instant les séropositifs ne sont pas concernés par ce changement. Mais Reda, pour gagner ce droit, d’être soigné dans la dignité, tu as connu des personnes qui ce sont battus pour ça. Est-ce que tu peux raconter ça pour que là aussi ça ne tombe pas dans l’oubli.

Reda : L’idée qu’une personne qui est malade, soit protégée d’une expulsion, l’idée qu’une personne qui a besoin d’être soignée puisse avoir accès à un titre de séjour, à l’époque on disait pour soins mais finalement c’est un titre de séjour d’un an, une carte de séjour comme tout le monde, mention vie privée familiale, ce n’est pas marqué malade dessus, heureusement. Ca remonte à la fin des années 80, au début des années 90, avec la constitution d’un collectif de grands malades, sous l’impulsion du comité contre la double peine. Et moi j’ai beaucoup de respect pour les gens hommes et femmes qui ont mené ces combats-là. Finalement, ça s’inscrivait dans le cadre du combat contre la double peine où un étranger qui prend une peine de prison de 6 mois comme un français pour un délit, va payer sa dette à la société. Mais en plus un étranger va avoir cette deuxième peine d’une expulsion. Et quand cet étranger est étranger, pas par hasard mais en fait est né ou en tout cas a grandi en France et toute sa vie est en France, ça prend un caractère particulièrement absurde. Et parmi cette génération d’enfant issus de l’immigration, d’enfant des cités, il y avait pas mal de séropositifs et ce n’était pas le fruit du hasard, c’était le fruit justement de l’interdiction des seringues propres, du retard pris en matière de santé publique pour réagir face à l’épidémie du VIH, alors que des moyens existaient pour informer et soutenir les populations qui étaient confrontées. Du coup le comité contre la double peine, la question du sida s’est posée même si ça restait difficile à en parler, c’est ce collectif-là, qui s’est battu pour le droit de rester en France en disant, être expulsé pour quelqu’un, ce n’est pas agréable, enfin ce n’est agréable pour personnes. Quand une personne est malade, cette expulsion elle devient une condamnation à mort parce que pas de traitement dans les pays d’origine. Finalement c’était Simone Veil, qui avait pris quelques dossiers et qui a descendu avenue de Ségur, qui a marché jusqu’à la place beauvau pour aller voir Charles Pasqua dans son bureau pour lui dire pour ces jeunes-là, qui sont menacés d’expulsion, qui sont gravement malades, il faut qu’on fasse quelque chose. C’était un peu la logique humanitaire du côté des institutions, des associations comme médecins du monde, médecins sans frontière ou Aides et c’était une logique d’égalité des droits du côté des gens qui vivaient cette injustice. Et dans la foulée, en 1998, plusieurs années après, ce combat-là est inscrit dans la loi. C’est-à-dire il y a une garantie protection de l’expulsion et accès à un titre de séjour. Mais c’est de nouveau quelque chose qui a été arraché même si après les associations humanitaires, Aides, etc, ont un peu géré le droit tel qu’il avait été arraché. On en fait un peu un débat, on en fait ce que font les humanitaires, les associations de type Aides. Des années plus tard, maintenant quand il y a toutes ces personnes, depuis le milieu des années 90, qui sont venus en France, qui ont découvert leur séropositivité ici, qui sont venus parce qu’ils savaient que traverser les frontières, traverser des milliers de kilomètres, c’était leur seule chance de survie. Ces personnes-là ont découvert bah oui, il y a ce droit, il faut aller à la préfecture, c’est long, c’est pénible, les préfectures font toutes sortes, des tas d’opposition. Il y en a très peu qui savent que ce droit-là, cet accès au titre de séjour, ils le doivent à des gens qui se sont battus au début des années 90, qui étaient majoritairement d’origine maghrébines, précaires, issus des cités et délinquants. Donc dans la recherche de respectabilité comme visage de la maladie, ça soulève pas mal de questions aussi. En pratique, le message est simple, c’est qu’il ne faut pas que les gens s’étonnent si les humanitaires et Aides n’ont pas été capables de faire plus que préserver un petit peu ces droits, de s’effilocher. Il a été obtenu par la lutte et le jour où les gens décideront de lutter ensemble pour le préserver ou l’élargir, parce que à l’origine les revendications c’était la carte de 10 ans, ce n’était pas une carte d’un an. C’était déjà accepter de revoir à la baisse ce dont avait besoin une personne atteinte d’une pathologie grave à vie comme si aller renouveler sa carte tous les ans, comme si lors d’un renouvellement le VIH serait parti. Il faut que les gens comprennent que ce qui existe en France, c’est pareil au niveau de la protection sociale, ça fait partie des grands combats menés par l’émission de radio, enfin auquel l’émission de radio a contribué très modestement jusqu’à 2003, jusqu’à la création du Comité des familles où là, moi je me suis rendu compte qu’en fin de compte, d’abord ce lien familial il était transversal. On voit dans les réunions du Comité des familles quand on fait une réunion sur le thème du titre de séjour, les gens pas concernés, c’est-à-dire qui ont un titre de séjour, qui sont français, nés en France ou pas mais en tout cas ils viennent peu ou ils ne viennent pas du tout. Et du coup ça soulève des questions sur comment fonctionne la solidarité dans ce contexte-là. Donc la dimension familiale, ça, ça touche tout le monde. Et du coup l’idée avec le Comité des familles c’est d’arrêter de réagir au coup par coup sur des urgences sur justement ce droit mis en place en 1998 qui n’a cessé de d’effilocher, de se dire on va construire quelque chose dans la durée, se structurer et là le jour où il y aura quelque chose de collectif et structurer, si les gens décident d’agir sur cette question-là ou sur d’autres, ils seront mieux à même de le faire que de continuer à réagir au coup par coup. Parce qu’on peut faire ça toute la journée, on peut essayer de traiter, de soutenir des dossiers individuels, mais à la fin de la journée on en est toujours au même point.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE

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