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Anne Bouferguène | Annonce de la séropositivité | Enfants concernés par le VIH | Femmes séropositives

Maman, pourquoi la maîtresse ne parle pas de ta maladie à l’école ?

10 mai 2012 (papamamanbebe.net)

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Sandra : Vous avez deux enfants. Comment est-ce qu’ils ont pris cette nouvelle, ce livre ? Est-ce vous aviez déjà annoncé votre séropositivité à vos enfants ? Comment ça s’est passé ?

Anne Bouferguène : Alors effectivement, au moment où le livre est sorti, mes enfants ignoraient la maladie de leur maman. Ils savaient que leur maman était malade puisque je m’étais arrêtée de travailler. Auparavant, ils ne savaient pas du tout que leur maman était malade. Et j’ai dû préparer ma fille, qui a bientôt 11 ans aujourd’hui, à cette vérité parce que j’ai considéré qu’il n’était pas normal de lui cacher quand le grand public, et peut-être même ses copines de l’école, ses copains d’école me verraient à la télé etc, puisque c’est comme ça que ça s’est produit. Donc j’ai expliqué à ma fille quelle était précisément la maladie de sa maman. Sa maman était porteuse du virus du Sida. Ce qu’était le Sida, d’où venait sa maman avec cette maladie, où elle en était aujourd’hui. Et le regard qui avait pu être porté par le passé parfois encore aujourd’hui face à cette maladie, qu’elle soit préparée éventuellement à ce regard-là aussi. Mais qu’elle sache le surmonter et en faire une force. Je dois dire que j’ai été très agréablement surprise des réactions de mes enfants et de ma famille, par des personnes du milieu scolaire on va dire, les parents, etc, qui ont été extrêmement à la fois pudiques, beaucoup de soutien et absolument pas, pas du tout d’exclusion. Je vous promets avoir eu peur jusqu’à la dernière minute. Comme quoi on est très formaté par cette peur qui se révèle parfois ne pas exister. J’avais peur qu’on me dise : « vos enfants ne pourront plus jouer avec mes enfants ». Vous voyez des peurs complètement... Mais qui se sont produites par le passé. On est là-dessus. Et puis, ma fille a compris cependant une chose : c’est que cette maladie est très différente. Elle sait que cette maladie n’est pas comme les autres parce qu’elle le sent dans la gêne des autres, dans le fait que cette maladie, elle n’en entende pas parler. C’est quand même parmi les maladies graves mais pourquoi on n’en entend pas parler ? « Pourquoi la maîtresse en classe quand on parle des maladies et qu’on parle des maladies graves, on ne parle pas de ta maladie maman ? ». Alors voilà, on explique. Je pense que mes enfants, je vais parler de mon plus jeune fils après, auront aussi à leur petite mesure et sans que je leur fasse une mission de cela mais sur la reconnaissance de la différence de cette maladie qui est une maladie comme toutes les maladies injustes. Ensuite mon plus jeune fils il a 7 ans. Forcément virus du sida, transmission sexuelle, ça ne veut rien dire pour lui aujourd’hui. Et donc je n’ai pas nommé la maladie mais je lui ai expliqué que j’avais un virus, que ce virus je ne pouvais pas en guérir aujourd’hui, que je n’étais plus en danger, que je l’avais été par le passé et que ça avait été très difficile. Et que mon livre était l’histoire finalement de mon parcours mais aussi de ma victoire, et que c’est quelque chose de très positif. Chez les jeunes enfants il ne faut pas non plus que ça devienne quelque chose d’anxiogène et ça l’est forcément. Ils ne peuvent pas se dire maman elle est malade, ça n’a l’air pas si simple que ça, et ne pas être anxiogène. Donc j’ai essayé de dire la vérité tout en les rassurant mais en disant les choses telles qu’elles sont. Je crois que pour le moment ne pas avoir trop mal réussi. Mon fils est très fier de savoir que je passe à la télé, que j’aille à la radio : « Alors maman, c’est quand la prochaine fois que tu vas à la radio ? ». Il en parle en famille : « Ouais maman elle va à la télé. On ne pourrait pas regarder ton émission maman ? » (rires). Lui, il est très décontracté avec ça. Ma fille vit parfois plus difficilement la situation parce qu’elle a beaucoup plus conscience de ce que ça veut dire. Pour une jeune fille comme elle, la sexualité commence à s’éveiller et donc c’est quelque chose qui la gêne. Et c’est ce qui gêne beaucoup de monde. Elle est gênée de cette notion de sexualité que sa maman dévoile aussi dans ce livre. Il y a une forme parfois effectivement de gêne. Mais je travaille avec elle voilà. Je suis là pour toutes ses questions, je suis là pour la rassurer. Je suis là pour lui expliquer aussi pourquoi je serai derrière elle jusqu’au bout (rires).

Francis : C’est très édifiant tout ça. Très édifiant.

Anne Bouferguène : Ce fut long. Ce fut très long.

Francis : Mais du côté des camarades des enfants, à l’école, il n’y a pas eu de réactions négatives ?

Anne Bouferguène : Non, absolument pas. La réaction ça a été les copines de ma fille qui m’avaient vues parce que je suis passée dans des émissions qui ont été pas mal vues. Le lendemain, des jeunes filles arrivaient à l’école en larmes en disant : « on a vu ta maman, c’est terrible ». Donc elles étaient très émues parce que les jeunes filles me connaissaient, les enfants me connaissaient parce que comme j’avais passé 18 mois à la maison, j’avais fait bien sûr toutes les sorties d’école etc. Donc il se trouvait que j’étais reconnue, alors que par le passé, je ne l’étais absolument pas. Et donc elles sont venues vers ma fille en disant : « mais c’est terrible ». J’avais préparé ma fille. Je lui ai dit : « Si ça se produit, qu’est-ce que tu penses faire ? - Oh bah je leur dirai que c’est bon quoi. » Elle m’a dit je leur ai dit : « Bien sûr que je savais que ma maman était passée à la télé, qu’elles ne me l’apprenaient pas et qu’on pouvait passer à autre chose ». Donc elle balaye ça en disant : « vos larmes vous les séchez, c’est mon affaire, je connais parfaitement la maladie de ma maman, vous ne m’apprenez rien et on passe à autre chose, ce n’est pas le sujet ici ». Elle a eu cette réaction et voilà. Vis-à-vis de mon petit garçon rien. Enfin, j’ai l’impression. Mais a priori rien.

Francis : En tout cas c’est une très bonne leçon pour nos membres du Comité des familles parce que parfois nous recevons des membres qui sont paniqués : comment faire, je ne peux pas le dire, dans mon milieu professionnel, dans ma famille, etc. Après il n’y a pas que moi, il y a toute la famille derrière moi et ainsi de suite. Voilà un bel exemple, un bon témoignage. C’est vrai qu’on ne peut pas claquer les situations. Chacun représente un cas particulier. Mais de vivre cela, d’entendre cela, ça peut servir, en tout cas à certains égards, aux uns et aux autres.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE Correction : Selma MIHOUBI

Voir aussi, la totalité de l’entretien d’Anne Bouferguène :

Anne Bouferguène, une maman séropositive réconciliée avec elle-même grâce à l’écriture

Avec le livre d’Anne Bouferguène, beaucoup ont découvert la possibilité de faire des enfants quand on est séropositif

Donner à l’association AIDES est-il un gage de sincérité ou d’ignorance ?

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