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Guérir de l’hépatite C : Deux papas co-infectés VIH/VHC et un hépatologue pour en parler

31 mai 2012 (papamamanbebe.net)

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Sandra : Eradication du VHC ? On va en discuté avec Jean-Michel Pawlotsky. Vous travaillez à l’hôpital Henri Mondor à Créteil. Pouvez-vous dire aux auditeurs de l’émission Survivre au sida, qu’est-ce que vous faites précisément, quelle est votre fonction là-bas ?

Jean-Michel Pawlotsky : Alors je suis professeur de virologie. Je suis de formation hépatologue, c’est-à-dire spécialiste des maladies du foie. J’ai monté à l’hôpital Henri Mondor de Créteil un groupe de recherche sur l’hépatite C et sur l’hépatite B également, qui est un groupe à la fois clinique, où nous faisons des essais thérapeutiques chez des malades mono-infectés et avec la collaboration de nos collègues d’immunologie, chez les malades co-infectés, et puis une recherche fondamentale sur le virus et en particulier sur le développement de nouvelles approches thérapeutiques, et un petit peu maintenant sur les aspects de cancérogénèse, c’est-à-dire comment le virus de l’hépatite C au fil du temps va être à l’origine du développement du cancer du foie.

Sandra : Alors, avant de commencer la discussion, je voudrais demander à Ali et Yann et peut-être une autre personne si elle veut, de raconter, parce que dans votre présentation vous avez dit que vous étiez concernés aussi par l’hépatite C, dire simplement comment vous vivez avec cette co-infection, en quelques mots.

Ali : Moi c’est compliqué et simple à la fois, à savoir que j’ai eu, comme je disais en rigolant, le tiercé dans l’ordre en l’espace de 2 ans. Hépatite B en 1981, la co-infection VIH/VHC bien que les premiers en 1985, les tests ELISA sont apparus malgré tout, ce serait trop long d’expliquer que je sais que j’ai été contaminé en me piquant puisque j’étais usager de drogues par voie intraveineuse et que j’ai été co-infecté VIH/VHC en 1983. En ce qui concerne l’hépatite B, il y a eu rémission. Je n’ai pas été traité. Il y a eu rémission voilà en quelques semaines, voire en quelques mois. Quand les premiers traitements hépatiques sont apparus, puisque je ne prends pas de traitement mais je vais en prendre, mais je ne prends pas de traitement VIH, j’ai pris un premier traitement hépatique à Tenon suivi, pas par un infectiologue, mais comme vous, par un hépatologue qui m’a dit qu’en 6 mois l’affaire serait réglée. Génotype 3, pendant 6 mois je prendrais tant de gélules, la piqûre de pegasus durant 6 mois. J’ai pris le traitement sérieusement et régulièrement durant les 6 mois. J’en ai extrêmement souffert. Mais au bout de 6 mois il n’y a pas eu rémission. En 2005, j’avais changé, alors j’étais avec une infectiologue qui s’occupait de moi pour le VIH et le VHC. J’ai repris un protocole d’un an contre l’hépatite C. Alors on m’avait donné des chiffres. Pour les personnes co-infectées VIH/VHC, on m’avait dit que c’était du 50/50. Je me pose des questions à ce sujet puisque, quand je regarde autour de moi, ce serait plutôt du 20% mais bon. En ce qui me concerne, j’ai refait un traitement sérieusement durant un an. J’ai encore énormément souffert. On voulait me donner en supplément du traitement de l’hormone de croissance, voire de l’EPO, pour mieux encaisser entre guillemets le traitement. Sur les 4 derniers mois, on m’avait augmenté parce que c’était rébétol, je ne sais plus exactement la molécule mais j’avais commencé à quatre comprimés, et j’ai fini à six les quatre derniers mois. J’ai refusé de prendre l’hormone de croissance. Ça allait bien, c’était quasi-indétectable durant une certaine période. Au bout de 4 mois c’est là qu’on m’a proposé l’hormone de croissance : le virus était de nouveau détectable. Ensuite, il ne l’était plus, donc on a oublié l’hormone de croissance. J’ai continué le traitement à cheval sur 2005-2006 et six mois après, j’ai appris qu’il n’y avait pas eu rémission. Donc là, je vais prendre un traitement contre le VIH mais je me pose la question de savoir si je reprends un traitement durant un an, vu que je ne suis pas mazo, je n’ai pas envie de souffrir comme j’ai souffert par le passé, pour rien dirais-je.

Yann : Moi je l’ai appris quand je me suis marié, on nous a proposé de faire la syphilis qui se fait systématiquement pour un mariage. Après on nous a demandé, comme j’avais un médecin quand même un petit peu plus pointu que certains, donc il m’a dit est-ce que vous voulez faire le VIH ? Avec ma future épouse on a dit oui. Et au résultat, elle, elle était négative, moi séropositif pour le VHC et le VIH. Donc après, effectivement, l’histoire c’était de se faire suivre régulièrement. Donc j’ai connu la ponction du foie qui ne se fait quasiment plus maintenant grâce au FibroScan ou au test du sang, qui s’appelle comment docteur je ne sais plus ?

Jean-Michel Pawlotsky et Sandra : Fibrotest.

Yann : Fibrotest voilà. Donc à l’émission vous avez pu entendre quand avec Sandra la journaliste, on a pu visiter l’hôpital Saint-Antoine où j’ai fait mon FibroScan. Donc c’est un suivi régulier. Hors de question pour moi de me faire traiter tant que l’interféron existe et qu’il n’y a pas de molécule qui sont avec beaucoup moins d’effets indésirables parce qu’effectivement, autour avec les années de sida que j’ai, j’ai quand même beaucoup d’amis, de personnes que je connais qui ont pris ce traitement. Et je suis tout à fait d’accord avec Ali, le pourcentage de réussite est plus de 30% que de 50 comme on nous le vendait à une époque. Donc je sais par le biais de mon frère, qui lui aussi est touché, et par le biais de mon médecin, Odile Picard, qu’il y a des nouvelles molécules. On a reçu la semaine dernière le médecin qui disait que ça avance bien et puis là on va en savoir encore un petit plus. Donc je suis patient, et franchement, je ne me sens pas assez costaud pour avoir des idées noires, perdre totalement ma libido, tous les inconvénients que donnent ces médicaments qui, effectivement, parfois soignent et c’est une merveille aussi.

Ali : On m’avait donné les chiffres, pour les personnes co-infectées 50/50, et pour les personnes uniquement infectées par le VHC, on me parlait de 85, 90%.

Jean-Michel Pawlotsky : Il y a beaucoup de problèmes, beaucoup de questions qui ont été soulevées par les deux témoignages. Donc je ne sais si je pourrai tout couvrir mais en tout cas, je crois que le premier point qui est quand même important, c’est que l’infection par le virus de l’hépatite C est une infection curable. C’est-à-dire qu’on la guérit. Lorsqu’on est guéri, on est guéri. On n’a plus de virus. Le VIH on le contrôle, on ne le guérit pas. Le virus de l’hépatite B on le contrôle, on ne le guérit pas. Ce virus-là, on le guérit. Donc déjà 10% de guérison c’est beaucoup mieux que ce qu’on fait pour le VIH. Alors, je suis d’accord avec vous sur les statistiques. Moi j’ai un problème avec les statistiques parce qu’elles sont fabriquées sur de grands nombres. Elles nous aident beaucoup dans la définition de ce qui peut être proposé aux malades. Mais pour un malade individuel, c’est toujours 50/50. C’est-à-dire que quelque soit le chiffre dans la population, c’est soit je vais guérir, soit je ne vais pas guérir. Donc je pense que ces chiffres qu’on donne qui sont vrais, qui sont faux, qui viennent en général d’essais cliniques, et qui ne sont pas forcément applicables au cas individuel du patient qui est en face de nous, ne sont pas forcément une aide. Sauf s’ils sont très bons pour vraiment motiver la personne pour recevoir son traitement.

Alors est-ce qu’il faut être traité ou ne pas être traité ? Moi j’ai été marqué quand même lorsque l’on a vu apparaître les premiers traitements efficaces contre le VIH, par le fait que le problème du VIH était en train de se résoudre. En tout cas les malades ne mourraient plus du VIH. Et on a vu énormément de patients développer des manifestations très sévères dûes à l’hépatite C. Des cirrhoses, des cirrhoses décompensées, des cancers du foie. Et on a eu un petit moment de battement comme ça où on se disait : ah ça y est, on est en train de résoudre le problème du VIH. Et on n’avait pas pris conscience que 30% des malades HIV étaient co-infectés par le VHC, qu’un nombre important d’entre-eux avait des hépatopathies sévères. On a vu des décès en nombres extrêmement importants avant la prise de conscience qu’il fallait s’occuper du foie de ces malades.

Yann : On est juste après les trithérapies, en 1995, à peu près ?

Jean-Michel Pawlotsky : Voilà. C’est-à-dire qu’on voit arriver les trithérapies. Moi j’étais interne dans les années 80, donc j’ai vu ces jeunes hommes qui mourraient par dizaines, c’était quelque chose d’absolument épouvantable pour nous également. Les traitements sont arrivés, le contrôle du virus, les miracles, ces gens ne meurent plus et on en a vu qui ont commencé à mourir du foie. Et je pense que c’est quand même quelque chose qu’il faut garder en tête, c’est qu’aujourd’hui, chez des patients qui sont bien équilibrés pour leur maladie VIH mais qui ont une co-infection par le virus de l’hépatite C, et qui vont avoir une maladie sévère, c’est-à-dire une cirrhose, il y a un risque de morbidité, de mortalité lié au foie. Donc c’est quelque chose qu’il faut prendre avec beaucoup de sérieux. Alors, après la décision thérapeutique, c’est comme toujours une décision qui se prend entre un malade et un médecin. Il faut que le médecin ait envie de traiter le malade, il faut que le malade ait envie d’être traité. Il faut que les deux aient de bonnes raisons de prendre une décision commune qui : est je traite ou je ne traite pas. Le traitement dont on dispose aujourd’hui, c’est essentiellement la combinaison d’interféron, c’est le traitement que vous avez reçu. L’interféron qui est administré par voie injectable et de ribavirine. C’est un traitement qui est, effectivement, grevé d’un certain nombre d’effets secondaires. Ce n’est pas marrant. Mais ça guérit des gens. Et je pense que l’indication qui vous a été faite en tout cas, 6 mois de traitement pour un génotype 3, c’est une bonne indication. Un retraitement d’un an, c’est une bonne indication. Maintenant, comme je le disais tout à l’heure, c’est 50/50 pour un individu. C’est-à-dire, je guéris ou je ne guéris pas. Si je guéris, je suis content. Si je ne guéris, pas je pense que le traitement a des effets secondaires, n’a pas été efficace etc.

Ali : 50/50 c’était pour les personnes co-infectées...

Jean-Michel Pawlotsky : Non, non j’entends bien.

Ali : Et 85% pour les personnes... donc ça valait le coup de souffrir entre guillemets à cette époque-là. Il y avait plus de chances de rémission.

Jean-Michel Pawlotsky : Absolument.

Ali : Si je peux me permettre, les gens qui ont vu des améliorations vis-à-vis du VIH, j’en ai vu autour de moi comme vous dites, et qui ont vu leur charge virale baisser et leur CD4 augmenter. Mais qui prenaient des traitements hépatiques et qu’après, ont eu des complications hépatiques. Comme ce n’est pas quantifiable, est-ce que malgré tout on ne peut pas se poser la question de savoir si, comme tout médicament est nuisible plus ou moins au foie, les traitements, surtout de l’époque, les traitements VIH de l’époque, n’étaient pas nuisibles vis-à-vis de l’hépatite en l’occurrence sur le foie.

Jean-Michel Pawlotsky : Oui tout à fait. Il y a eu effectivement des toxicités hépatiques de certains médicaments du VIH qu’on connaît mieux maintenant, et on fait un petit plus attention chez les malades qui sont infectés par le virus de l’hépatite C. Je reviens à la nécessité de traitement. Je vous ai dit tout à l’heure que l’hépatite C, c’est une maladie curable. C’est l’infection qui est curable. C’est-à-dire qu’on peut guérir le virus mais lorsqu’on guérit le virus, lorsqu’on se débarrasse du virus, qu’il n’y a plus d’infection, le foie n’est pas toujours guérit. C’est-à-dire qu’il est important de traiter les malades le plus tôt possible, parce que si on traite les malades avant que la cirrhose se soit installée, et bien ces malades seront guéris de leur foie. En revanche, si on guérit une infection chez un malade qui a déjà une cirrhose, il n’y a pas de guérison de la maladie du foie, il y a un ralentissement de sa progression. C’est mieux bien sûr. Mais la maladie du foie va continuer à évoluer par elle-même avec des risques qui sont des risques, d’abord parce qu’il y a aussi des comorbidités, parce qu’on peut boire un petit peu d’alcool, enfin il faut vivre aussi. Donc on va rajouter des facteurs de risque. Et si on a échoué au niveau du traitement ou traité trop tard, même si on guérit la maladie infectieuse, on ne va pas guérir la maladie du foie. Ça, je pense que c’est quelque chose qui est important parce qu’il faut bien mettre en balance la guérison de l’infection qui, si elle est obtenue très tôt, va être une guérison définitive de tous les problèmes. Et la guérison de l’infection, si elle vient tard, qui va améliorer les choses mais ne va pas les résoudre complètement. Les patients qui ont une cirrhose vont rester à risque de décompensation de la cirrhose, donc de mortalité liée à la cirrhose elle-même, ou de développer un cancer du foie. Ils vont devoir être suivis de très près.

Alors au niveau des traitements, c’est vrai que ça dépend. Vous avez parlé tout à l’heure des génotypes. Ce sont les différents types de virus. Alors il y a en en tout 6 génotypes. Le plus fréquent, de très loin, qui représente 65%, c’est le génotype 1. En France, mais dans le monde également. Le génotype 3 est également assez fréquent. Il est présent chez 20% des gens. Le génotype 2 un petit peu et puis le génotype 4 c’est un génotype qui était peu fréquent et qui est en pleine explosion en Europe occidentale et en particulier, une grande partie des nouveaux cas qu’on voit spécifiquement chez les usagers de drogues par voie veineuse, aujourd’hui sont infectés par le génotype 4. Donc il y a une espèce de génotype 4 qui est en train de monter partout en Europe occidentale. Pour l’ensemble de ces génotypes, on traitait par interféron et ribavirine. C’est tout ce qu’on a eu pendant 10 ans. On a quand même guéri beaucoup de gens. Il faut savoir qu’en France, pas simplement chez les co-infectés mais de façon globale, on a identifié à peu près la moitié des malades infectés dans le pays. On a traité la moitié de ces malades qui ont été identifiés. On en a guéri la moitié. Alors vous allez me dire à la fin, on a guéri que 12 à 15% de l’ensemble des malades qui ont le VHC en France. Mais c’est énorme.

Yann : C’est énorme oui.

Jean-Michel Pawlotsky : C’est le pays champion du monde. C’est ce qu’on a fait de mieux. Alors il y a aujourd’hui un nouveau traitement qui est arrivé qui n’est pas vraiment un nouveau traitement. C’est toujours de l’interféron et de la ribavirine mais qu’on associe à un inhibiteur de protéase soit le télaprévir soir le bocéprévir. Et c’est spécifiquement pour les malades infectés par le virus de génotype 1. C’est un traitement qu’on a attendu énormément, que les malades ont attendu avec beaucoup d’impatience qui nous déçoit un peu. Pas pour ces résultats, c’est vrai qu’on gagne chez le malade mono-infecté VHC 25 à 30% de guérison. Chez le malade co-infecté, probablement à peu près la même chose, c’est-à-dire qu’on va avoir des taux de guérison, des taux qui seront un peu inférieurs aux malades mono-infectés, mais enfin on gagne beaucoup. Mais les effets secondaires de ce traitement sont extrêmement sévères. C’est-à-dire qu’on a les effets secondaires de l’interféron et de la ribavirine, plus les effets secondaires supplémentaires qui sont importés par l’inhibiteur de protéase. Et c’est vrai qu’il y a une petite désillusion avec ces traitements. C’est plutôt bien toléré chez des gens qui sont faciles à traiter, qui vont guérir souvent mais qui n’ont pas forcément d’indication à un traitement urgent. Et plutôt très mal toléré et avec des résultats décevants chez les malades les plus graves, les plus avancés, qui ont le plus besoin du traitement.

On attend, enfin moi je fais partie des gens qui attendent avec impatience la nouvelle génération de médicaments. Alors, comme vous me le disiez tout à l’heure en introduction, les choses vont très vite, elles vont très vite à notre niveau et jamais assez vite au niveau des malades. Parce qu’on voudrait que les médicaments soient là, tout de suite. Nous on sait bien qu’on voit des essais thérapeutiques qui sont en cours, mais que ces médicaments ne seront pas disponibles sur le marché avant trois ou quatre ans. Mais en tout cas nous avons vraiment bon espoir aujourd’hui que pour l’ensemble des génotypes de l’hépatite C, pour les malades qui sont mono-infectés ou co-infectés avec le VIH, on va pouvoir se débarrasser de l’interféron dans les trois à cinq ans qui viennent et offrir des traitements qui seront uniquement par voie orale, c’est-à-dire des antiviraux spécifiques qu’on va utiliser en combinaison, probablement toujours avec de la ribavirine parce que la ribavirine, c’est un espèce de médicament magique qui transforme une réponse antiviral en guérison. Mais enfin, il y a encore pas mal d’études à faire avant ça parce que ces médicaments, il faut savoir lesquels utiliser, comment les associer entre eux, comment gérer le problème des effets secondaires, on va se débarrasser des effets secondaires, et puis comment gérer les interactions médicamenteuses entre ces médicaments de l’hépatite C qu’on va donner en combinaison, et puis tous les autres médicaments que les malades prennent. Alors pour le malade co-infecté VIH, c’est un problème très important parce qu’il y a en général une trithérapie antirétroviral et on va rajouter deux, trois, quatre médicaments par voie orale qui vont certes, être très efficaces pour le virus de l’hépatite C, mais qui vont pouvoir poser les problèmes d’interactions médicamenteuses. C’est la raison pour laquelle ça va prendre un peu plus plus de temps qu’on le souhaiterait. Les médicaments sont disponibles, ils sont là, ils sont en essai thérapeutique, il y a encore beaucoup de question auxquelles il faut qu’on réponde. Pour les gens qui peuvent attendre c’est formidable, on va attendre et obtenir je pense des taux de guérison de l’infection très élevés. Pour les gens qui ne peuvent pas attendre il faut qu’on fasse avec ce qu’on a. Il faut donc qu’on traite avec l’interféron, la ribavirine et l’inhibiteur de protéase si on est malade, infecté par le génotype 1, avec les effets secondaires, avec un certain nombre de risques qu’on est obligé de prendre. Et c’est là qu’il est vraiment très important de balancer l’indication, très précisément, avec le patient.

Sandra : Anne Simon, qui est médecin à l’hôpital de la Pitié-Salpétrière avait parlé d’une avancée formidable concernant les traitements pour l’hépatite C, enfin les nouvelles molécules. Est-ce que vous confirmez ses propos ?

Jean-Michel Pawlotsky : Absolument c’est une avancée formidable mais c’est ce que je disais tout à l’heure, elle est formidable pour nous parce que ça va beaucoup plus vite qu’on ne l’a imaginé. Il y a encore un an, je pensais que ça mettrait beaucoup plus longtemps, qu’on aurait encore de l’interféron très longtemps. On a eu le congrès de l’hépatologie européen avec 9 500 personnes à Barcelone il y a un mois. On a vu les résultats avancer. Donc oui il y a une avancée formidable, ça va beaucoup plus vite qu’on pouvait le penser. Mais à l’échelon individuel du malade qui est tout seul et qui attend de pouvoir bénéficier de ces traitements, c’est lent par rapport à l’avancée extraordinaire. C’est-à-dire qu’il y a des étapes techniques, des étapes de régulation. On ne peut pas mettre comme ça sur le marché des médicaments n’importe comment. Donc toutes ces étapes font que ce n’est pas disponible tout de suite. La solution pour bénéficier de ces nouveaux traitements en général aujourd’hui c’est de rentrer dans des essais thérapeutiques. C’est-à-dire d’aller dans les centres spécialisés et de pouvoir en bénéficier. Mais alors là, il y a généralement tirage au sort et on n’est pas sûr à 100% d’en bénéficier. Tout le monde n’est pas forcément, on n’a pas forcément envie d’être dans un essai thérapeutique. Ce sont ces essais qui font avancer les choses qui vont, on l’espère, nous permettre d’amener sur le marché ces molécules le plus vite possible. Donc oui avancée formidable, beaucoup plus rapide qu’on aurait pu le penser mais il faut encore attendre quelques mois, quelques années pour que ces solutions soient disponibles pour tout le monde.

Yann : C’est formidable parce que c’est vrai qu’il y a peu, dans la science, peu de maladies comme ça où on arrive à avoir des réponses si rapidement sur des dizaines, vingtaine d’années. Donc oui c’est vrai que pour ceux qui peuvent attendre, je crois que ça vaut peut-être le coup de patienter, et puis après pour les autres, quand il faut y aller, faut y aller quoi.

Jean-Michel Pawlotsky : C’est difficile d’expliquer ça aux malades parce que pendant des années, on leur a dit, on va attendre les nouvelles molécules, la première génération, donc on ne va pas vous traiter tout de suite avec l’interféron et la ribavirine, il y a les inhibiteurs de protéases qui arrivent. Puis aujourd’hui, pour des raisons que je vous ai indiquées, on commence de plus en plus à dire à des gens, écoutez c’est bien ces inhibiteurs de protéases mais enfin ce n’est pas encore parfait, donc on va peut-être attendre un peu plus la génération suivante. C’est vrai que c’est difficile à expliquer. La tolérance, c’est important. C’est-à-dire qu’on doit aller vers la guérison absolument chez les gens qui ont un besoin urgent d’être traités. À partir du moment où il n’y a pas d’urgence absolue à la thérapeutique et que le patient peut attendre deux ou trois ans, je pense que ça vaut vraiment le coup d’attendre les nouveaux traitements. Encore une fois c’est une décision individuelle entre un médecin et un malade autour d’un cas qui est spécifique. On ne peut jamais en médecine faire de généralisation. C’est pour ça que les pourcentages, bon les pourcentages ils nous donnent une indication générale mais pour un malade donné, le pourcentage, c’est il va guérir ou il ne va pas guérir. C’est comme ça.

Zina : Moi ce que j’aimerai savoir c’est quels sont les effets secondaires de l’inhibiteur de protéase ?

Jean-Michel Pawlotsky : Alors il y a deux inhibiteurs de protéases. Il y en a un qui donne des effets secondaires cutanés. Les malades ont des rash, c’est-à-dire des irruptions cutanées qui peuvent être bénignes et qui répondent très bien à un traitement par des corticoïdes en pommade. Mais il y a des formes graves, ce n’est pas souvent mais il y a eu quelques formes vraiment très sévères qui ont été rapportées. Et le deuxième effet secondaire de ce médicament, c’est l’anémie qui vient se rajouter à l’anémie qui est liée à la ribavirine. Donc on se retrouve avec la combinaison avec des anémies qui sont relativement sévères, et l’autre médicament n’a pas les effets secondaires cutanés mais il a l’anémie. Et en France nous avons, avec l’ANRS qui est l’Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales, mené une étude de cohorte dans un programme d’accès anticipé de malades cirrhotiques qui ont pu bénéficier de ces traitements. Et on a été stupéfait de découvrir qu’avec les deux molécules, l’anémie, qui était un problème dans les essais cliniques mais qui paraissait n’être pas insurmontable, était un problème majeur chez les malades cirrhotiques. Le traitement des cirrhotiques avec ces nouveaux inhibiteurs implique que les malades soient très bien suivis, qu’ils soient vus toutes les semaines. On a dû transfuser un nombre important de malades et ils ne répondent pas bien à l’EPO, à la érythropoïétine en général parce qu’ils sont cirrhotiques, leur moelle osseusse ne fonctionne pas. Donc ce sont des effets secondaires qui ne sont pas faciles à gérer. Quand ça vaut la peine, il faut y aller. Mais chez le patient cirrhotique et chez le patient co-infecté, il y a beaucoup de malades qui ont une cirrhose, ce sont des médicaments qui ne sont pas simples à manier.

Zina : Est-ce qu’un foie nécrosé est automatiquement cirrhotique ?

Jean-Michel Pawlotsky : Non. La nécrose c’est la destruction des cellules du foie, du processus qui va déclencher la fibrogénèse c’est-à-dire la fabrication de fibres dans le foie. Cette fabrication de fibres va faire que le foie va être de plus en plus fibreux, et en fait, ce qui fait la cirrhose, ce sont les fibres. C’est un foie qui est très fibreux, qui est rempli de fibres et, entre les travées fibreuses, il y a des nodules de régénération. Le foie essaye de se régénérer mais il est complètement corseté par l’extension de la fibrose. Donc avoir de la nécrose, avoir de l’inflammation, toutes les hépatites chroniques C en nom, mais c’est la conséquence de l’inflammation au long cours qui va faire que la fibrose va se mettre en place, qu’elle va être de plus en plus importante et qu’à un moment, le patient va basculer en général au bout de 20, 25 ans d’évolution de la maladie vers le stade de cirrhose, qui lui est un stade irréversible.

Tina : Par rapport à ce nouveau traitement sans interféron, à combien on estime le taux de réussite pour les personnes, soit co-infectées ou mono-infectées par l’hépatite C ? Donc le taux de réussite de guérir de l’hépatite C, et quels pourraient être les effets secondaires même, s’il y en a beaucoup moins, à quoi ça pourrait ressembler ?

Jean-Michel Pawlotsky : Alors les effets secondaires, le problème, c’est qu’il y a aujourd’hui énormément de molécules qui sont à l’essai. Donc on ne sait pas exactement lesquelles vont être retenues in fine pour arriver sur le marché. En tout cas, il faudra qu’elles aient le moins d’effets secondaires possibles, ça c’est certain. Il n’y a que les grands nombres qui permettent de montrer les effets secondaires. Aujourd’hui, on est sur une petite série. Donc bon, en général, on nous dit toujours que c’est très bien toléré parce qu’il y a 20, 25 malades qui ont été traités. Les vrais problèmes, on les voit quand on a plusieurs centaines de malades qui sont traités. Donc ça, on va le savoir plus tard. La tolérance va être un élément, je pense, crucial parce qu’il y a compétition entre les molécules, parce qu’il y a une offre qui est très importante. Et donc, pourquoi utiliser des médicaments mal tolérés si on peut utiliser des médicaments bien tolérés. Sur la question de l’efficacité, moi je suis très optimiste. C’est une maladie qui est facile à guérir, si on utilise des bons outils, on doit arriver à des taux de guérison très élevés. C’est-à-dire chez des malades bien observants, sur la durée et la durée très importante, c’est là-dessus qu’il va falloir travailler dans les mois qui viennent, c’est quelle durée pour quel malade. Mais si les malades reçoivent la durée du traitement dont ils ont besoin, et probablement les co-infectés auront besoin de plus longtemps que les mono-infectés, certains génotypes de plus longtemps que d’autres, on va arriver à des taux de guérison de plus de 90%. Donc encore une fois, l’éradication de l’infection est un objectif qui est relativement simple en théorie. Ce qu’il faut, c’est trouver les outils. On voit que les outils sont là, qu’ils existent et maintenant il faut qu’on trouve la méthode. C’est-à-dire la meilleure méthode pour combiner ces outils, les appliquer et faire en sorte qu’on arrive à ces taux de guérison chez tout le monde. Aujourd’hui, chez les malades faciles à traiter, on a des études qui montrent, génotype 3, mono-infecté, jeune, bien sélectionné pour un essai, 100% de guérison. On sait très bien que quand on va commencer à s’attaquer à un malade plus âgé, HIV co-infecté, cirrhotique, on ne va pas guérir tout le monde en douze semaines. Il va falloir probablement utiliser plus de molécules, voire un traitement plus long. Il faut qu’on raffine ça. Mais moi, je suis extrêmement optimiste sur l’évolution des choses. Vous disiez tout à l’heure, c’est incroyable que les choses aient été si vite, c’est un virus qui a été découvert en 1989. Donc c’est 20 ans d’histoire. Nous sommes aidés par le fait qu’il y ait un gros marché en fait. Donc l’industrie pharmaceutique.

Yann : Les laboratoires sont derrières bien sûr.

Jean-Michel Pawlotsky : Les laboratoires pharmaceutiques, parce qu’il y a un énorme marché, sont derrières. Si c’était une maladie plus confidentielle, on aurait plus de mal. Mais c’est vraiment très intéressant.

Ali : Les premiers traitements, puisqu’il y a eu beaucoup de contaminations au début des années 90. En l’occurrence ce sont les usagers de drogues par voie intra-veineuse. Moi en ce qui me concerne dans mon entourage, beaucoup de gens ont été co-infectés sachant que le VHC n’est pas une IST (Infection sexuellement transmissible). A cette époque-là, les traitements n’existaient pas. Donc je ne me rappelle pas exactement en quelle année les premiers traitements sont apparus. Et maintenant qu’est-ce qui est proposé de différent par rapport à 2002 et 2005 ?

Jean-Michel Pawlotsky : L’histoire du traitement, elle est assez simple. Quand j’ai commencé à travailler sur l’hépatite C, c’est-à-dire au tout début du démarrage, j’étais interne. On a démarré quand le virus a été identifié. Il y avait un traitement qui était l’interféron et pas l’interféron pégylé, l’interféron standard, qu’on injectait 6 mois et trois fois par semaine. Le taux de guérison à l’époque, c’était 6%. Après, la ribavirine est arrivée, ça a fait un bond. Puis l’interféron pégylé est monté. Aujourd’hui on a pour les malades de génotype 1, qui est donc le plus difficile à traiter, dans les essais thérapeutiques, j’insiste sur le fait que ce soit dans les essais thérapeutiques parce que dans la vraie vie, c’est toujours un peu moins. Mais on est à 70, 75% de guérison. Donc les progrès ont été considérables. Comme je le disais tout à l’heure, il faut travailler sur la tolérance, il faut travailler sur la durée, il faut travailler sur le cocktail de médicaments. Mais vous voyez que c’est une montée exponentielle. On est parti de 6%, on traitait des gens, on en guérissait 6%. Puis on en a guéri 20%, puis on en a guéri 40%, 50%. Aujourd’hui, 75% de génotype 1, 80% à peu près de génotype 2, un peu moins pour les génotype 3. Voilà, on a fait des progrès qui sont considérables. Ce qui est important, c’est d’être capable de traiter tous les génotypes. Je vous ai dit que les nouveaux traitements qu’on a aujourd’hui, malgré leurs limitations qui ont des effets secondaires qui sont difficiles mais une bonne efficacité, c’est juste pour le génotype 1. Il faut qu’on s’occupe du génotype 2, du génotype 3, comme votre cas en fait, qui sont des génotypes 3. Un génotype a priori bon répondeur mais qui finalement dans un cas particulier n’a pas bien répondu. Puis ce génotype 4, dont je vous parlais tout à l’heure, qui est préoccupant parce qu’il est en train de grimper.

Sandra : La discussion continue sur le site survivreausida.net

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE Correction : Selma MIHOUBI