Skip to main content.

Annonce de la séropositivité | Couples concernés par le VIH | Emmanuel Mortier | Femmes séropositives | Grandes soeurs | Grossesse et VIH | Jennyfer | Loane | Réseau national des correspondants du Comité des familles | Sexe et sexualité | Tina

Deux mamans séropositives en formation pour devenir Grandes soeurs (2/4) : L’annonce de la sérologie au partenaire

12 juillet 2012 (papamamanbebe.net)

| Votez pour cet article

Tina : La question du partenaire, pour chaque femme forcément il y a un partenaire. Parfois il n’est pas très présent. Comment vous avez annoncé votre sérologie à votre partenaire ?

Loane : Moi il avait déjà entendu parler de moi à Saint-Brieuc. Je lui ai dit ouvertement, au bout de trois semaines de relation sans rapport, je lui ai appris et il l’a plutôt bien pris. Je pense qu’il le savait au fond déjà. Sauf qu’il attendait que je lui dise je pense. Je lui ai dit naturellement, simplement, que depuis 1999 j’étais séropositive. C’était dans une conversation et puis en fait ça s’est bien passé.

Jennyfer : Pour ma part j’ai toujours été en couple sérodifférent. Ensuite pour le papa de ma fille, l’annonce s’est faite avant parce qu’on s’est rencontré un peu spécialement. Je lui ai dit que je faisais parti d’une association pour les séropositifs et ceux qui les aiment et là il m’a dit : « ah tu l’es ? ». Je lui ai dit : « Bah oui ». Au fur et à mesure de la relation en fait, c’est là qu’il m’a posée des questions, il s’est intéressé. J’étais la première séropositive qu’il rencontrait encore plus qu’il aimait. Et ça, ça n’a pas été du tout un problème à notre relation. Après il m’a accompagnée pendant que j’étais enceinte à des rendez-vous, avec l’infectiologue, bon après pendant la grossesse, normal. Il s’est montré quand même présent et pas du tout flippé. Mes ex non plus. Après il y a toujours des tas de questions.

Tina : Quelles genres de questions et comment tu y as répondu ?

Jennyfer : Par rapport à la contamination, par rapport aux traitements, par rapport au suivi avec le médecin, par rapport à la transmission, par rapport à comment le prennnent les gens, vraiment pleins de questions. Les effets secondaires, franchement après il y en a peut-être parfois je n’ai pas vraiment retenues. Mais après moi j’ai essayé de lui répondre simplement, je lui disais même s’il voulait venir avec moi, le compagnon avec qui j’étais, en consultation pour que le médecin lui explique aussi. Ma famille pouvait lui expliquer aussi, comment elle voyait la chose. Après pour les effets des gens autour de nous, chez moi il y en a pas mal qui le savent, ça ne pose pas de problème et le fait aussi que moi je témoigne, au contraire on m’encourage. Le compagnon m’encourage. Ca ne leur fait pas peur et c’est vrai que, c’est malheureux mais il y a encore des personnes qui fuient. Il y en a qui sont prêts, d’autres qui ne sont pas prêts et puis c’est tout je pense.

Loane : Moi c’est vrai que, bon là je parlais du père de ma dernière mais c’est vrai que dans mes relations passées, j’ai eu des cas vraiment graves. Des gens à qui je l’ai dit et puis tout de suite qui n’ont pas adhéré et qui sont allés le répéter. Donc c’est pour ça que ça s’est un peu dispatché dans ma ville. Maintenant moi je pense que mon ami me soutient pour que justement je ferme la bouche à ces gens et que je leur explique que maintenant je suis comme je suis tout simplement et en faisant ces démarches que je fais actuellement les mentalités changent. Il vit aussi des difficultés auprès de ces amis vis-à-vis de moi et je pense qu’en fait il me soutient pour que j’essaye à Saint-Brieuc de faire changer les mentalités parce que là-bas en fait, on ne sait rien.

Emmanuel Mortier : C’est vrai c’est difficile, on a encore beaucoup de femmes enceintes qui ne l’ont pas encore dit à leur partenaire, en tout cas dans les personnes qu’on a ici, qui ne veulent pas le dire. La grossesse pourrait être une occasion pourtant même si elles le savent depuis plusieurs années. Parfois on peut leur dire la grossesse peut être une occasion puisque de toute façon dans le cadre de la grossesse, le test du dépistage du compagnon fait partie des recommandations. Ca dépend beaucoup des milieux je pense aussi. C’est vrai que dans le milieu subsaharien, qui est quand même celui qu’on voit beaucoup ici, l’annonce est très difficile et probablement parce que la compréhension des partenaires de cette maladie qui est quand même beaucoup une maladie qu’ils voient dans leur pays comme associée à la mort fait que c’est très compliqué pour une femme de pouvoir l’annoncer à son compagnon aujourd’hui. On a des femmes qui ont eu plusieurs enfants et qui n’ont pas dit à leur compagnon par exemple. Alors on les rassure d’un côté parce qu’on leur dit aussi, qu’en prenant bien leur traitement, elles protègent le père de leur enfant, de ce côté là on les rassure. Mais on sent vraiment que parfois c’est un blocage sur lequel elles ne veulent pas revenir. Alors qu’est-ce qu’une Grande soeur peut dire en dehors de son propre témoignage ? C’est très difficile parce qu’on a parfois essayé d’être assez insistant pour que des femmes annoncent à leur compagnon et je pense que rétrospectivement on a eu tort dans leur histoire, dans leur cheminement. Il faut que la femme le dise au moment où elle pense et qu’elle sente que c’est au bon moment comme vos témoignages le disent. Et pour des personnes ça peut être pas le bon moment pendant plusieurs années. Il faut savoir les soutenir je pense et leur dire ce n’est pas grave si elles ne le disent pas non plus parce qu’elles savent que ce serait une discrimination, un rejet. Quand elles sentiront qu’elles peuvent le dire, à ce moment-là, que ce soit une Grande soeur ou un médecin, une infirmière, peuvent les aider pour les soutenir, rassurer le partenaire, tout ça. C’est très compliqué je trouve pour les soignants, ça peut être très compliqué pour une Grande soeur quand une Petite soeur dit je ne vais pas le dire au père de l’enfant. Alors après ça pose des questions, pas d’allaitement, le médicament qu’on va donner. Tout ça il faut l’aborder. D’accord vous ne voulez pas l’annoncer mais comment vous allez faire pour lui dire que vous n’allaitez pas, comment vous allez faire pour lui donner le sirop de rétrovir. Donc il ne faut pas oublier de faire que la Petite soeur se pose les questions de son refus. Comment elle va gérer les différentes étapes de la prise en charge de l’enfant à naître. Donc c’est peut-être ça qu’on peut déjà l’inviter à réfléchir.

Tina : Moi je me rappelle que justement là-dessus, Laurent Mandelbrot il nous disait si par exemple le père demande qu’est-ce que c’est le sirop que vous donnez à mon enfant, le médecin est obligé de dire ce que c’est parce que c’est son enfant aussi. Parfois les mamans femmes enceintes ni pensent pas et ensuite elles se retrouvent coincées et qu’effectivement ce n’est pour les mettre dans une situation de blocage, de mettre la pression mais de les faire penser à ce genre de situation. Mon expérience au Comité des familles c’est que plus que la personne séropositive attend pour l’annoncer à son partenaire, moins que sont les chances que l’autre accepte parce qu’il y a derrière aussi l’impression d’avoir été trahi. Moi-même je ne suis pas Grande soeur mais j’interviens auprès des personnes en tant que femme séropositive et c’est vrai que je leur fais quand même aussi passer ce message parce que je me dis que c’est difficile de le dire mais de toute façon, il faudra le dire à un moment. Plus qu’on pousse l’échéance, plus que ça va être difficile vraiment. Ca change tout à fait la position du partenaire de l’accepter.

Loane : Comme dit Monsieur, dans les pays subsahariens comme vous dites, moi mes amis sont subsahariens en général à Saint-Brieuc. Moi à Saint-Brieuc je suis considérée comme la mort parce que la plupart de mes amis sont d’Afrique et il y en a eu un ou deux qui a été au courant et donc du coup là-bas je suis considérée comme la mort. On m’appelle le diable, tous les noms qui existent. Je sais que dans ceux-là, il y en a aussi qui le sont mais qui ne le diront pas. Mais c’est vrai que c’est très difficile.

Emmanuel Mortier : L’annonce c’est très difficile. On essaye d’encourager parce que comme vous le dites, garder un secret longtemps dans une relation d’amour ou de confiance c’est quand même laisser un coin de mystère qui est difficile à gérer dans une relation qu’on voudrait entière et pleine. Donc ça c’est vrai que c’est toujours très difficile. Et d’un autre côté le refus et le rejet fait très peur. Donc la question c’est est-ce que vous prenez le risque d’annoncer avec le risque en parallèle d’être rejeté. C’est en permanence ce dilemme. Plus le partenaire est au courant de la maladie, plus il a compris, plus ce sera facile de l’annoncer et plus au contraire il aura dit un jour en regardant sa télévision, cette maladie si je l’ai, ou cette putain de maladie ou etc, plus ça va être difficile. Et en fait les femmes se rendre bien compte presque à l’avance comment va réagir l’autre. C’est un peu ça qui fait qu’on a un petit de mal à les pousser à annoncer même si on essaye en effet de leur dire toutes les difficultés de ne pas annoncer sa séropositivité.

Tina : Je suis tout à fait d’accord qu’une personne qui n’est pas prête à confronter le rejet, faut pas la pousser parce que c’est sûr que si on la pousse à faire quelque chose qu’elle ne voulait pas, après elle en voudra à d’autres personnes. Donc ça c’est sûr. Mais je vois aussi qu’en donnant l’exemple, en disant bah voilà moi je l’ai annoncé, je savais qu’il y avait un risque derrière. Au final il a accepté, moi je suis aussi très sûre de moi, le VIH ne me fait pas peur. Ca peut aussi l’encourager. Elle peut se dire, elle a réussi, d’autres aussi ont réussi à le faire. C’est vraiment le déclic. Bon, chacun est différent. C’est sûr que les cultures sont très différentes et là-dessus...

Emmanuel Mortier : Et je pense quand Jennyfer et Loane disaient moi je l’ai dit à mes amis etc, ce témoignage a sûrement un impact majeur sur l’acceptation de la maladie par la société. C’est-à-dire que pas simplement son partenaire, mais le fait de dire à des amis tu sais, moi je suis séropositive, tout va bien je prends mes traitements, cette personne-là, le fait de connaître quelqu’un de séropositive qui lui a dit acceptera beaucoup plus l’annonce à la limite que son partenaire lui annonce un jour. C’est-à-dire que l’impact de parler de la séropositivité comme on parlerait du cancer du sein par exemple. Il y a 30 ans on ne parlait pas des cancers maintenant quand on un cancer on le dit. La séropositivité c’est un peu la même chose, on le cache encore beaucoup. Le jour où on en parlera en disant, ce n’est pas une maladie facile mais il y a des traitements, ça va sûrement dédramatiser aussi la manière d’en parler.

Jennyfer : Moi maintenant je le dis vraiment, enfin j’essaye de le dire, pas le plus possible, je ne crie pas sur les toits. Mais aux personnes qui m’entourent, je l’annonce. Mais moi avant en fait j’étais élevée dans le sens, le silence, il ne faut pas le dire, il faut le cacher. Et moi personnellement étant enfant, adolescente, j’en ai énormément souffert. Je sais que c’est une souffrance qu’on s’implique à nous-même. Moi je ne vois pas le but quoi de mentir. Après, c’est vrai que je comprends la situation familiale, le rejet mais c’est vrai qu’au moins, s’il y a un cercle d’amis. On ne peut pas vivre avec un lourd secret comme ça.

Loane : Moi je l’ai dit aussi souvent, ce qui m’a valu beaucoup de catastrophes dans ma vie. Mais maintenant, moi je le dis en général parce que comme je dis, je n’ai pas de papier sur moi, je n’ai rien prouvant que je suis malade. Donc j’ai tendance à le dire tout le temps à quelqu’un qui est avec moi en général. Il y a toujours une personne dans l’entourage qui est au courant. Parce que je me dis qu’on ne sait jamais là où je suis, il peut m’arriver n’importe quoi, je peux avoir un accident. Donc je me dis que si généralement il y a toujours une personne qui le sait parce que comme ça, s’il m’arrive quelque chose, on peut prévenir les pompiers ou n’importe qui est à côté et qui au moins le saura. Moi c’est vrai que je dis généralement, parfois j’aurai mieux fait de me taire mais maintenant avec le combat que je fais grâce au Comité des familles, et ce que j’ai appris grâce au Comité des familles, maintenant je me dis que j’ai bien fait de parler même si ça m’a valu tout ça parce que je vais sûrement faire avancer les mentalités. En tout cas c’est ce que j’espère.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE

Tous les articles concernant : deux mamans séropositives en formation pour devenir Grandes soeurs

Deux mamans séropositives en formation pour devenir Grandes soeurs (1/4) : Ouvrir le chemin aux futures mamans

Deux mamans séropositives en formation pour devenir Grandes soeurs (3/4) : Complications pendant la grossesse, que faire ?

Deux mamans séropositives en formation pour devenir Grandes soeurs (4/4) : Obtention du diplôme pour Loane et Jennyfer