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Benlama Bouchaïb | Hommes séropositifs | Les médias parlent des familles vivant avec le VIH | Réseau national des correspondants du Comité des familles

Nom de code : Ben de Valenciennes, militant pour l’avenir en (séro)positif

1er juin 2012 (La Voix du Nord)

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Un fin foulard noué autour du cou protège une gorge d’où s’échappe une voix, vacillante. Mais du visage scintille un sourire, espiègle et charmeur. Voilà Ben. De Valenciennes. (séro) positif éternel très actif au sein d’un collectif de personnes vivant avec le VIH.

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par Marion Wattiaux (Valenciennes)

« Comment concevoir l’avenir avec un traitement, comment se réapproprier son environnement après tant d’années dans la peur de partir ? Il faut militer dans la vie de tous les jours, se rapprocher des gens et participer à des actions collectives. » Ben est un des dix correspondants du « Comité des familles pour survivre au sida ». Il est « Ben de Valenciennes », témoigne et part à la rencontre des personnes malades. Dans la rue, il approche SDF et toxicomanes. « J’essaie de les amener à parler et les oriente vers les dispositifs locaux, raconte-t-il. L’important est de sortir de chez soi. »

Né à Valenciennes en 1963, Ben est issu d’une « d’équipe de foot avec les remplaçants » : il est le deuxième des douze enfants d’un père Marocain, ancien tirailleur, devenu mineur puis ouvrier à Condé. Au collège de Vieux-Condé, délégué de classe, il se forme à ses « premiers actes militants ». Entouré de gens touchés par des « restructurations minières et des fermetures d’usines », l’enfant comprend que « c’est dans l’entraide que l’on peut s’en sortir ». Plus tard, il part en vadrouille autour du monde, travaille dans l’aviation ou l’imprimerie. Et puis, début 1990, « par hasard », Ben apprend qu’il est porteur du VIH. Et refuse le diagnos- tic. « On m’avait condamné à mourir et ce n’était pas possible, se souviennent ses grands yeux noirs. J’aimais juste les femmes et les voyages ! » Mais la santé se dégrade. « Remis sur pied » à Nice puis Valenciennes, il reprend le boulot sur un chantier et décide d’être franc : « J’ai parlé de ma maladie au patron et il m’a licencié. C’est là que j’ai compris qu’il n’était pas possible de vivre ça. J’allais l’exposer sur la place publique. » Pour lui, les autres, et les familles.

Avec la sienne, « ça été dur au début ». Père de deux filles, « séronégatives », Ben veut briser cette « culture du secret » qui « tue une famille ». Alors Ben commence par participer à la mise en place de l’association « Aids et nous ». Les hôpitaux de Valenciennes et Tourcoing, « des notables, des politiques et des anonymes » se mobilisent avec lui. Son combat : témoigner, conseiller, alerter.

Surtout « lorsque la trithérapie est arrivée, avec une baisse de la vigilance et du militantisme ». Ben reconnaît aujourd’hui « de grandes avancées » mais espère que chacun a conscience « qu’elles sont toujours fragiles ». De Lille à Saint- Omer en passant par Paris, il anime des formations dans des écoles d’éducateurs, d’infirmiers, des centres sociaux ou à la Ferme du Major de Raismes. « En discutant avec des travailleurs sociaux, je me suis dit que professionnels et malades militants n’ont pas la même grille de lecture. Or, il faut agir d’égal à égal. » Être partenaire dans la lutte contre la maladie.

Avec le centre de prévention santé, les médecins traitants, le service dermatologie de l’hôpital ou le GREID (Drogue info service), « Valenciennes est un très bon exemple de prise en charge mais qu’il faut toujours améliorer ».

Chaque jour, Ben s’attache, avec ses compagnons militants, à « améliorer l’animation du réseau et des groupes de réflexion entre professionnels et malades ». Ils auto-financent leurs actions et ne veulent pas d’un local. « On se déplace, on ne veut pas créer un ghetto. »

Ben prépare même un « projet Maroc » avec L’association du jour de Casablanca. L’idée est « d’échanger sur les stratégies et créer un outil commun des expériences d’ici et de là-bas ». Comme une vidéo, dont Ben ferait un moyen de prévention dans les écoles ou les centres sociaux, pour « permettre la pérennité du message et trouver des relais ». Dans quelques mois, Ben ira leur apporter des fauteuils roulants, issus de « dons anonymes ». En attendant, Ben est en train d’écrire son histoire. Quand il a le temps.

Pour contacter Ben : benlamabouchaib@hotmail.fr

ZOOM : Un Comité des familles

Ben de Valenciennes est un des dix correspondants - celui du Nord - Pas-de-Calais, de ce Co- mité parisien, créé en 2002. À l’origine, le « Comité des familles maghrébines et africaines solidaires pour survivre au sida » est né d’un rassemblement de familles de la région parisienne, révoltées contre le silence et la solitude des séropositifs issus de l’immigration.

Aujourd’hui, le Comité se veut accueillir toutes personnes malades et leurs proches qui souhaitent se mobiliser.

Le site : papamamanbebe.net

PAR MARION WATTIAUX