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CROI 2012 : Des bonnes nouvelles pour les séropositifs

16 mai 2012 (papamamanbebe.net)

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Sandra : Anne Simon, vous êtes médecin à l’hôpital de la Pitié-Salpétrière. Vous avez assisté à la CROI 2012 qui s’est déroulée aux États-Unis, comme chaque année. Avant de savoir tout ce qui s’y est dit, pouvez-vous expliquer aux auditeurs de l’émission Survivre au sida de quoi s’agit-il ? Qu’est-ce que c’est la CROI ?

Anne Simon : Alors la CROI c’est un congrès sur les rétroviruses and opportunistic infections en anglais. C’est donc un congrès américain mais qui est devenu finalement un congrès mondial autour des avancées notamment scientifiques du traitement et de la compréhension de la maladie VIH.

Sandra : On a évoqué la CROI à l’émission. J’avais accompagné une personne à sa consultation, elle a été voir son infectiologue et puis son infectiologue lui a dit « j’ai assisté à la CROI ils ont parlé d’un nouveau traitement qui s’appelle le Quad, » et en fait il s’agirait d’une prise par jour. Est-ce que vous pouvez nous en dire plus là-dessus ?

Anne Simon : Le Quad, c’est un des éléments. C’est peut-être celui qui va venir en premier, c’est pour ça qu’on en parle beaucoup. Mais actuellement les traitements sont tous relativement efficaces. Finalement ce sur quoi on va gagner, c’est sur la facilité de prise et notamment la prise unique qui est quand même un élément extrêmement important notamment pour l’observance. Mais aussi pour la qualité de vie. Donc il y a ce Quad qui vient, mais il y en a plusieurs autres qui viennent derrière ou en même temps, avec des molécules plus ou moins identiques et qui seront donc un comprimé par jour à prendre. Et ça je pense que c’est un progrès énorme pour les personnes qui prennent des traitements tous les jours dont on a dit tout à l’heure que c’était compliqué.

Sandra : Ce comprimé regroupe trois molécules, c’est une trithérapie en fait ou c’est vraiment une nouveauté ?

Anne Simon : Non c’est une trithérapie en effet comme on avait avant l’Atripla. C’est le seul qui était sur le marché. Et là il y en a d’autres qui vont arriver. Donc à ma connaissance au moins trois qui vont arriver et qui sont en fait une combinaison de trois molécules dans un seul comprimé. Et c’est ça l’intérêt et le progrès puisqu’il s’agit quand même pour les pharmaciens, les pharmacologues, enfin les gens qui ont modifié les molécules, d’une prouesse technique qui est vraiment une avancée technique.

Sandra : Les effets de ces nouveaux traitements qui vont apparaître sont déjà connus ?

Anne Simon : Pour la plupart, oui, parce qu’il y a quelques molécules nouvelles. Notamment des nouvelles antigrases qui sont mises dans ses combinaisons, dont on sait pour la première qu’elle était extrêmement bien supportée. Donc probablement, on imagine, mais il faut aller plus loin et surveiller ces molécules, mais on imagine que ça pourrait être la même chose avec une bonne tolérance. Donc à la fois une prise facile et probablement une bonne tolérance.

Bruno : Je veux poser une question sur si on a déjà maintenant le recul sur les effets secondaires. Je connais deux personnes en fait qui prennent l’Atripla et il y a une personne ça fait pas si longtemps que ça et l’autre ça fait pas mal d’années qu’elle est atteinte du VIH. J’ai remarqué que les effets secondaires sont moindres. Il y a plus ce qui était, somnambulisme, de trucs vraiment incompréhensibles. Mais moi en tant que partenaire, je ressens quand même des effets secondaires où on doit être là et prendre sur nous.

Anne Simon : De toute façon tous les médicaments, quels qu’ils soient, même de l’aspirine, il y a des effets secondaires. Sinon, probablement que le médicament ne sert à rien. Donc bien évidemment qu’on regarde les effets secondaires, qu’on sera très vigilant par rapport à ceux-là. Mais il est vrai que plus ça va, et plus les molécules évoluent, et plus elles sont calibrées finalement dans les laboratoires, et pas seulement on regarde des plantes et puis on regarde laquelle est la mieux. Et donc du coup elles sont quand même ciselées pour avoir le moins d’effets secondaires. Alors il n’y aura jamais aucun effet secondaire. Ce n’est pas possible. On voit par exemple dans les traitements d’hypertension, il y a des multiples médicaments et tous ont des effets secondaires potentiels. Donc on ne pourra pas dire, il n’y aura jamais d’effets secondaires à un traitement mais en revanche on va vers une prise plus facile et probablement une tolérance bien meilleure que ce qu’on avait effectivement dans les années 90-96.

Yann : Concernant la co-infection, est-ce qu’il y a eu des avancées parce que j’ai ouïe dire qu’il y avait un nouveau traitement, alors je ne sais pas si c’est un remplacement de l’interféron ou en dédoublement mais est-ce que vous pouvez nous dire s’il y a de vraies avancées par rapport aux personnes co-infectées qui veulent se soigner d’une hépatite C, en sachant qu’autour de moi, les expériences que j’ai par certains amis ne me donnent pas absolument pas à ce jour, malgré que je devrais commencer à me faire traiter, envie de prendre un traitement dit classique. Ce qu’on nous propose actuellement pour l’hépatite C, parce que trop de personnes en échec, trop d’envies de noir, trop d’effets indésirables très fort.

Anne Simon : Sur les traitements de l’hépatite C pour le génotype 1 pour l’instant, uniquement. Vous savez qu’il y a quatre génotypes les plus répandus pour l’instant c’est uniquement pour les génotype 1. Mais néanmoins on assiste à une avancée formidable avec des nouvelles molécules qui pour l’instant se rajoutent à l’ancien traitement, donc l’interféron et la ribavirine. Mais qui sont quand même assez formidable probablement dans l’efficacité. Là, on n’a eu que des essais qui sont donc encore, notamment avec le Telaprévir, avec un petit nombre de patients. Mais il y avait eu des essais chez les patients mono-infectés qui semblent quand même corroborer que ces nouveaux traitements sont très efficaces. À la CROI, il y a eu un certain nombre d’études montrées, là encore sur un petit nombre de patients, mais avec des médicaments tellement efficaces qu’on pourrait probablement se passer au moins de l’interféron qui est le plus délétère dans les traitements de l’hépatite C. Mais actuellement j’utilise ces deux nouveaux médicaments-là qui ont été mis sur le marché en 2011 chez des patients qui n’avaient jamais répondu à un traitement et qui répondent au traitement. Alors pour l’instant ils sont encore en cours de traitement, on ne peut pas dire que ça va se maintenir mais néanmoins c’est quand même assez étonnant et bluffant sur l’efficacité de ces traitements qui sont très clairement, extrêmement mal tolérés mais quand on vise au bout une guérison, parce que pour l’hépatite C, c’est quand même une guérison, et bien je pense que le jeu en vaut la chandelle.

Sandra : À propos de l’éradication du VIH, est-ce qu’à la CROI il y a une piste qui est plus privilégiée ? On entend beaucoup, soit la recherche sur les réservoirs ou bien le vaccin.

Anne Simon : Pour l’éradication, faut rester quand même extrêmement prudent. On en a déjà parlé plusieurs fois et on s’est quand même fait avoir, très clairement. Donc là je crois que l’éradication, en tout cas moi je n’en parlerai pas. En revanche, effectivement, il y a des hypothèses de travail sur les réservoirs. On sait qu’une fois que le traitement a été donné, il reste des cellules assez dormantes qui ont une durée de vie très longue et qui restent avec du virus à l’intérieur. C’est celles-là qu’on voudrait aller chercher. Et donc il y a des hypothèses de travail. De les faire se réveiller et donc du coup de taper dessus, de les tuer ou d’aller chercher le virus à l’intérieur par le système immunitaire. Enfin, il y a eu un certains nombre de ces études-là qui sont assez encourageante, sur, et bien on arrive probablement à réveiller et à faire secréter du virus par ces cellules-là qui sont endormies et qui normalement seraient là indéfiniment et donc il y a un certain nombre de produits qui ont été utilisés chez des personnes volontaires. On a montré un certain nombre de signaux pour dire que peut-être on avait réussi à réveiller ces cellules et donc potentiellement, on pourra du coup avoir une action sur celles-là et du coup, éradiquer en tout cas un certain nombre de cellules dans ce réservoir. Le vaccin thérapeutique, je ne parle pas du vaccin chez les personnes séronégatives. Mais le vaccin chez les personnes séropositives, c’est un petit peu du même genre. C’est renforcer le système immunitaire pour essayer, là encore, d’aller chercher les cellules ou d’aller chercher des éléments pour permettre probablement pas l’éradication mais une vie sans traitement. C’est pour l’instant ce qui est visé. C’est-à-dire que la combinaison là encore, on a parlé de prévention combinée tout à l’heure, mais les traitements combinés pourraient permettre éventuellement, ça c’est dans nos fantasmes, mais à une personne séropositive soit d’alléger son traitement, soit de ne plus prendre le traitement pendant un temps.

Sandra : Anne Simon qu’est-ce que vous pensez de la piste de la thérapie génique ? On en a parlé à l’émission Survivre au sida, avec ce patient Timothy Ray Brown qui a été guéri du VIH. Il était atteint d’une leucémie et du VIH et aujourd’hui il n’a plus le VIH, ni la leucémie. Gero Hütter son médecin avait dit lors de la 5ème Rencontre des parents et futurs parents concernés par le VIH, il s’était avancé devant toutes ces familles, il avait dit « d’ici 20 à 30 ans, j’espère que nous aurons un traitement curatif contre le VIH. » Qu’en pensez-vous ?

Anne Simon : On peut toujours espérer mais après moi je ne dis pas 10 ans, 20 ans. Il y a un certain moment, en 1985, on nous avait annoncé le vaccin dans 10 ans. Je crois que là encore, il faut rester extrêmement prudent, ne pas s’avancer sur des dates comme ça, ça n’a pas de sens pour moi en tout cas. En revanche cette histoire extrêmement singulière quand même, un patient très particulier qui avait quand même une maladie grave, qui a eu un traitement extrêmement lourd, qui est extrêmement dangereux potentiellement mais qui est nécessaire pour sa maladie. C’est la première fois qu’on parle de guérison du VIH. Ça, c’est donc un élément extrêmement intéressant à creuser de façon à pouvoir comprendre. Enfin on a compris ce qui se passait mais effectivement, ses cellules réservoirs elles ont été enlevées dans les radiations corporelles totales. Et du coup, elles ne sont pas reparties puisqu’elles n’étaient plus là. Donc ces traitements-là sont évidemment impossibles à imaginer chez une personne séropositive qui n’a pas ces maladies hématologiques actuellement. Mais c’est une piste de travail. Là encore, comme on peut travailler sur les réservoirs, comme on peut travailler sur les vaccins thérapeutiques etc. C’est un élément très encourageant.

Yann : Certains médecins rappellent quand même que pour eux, il n’a pas disparu et il reste peut-être dans les viscères ou dans des parties cachées.

Anne Simon : Pourquoi pas mais on a un petit moment de recul quand même et c’est vrai qu’il n’est pas réapparu. Donc il est quand même probable soit qu’il ne soit plus là, soit qu’il soit tellement contrôlé par le système immunitaire qu’il ne sorte pas. Du coup c’est un petit peu la même chose. Il y a aussi un élément aussi qui a été montré au niveau de la CROI, mais il y a un certain nombre de, enfin c’est une étude française mais où on a montré que quand on avait traité extrêmement tôt des personnes au moment de la primo infection, tôt et assez fort, et bien là encore, même si le virus n’avait pas encore disparu, mais on pouvait permettre à ces personnes, là il y avait un recul de 6, 7 ans je crois, je ne me souviens plus exactement mais 6, 7 ans sans traitement. Parce qu’on les avait traitées tôt, très vite et donc du coup le réservoir, ce fameux réservoir était faible et donc du coup contrôlé par le système immunitaire. Donc c’est un peu la même chose pour cette personne. On a été encore plus loin puisqu’on a enlevé le virus, probablement quand même, enlevé le virus de ses cellules.

Bruno : La recherche sur le réservoir ça me donne autant d’espoir que quand on a eu l’annonce de l’avis suisse.

Anne Simon : Ah mais vous avez raison. Nous aussi ça nous donne de l’espoir. Ce que je ne veux pas faire c’est dire voilà c’est fait, parce que c’est loin d’être fait, parce que c’est très compliqué, très complexe. Je pense que si ce n’était pas si complexe que ça, on aurait trouvé depuis longtemps. Mais c’est vrai que là, pour moi ce congrès là récent, ça été le congrès où on peut commencer à comprendre, à imaginer qu’effectivement on pourrait avoir une action sur le réservoir et donc probablement avoir une action sur les traitements voir une action complète d’arrêt de traitement. Mais c’est loin d’être clair.

Tina : Qu’est-ce qu’il en est en France de la recherche ? Est-ce qu’elle arrive à bien travailler ? Lors de la 5ème Rencontre j’avais parlé à ce médecin, Gero Hutter qui est allemand comme moi et du coup je lui ai un peu posé des questions sur la recherche et il disait que, souvent, un des premiers freins c’est en fait effectivement l’argent pour faire les recherches. Et lui, comme il continue sur cette piste de la thérapie génique, il a dit là, comme il y a eu un coup de projecteur sur ce patient allemand, ça fait rentrer de l’argent, il y a des laboratoires, voilà. La recherche dans ce sens peut continuer et c’est pareil pour toutes les autres recherches. S’il y a des laboratoires qui veulent investir, la recherche avance et sinon en fait moins. Qu’est-ce qu’il en est d’après vous ?

Anne Simon : Moi je ne suis pas dans la recherche directement donc c’est difficile à répondre. Mais quand même, d’abord on n’a pas à rougir en France sur la recherche et sur la recherche fondamentale en particulier parce qu’on est quand même au même niveau que sur le plan international, on a vraiment un bon niveau. Alors après effectivement, l’argent est le nerf de la guerre. Je ne suis pas sûre qu’on puisse dire, notamment dans le VIH, peut-être un petit peu plus qu’il y a 10 ans par exemple mais qu’il manque d’argent. On a toujours l’Agence Nationale de Recherche sur le Sida qui a quand même de l’argent, qui le donne a des essais cliniques. Cette recherche par exemple de thérapie génique, elle n’est pas unique sur le VIH. Il y a des tas de recherches sur le cancer. Il y a eu un moment, c’était le VIH qui a servi au cancer là actuellement, c’est peut-être plutôt que le cancer qui va servir au VIH. Mais les choses, au niveau fondamental parfois sont superposables et donc du coup, on peut bénéficier des uns des autres et bien sûr que, on est dans une période de récession etc, l’argent ne coule pas à flot, mais je ne suis pas sûre qu’on puisse dire qu’il n’y a quand même pas assez d’argent. Il y a quand même de la recherche qui se fait, notamment en France et qui se fait à un bon niveau.

Sandra : CROI 2012, vous pouvez réagir sur le site survivreausida.net

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE Correction : Selma MIHOUBI