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François Blais, séropositif, témoigne de sa vie avec le VIH au Québec

4 juillet 2012 (papamamanbebe.net)

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Sandra : Parler du VIH/Sida aux jeunes : c’est ce que fait François Blais au Québec depuis 17 ans pour les sensibiliser. François Blais sait qu’il est séropositif depuis 18 ans et garde une forme athlétique, ce qui peut parfois surprendre les jeunes qui ont des images fausses des personnes vivant avec le VIH. En utilisant le jeu et l’humour, il réussit à installer un climat de confiance qui incite les jeunes à poser des questions et partager leurs expériences. Écoutons François Blais, président-fondateur de Ruban en route 2004.

Début du son.

François Blais : Notre rôle consiste à faire de la prévention, démystifier le VIH, le sida, les infections transmissibles sexuellement. C’est un programme qui est unique en son genre. On est les seuls à faire cette tournée. C’est un programme qui est divisé en trois parties. Nous, on s’est adapté à des périodes de cours qui sont de 75 minutes. Il y a trois volets dans notre rencontre. Le volet qui est un jeu questionnaire. Il y a deux équipes qui vont s’affronter à ce relais VIH. C’est un peu des questions sur le VIH, le sida, les infections sexuellement transmissibles et on forme des équipes de gars et des équipes de filles. Donc il y a une rivalité qui s’installe. C’est très humoristique, très constructif aussi et avec cette compétition-là, ça rend les choses encore beaucoup plus intéressantes. Deuxième partie de la rencontre, qui est de mettre en pratique ce qu’on a appris durant cette première partie, durant le jeu. Là, il y a des démonstrations où je vais aller chercher des gens dans le public, garçon et fille pour reformer le couple si on veut. Et là, il y a des exercices pratiques. Comment mettre un préservatif ? On fait également gonfler le préservatif parce que beaucoup de gens vont dire : « moi je n’utilise pas le préservatif parce qu’il n’y en a pas un de ma grandeur ». Alors on leur dit : « si vous ne rentrez pas dans ce préservatif, vous avez un problème ». Et on termine la rencontre avec le témoignage d’une personne qui vit avec le VIH, et c’est suivi d’une période de questions. Dans ce programme, c’est moi qui fait le témoignage. Alors c’est sûr qu’à la radio, on ne peut pas voir ce que j’ai là, mais je suis une personne qui est très en forme, très sportive. Donc les gens s’attendent toujours à voir quelqu’un qui est très affaibli, qui est malade, qui a du mal à s’exprimer. Et là, il y a un effet de choc, un effet de bombe. C’est suivi de la période des questions. Ce que je peux vous dire, c’est que c’est présenté devant un groupe de 100 jusqu’à 500 personnes et on a toujours la même réaction. Au début, les gens s’emballent. Il y a la rivalité, la compétition, il y a de l’humour. Et à la fin on n’entend rien. Qu’on soit 500, qu’on soit 1000 personnes, on n’entend rien du tout. La période de question est encore plus intéressante puisque les gens, à cause de cette formule, sont beaucoup plus portés à s’ouvrir. Donc il n’y a aucune gêne.

Nous au Québec, on rencontre plus de 30 000 personnes par année. Il y a plus de 150 présentations qui sont données depuis maintenant 19 ans. Donc c’est chaque année de septembre à juin. Deux présentations par jour, 5 jours dans la semaine, et puis c’est comme ça qu’on roule notre bosse au Québec.

En ce qui concerne le témoignage, moi je suis séropositif depuis maintenant, ça fait plus de 18 ans que je le sais. En revanche, à cause de certaines circonstances, si on était capable de revenir dans le temps et de savoir exactement quand et comment j’ai été infecté, donc moi ce que je peux dire aujourd’hui, ça fait plus de 28 ans. Donc oui, j’ai un traitement, oui je prends les médicaments qui s’imposent et c’est ce qui rend intéressant le témoignage qu’on apporte, que j’apporte dans cette rencontre. C’est comment on peut apprendre cette nouvelle, comment il faut rapidement “dealer” avec une nouvelle aussi forte que celle d’apprendre qu’on est séropositif, quelle est la réaction de l’entourage, quelle est la réaction au niveau du travail, quelles sont les conséquences que ça peut avoir ? Donc je raconte tout ça et c’est là, au niveau du témoignage, les jeunes prennent conscience que, ah oui, c’est vrai il y a des médicaments, mais au-delà des médicaments, il y a une vie qui est littéralement transformée et qui va être encore transformée dans le futur parce qu’il n’y a pas de traitement qui va guérir cette maladie. Et c’est sûr que, en ce qui me concerne moi, je leur dit toujours, moi je ne suis pas porteur du virus, ça ne paraît pas, ce n’est pas écrit sur mon front. Et là, ça va bien parce que je suis mon employeur, c’est moi qui ai mis sur pieds cet organisme. Alors je n’ai pas de misère, si j’ai besoin d’un congé, je le prends. Mais en revanche, quand on a à justifier à son employeur les rencontres chez le médecin, qu’on ait des médicaments à prendre, automatiquement il y a une stigmatisation qui se fait. On est pointé du doigt. Il y a toute une réalité, et ce dont on s’est aperçu également en allant à Paris cette année, c’est que partout où on va, parce que le projet quand même fait des petits, c’est la même réalité. C’est que on est porté à se dire politiquement correct ouvert à cette problématique, mais en réalité il y a un autre discours. Donc lorsque tu dois justifier les faits, que tu es porteur du virus, c’est là que les masques se lèvent et on en subit encore les conséquences. Moi, j’ai fait l’exercice il n’y pas si longtemps, et on dit au Québec qu’on est une société qui est ouverte, de me trouver un emploi, un autre emploi et à chaque fois qu’on arrive pour passer ce qu’on appelle nous le médical, après les examens, bah là c’est dommage mais on va en prendre un autre qui n’est pas porteur. La réalité, c’est qu’on remplit une demande d’emploi, on est appelé, il y a des entrevues qui vont se faire. Si on passe toutes les étapes de l’entrevue, souvent des examens écrits, ensuite c’est le médical, pour savoir si l’employé est en bonne santé. On peut cacher notre statut de séropositif mais si jamais l’employeur apprenait à cause de la médication, qu’il doit payer une “subprime”, que je dois manquer, on a menti. C’est une raison pour un renvoi.

Sandra : Pour revenir sur ce que vous faites dans les écoles. Vous faites ça dans quelles écoles... ?

François Blais : Nous c’est l’équivalent des jeunes, qu’on appelle secondaire. Donc je pense que c’est l’équivalent des lycées, entre 12 et 18 ans. Ce sont les jeunes qu’on cible. Il y a également une version dans le même concept, une version adultes où on va davantage plus loin dans les explications, et on prend en considération les couples qui se reforment, les couples de même sexe. Ce qui m’a surpris moi, des rencontres que j’ai pu faire à Paris, ce qui m’a choqué aussi, c’est le fait d’entendre, « moi, je suis séropo pd ». Moi je me fous que tu sois pd, que tu sois n’importe quoi. Mais pourquoi toujours justifier l’orientation sexuelle ? Alors que nous, ce qu’on fait dans les écoles, je vais poser carrément la question aux jeunes, aimeriez-vous savoir comment moi j’ai pu être infecté à ce virus ? C’est automatique, la réponse va être oui. Oui on veut le savoir. Oui c’est intéressant. Et je leur dit : « Bah vous ne le saurez pas parce que ça ne change pas le diagnostic, et aussi, si je vous disais que c’était par relation sexuelle non protégée ou parce que j’aurai partagé des seringues, là, les gens me diraient, tu courrais après, tant pis pour toi, ne viens pas te plaindre et puis arrange-toi. Tandis qu’une transfusion sanguine, automatiquement les gens prendraient pitié de moi parce que je n’aurai pas fait exprès de l’attraper ». Donc il y a encore cette différence qui est faite. Ça peut avoir des conséquences importantes sur les individus. Moi quand je rencontre des gens, je ne leur demande pas, bonjour je me présente, François, je suis hétérosexuel, marié depuis... non. Moi je suis François. Maintenant avec les réseaux sociaux, tout le monde exprime ce qu’il pense. Faut se garder une gêne pour les raisons que j’ai mentionné.

Sandra : Quelles sont les questions que les jeunes vous posent ?

François Blais : Ils ont tous des connaissances de bases qui sont dans le tiroir des oubliettes. Nous, ce qu’on explique, c’est que de moins en moins, malheureusement, au Québec on en parle. Il y a d’autres causes, d’autres maladies qui ont pris le dessus, entre autre le cancer du sein. Non pas qu’on estime que ce n’est pas important, mais c’est une réalité. C’est beaucoup plus vendeur, si on veut, la cause du cancer du sein que le VIH. Donc les médias n’en parlent pratiquement plus et on a encore au Québec sur une population de 8 millions de personnes, 3 à 4 nouvelles personnes à chaque jour qui sont infectées. Ce sont des gens entre 15 et 29 ans. Cette statistique-là, on la remet sur le tapis. Deuxièmement, les jeunes posent toujours comme question, est-ce qu’on est encore capable d’avoir des relations sexuelles ? Alors pour eux, le fait d’avoir le VIH, c’est comme si l’appareil physique ne fonctionnait plus. Et là, on leur dit, écoutez, il y a des étapes dans une annonce mais oui, on est encore capable d’être actif sexuellement. Le problème que nous on commence à avoir ici, c’est qu’il y a des gens qui sont poursuivis parce qu’ils sont séropositifs, et qu’ils ne l’ont pas révélé au partenaire. Donc ils sont traînés en justice, il y a quelques condamnation à ce sujet-là. Alors nous, ce qu’on leur dit : « on a des rapports sexuels, on est deux, donc c’est à vous deux de vous protéger ». Il y a comme cette chasse aux sorcières qui augmente d’année en année au Canada. Donc ça, c’est une question qui revient à chaque présentation, est-ce que c’est possible d’avoir une vie de couple, est-ce que c’est possible d’avoir des enfants, qui paye votre médication ? Et surtout sur les relations de couples. Nous on a une expression qui est la maladie « Y vont », comme le prénom Yvon. Qu’est-ce qu’ils vont dire, qu’est-ce qu’ils vont faire s’ils apprennent que tu es porteur ? Comment est-ce que les gens réagissent autour de toi ? Donc ça c’est une grande question. Le reste, ça devient de la mécanique, ça devient, ce n’est pas dans ma cause, ça ne me touche pas personnellement. Au niveau des relations sexuelles, il y a les deux personnes. Nous ce qu’on dit toujours, il y a deux bêtes qui sont entre vos deux oreilles qu’on ne réussit pas justement à sensibiliser. De là l’importance d’en parler, d’en reparler et puis d’en reparler. C’est beaucoup d’inquiétudes. Surtout, moi ce que je remarque depuis trois ans environ c’est que le lundi après un week-end, il y a beaucoup de gens qui vont se lever dans l’auditorium, dans la salle, qui vont carrément me raconter leur fin de semaine. Nous on a des concours de fellation ici, qu’on appelle le concours arc-en-ciel où la personne va mettre du rouge à lèvres de différentes couleurs, et faire des fellations aux jeunes. Et ils sont en panique le lundi, devant une salle de 500 personnes, vont me dire : « écoute, moi j’ai fait des fellations en fin de semaine, est-ce qu’il y a un danger ? ». Alors vous voyez comment la pudeur, il n’y en a plus. Et puis là, ce sont des jeunes de 13, 14, 15 ans. C’est assez alarmant. Malheureusement, comme ce n’est plus prioritaire, la prévention ce n’est pas prioritaire. Nous on a un budget qui est minime. Moi j’ai été renversé de voir les budgets que certains organismes reçoivent, sans les nommer, moi avoir que la moitié je serai aux anges.

Fin du son.

Sandra : Vous venez d’écouter François Blais, qui fait de la prévention auprès des jeunes pour parler du VIH. Tina, ça te rappelle sans doute quelque chose. Qu’est-ce que tu penses de l’initiative de François Blais ?

Tina : Oui ça me fait écho parce qu’au Comité des familles, on a le projet Madeleine. Ce sont justement des membres de l’association, des personnes séropositives qui ont cette même envie, d’aller témoigner auprès des jeunes de la vie avec le VIH dans le but de faire de la prévention et aussi de lutter contre les stigmatisations, les idées reçues qu’ont les jeunes sur ce que c’est la vie avec le VIH. Toute la discrimination et le rejet que subissent les personnes séropositives. Ça se fait difficilement parce que les écoles ont du mal à ouvrir les portes aux personnes séropositives. On n’a pas beaucoup d’endroits où on est reçu pour l’instant. On essaye, on a des ouvertures sur des antennes jeunesses. Il y a des endroits qui sont plus ouverts à ce genre d’actions que d’autres. Sur son action, je n’ai pas tout bien compris, c’est vrai qu’il a un petit accent qui est d’ailleurs très sympathique. Mais ce jeu, je n’ai pas tout à fait compris. Je trouve que c’est en tout cas très bien, il en fait beaucoup. Le nombre d’interventions et le nombre de personnes qui reçoivent cette action c’est énorme. 150 interventions par an c’est beaucoup. C’est déjà nettement efficace j’imagine. Mais l’intervention en elle-même je n’ai pas tout bien compris. Est-ce qu’ils font vraiment des présentations en direct ?

Sandra : Si c’est ça. En fait, il se présente devant les élèves. Au début il fait des jeux, il parle du VIH de façon humoristique. Puis après, il va se présenter, « moi je suis concerné par le VIH, je suis séropositif depuis tant d’années ». Ensuite s’engage une discussion, des questions-réponses et puis ce qu’il disait c’est que, à la fin, les jeunes sont tellement en confiance, qu’ils vont jusqu’à raconter leurs expériences sexuelles. C’est ça la dernière chose qu’il a dit, un jeu qui s’appelle arc-en-ciel, c’est de faire des fellations...

Tina : D’en parler en fait, c’est ça ?

Sandra : Ce sont les jeunes qui parlent de leurs pratiques, c’est ça.

Tina : D’accord. Je pense que c’est génial d’ouvrir la parole, de réussir à ce que les jeunes s’expriment. C’est vrai que nous aussi quand on fait ces interventions, on voit que les jeunes ont du mal à parler ouvertement, poser des questions et le but, c’est qu’à ce moment-là, les jeunes peuvent poser toutes les questions, on parle ouvertement. Pour faire de la prévention, faut vraiment être dans le vrai, sans tabou et oser parler de tout. Et s’il réussit à atteindre ce niveau-là, je pense que c’est vraiment très bien.

Sandra : Quand vous faites les interventions, est-ce qu’il y a un vrai échange avec les élèves ? Quelles questions reviennent ? Est-ce que c’est le même type de questions auxquelles est confronté François Blais ?

Tina : La dernière partie de l’intervention ce sont des questions des élèves. Nous on est à deux ou trois personnes à témoigner. Il y a un groupe d’environ 10 à 15 personnes qui sont partantes pour témoigner, avec bien sûr des histoires toutes très différentes. On y va à deux ou à trois. Après, il y a les questions de la salle. On fait passer un chapeau où les jeunes peuvent mettre les questions, les noter sur un papier, les mettre dans un chapeau, après on lit les questions. Du coup c’est anonyme. Des questions que les jeunes ne posent pas parce qu’ils ont peur devant les autres jeunes de poser ces questions. Il y a des questions qui peuvent même être difficile pour les témoignants : « est-ce que vous allez mourir bientôt ? ». Ils ne comprennent pas vraiment bien, il y en a qui pensent que la pilule protège du VIH. Il y en a qui pensent que le mariage protège du VIH. Et puis aussi, ce que disait François du Québec, quand on arrive on est en pleine forme, on n’a pas l’air malade, on n’a pas “l’air séropositif”, entre guillemet l’image qu’on s’en fait. C’est déjà ça qui souvent interpelle les jeunes. Ils comprennent qu’effectivement, en fait ils se reconnaissent un peu en nous et en disant voilà, ok j’ai compris que ça peut vraiment concerner tout le monde, pas seulement les homosexuels. Certains pensent encore que ce ne sont que les homosexuels qui sont concernés ou bien que les africains. Ce sont des messages un peu pour essayer de balayer les fausses idées.

Sandra : Concernant le budget, François Blais disait que lui, la prévention au Canada ce n’est pas prioritaire. Du coup il a un maigre budget par rapport à d’autres grosses associations. Est-ce que pour le projet Madeleine il y a un budget important ?

Tina : C’est quasiment rien du tout. Comme pas mal de projets, on fait avec notre volonté militante et puis c’est tout. Le projet Madeleine il existe depuis 3 ans il me semble. C’est la première fois qu’on a reçu un maigre, tout petit financement, vraiment de rien du tout, du Conseil régional d’lle-de-France. On fait ça vraiment avec la volonté militante et bénévole des membres de l’association.

Sandra : Jacques Gasnault, je sais que vous n’êtes pas venu pour parler sur ce sujet mais simplement, est-ce que je peux vous demander quand même ce que vous pensez de ce type d’initiative, que ce soit pour le Comité des familles, une association créée et gérée pour et par des familles concernées par le VIH, avec le projet Madeleine ou donc que ce soit avec l’initiative de François Blais qui fait ça au Québec.

Jacques Gasnault : Très important de travailler auprès du public au sens large, que ce soient des jeunes, mais aussi des moins jeunes. La population à laquelle je suis confronté c’est plutôt des moins jeunes. Pour essayer d’apporter des informations de bases, de faire de l’éducation. Alors nous, on fait beaucoup d’éducation thérapeutique, mais l’éducation à la prévention, l’éducation à la connaissance, les connaissances de base. Sur les choses que je viens d’entendre, il y a manifestement beaucoup d’idées fausses qui circulent, qui imprègnent. Donc tout ce qui peut améliorer la connaissance c’est très important parce que ça va aider bien sûr les jeunes à avoir les bonnes démarches de prévention. Donc moi je pense que c’est fondamentale.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE Correction : Selma MIHOUBI