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Forum des auditeurs : Les souffrances et les peurs d’un homme séropositif

18 avril 2012 (papamamanbebe.net)

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Nous lisons à l’émission Survivre au sida du mardi 17 avril 2012, un message d’un auditeur :

« Au secours... Ma souffrance est grande !

Dans 2 jours je vais faire le demi siècle... il n’y a pour moi aucune raison de me réjouir, car je traverse des moments de panique, d’angoisse, de peur, de tristesse et autres humeurs négatives, ce qui rend actuellement ma vie pleine de souffrances et insupportable.

En Décembre 2007, suite à certaines pathologies, le diagnostic de ma séropositivité m’était révélé avec une charge 69 000 et CD4 249 et le docteur m’a persuadé de l’urgence de la trithérapie qui a commencé en février 2008. Je suis marié et père de 2 enfants et pour mon plus grand bonheur, ma femme avec qui je vis depuis 15 ans, est séronégative. Une nouvelle vie commence pour notre couple et ma femme qui nourrissait le projet d’un 3ème enfant ne voulait même plus en entendre parler. Pendant les premiers 6 à 8 mois de ma trithérapie, elle avait fait preuve de compassion, compréhension, soutien et autres bons sentiments à mon égard. Puis après, salut les dégâts : froideurs, agressivités, libertés, des « chacun pour soi, dieu pour tous », manque d’affection, mauvaise qualité de vie sexuelle font partie du lot quotidien de notre vie de couple. Nos enfants en souffrent, j’en souffre, et sûrement aussi ma femme. J’avais dû avoir recours à la psychothérapie qui m’a beaucoup aidé. Ma femme ne voudrait même pas en entendre parler. Entre temps ma trithérapie marche, mes CD4 800, mes charges virales flottent entre 100, 60, 40, et 20.

Lorsque mes charges virales étaient inférieures à 20, mon docteur m’avait dit qu’en fait nous n’avions plus besoin de préservatif, ce que ma femme a catégoriquement rejeté. J’avais mis du temps pour pouvoir accepter qu’entre ma femme et moi, cela ne marche et ne marchera plus. Il m’était arrivé de tomber amoureux d’une autre femme.... Grâce à elle, je me sens avoir repris goût à la vie, je sens la vie, et l’espoir et la joie de vivre me revient. Seulement, j’ai commis la grande erreur de ne pas lui révéler ma séropositivité. Naturellement nous couchons ensemble sans préservatif, et mon plus grand malheur actuellement est que nous avons couché lorsque ma charge virale était à 103. J’en ai parlé au docteur, il a sursauté en me disant que j’ai infecté la femme. Voilà mes souffrances, mes paniques, soucis et malheurs. Que me réserve la vie ? Que me réserve l’avenir ? Je n’en sais rien... Tout ce que je sais, c’est que j’aime cette femme. »

Sandra : Est-ce qu’il y a des réactions suite à ce message ?

Ali : Quand il pose la question que me réserve l’avenir, on n’est pas devin. Enfin il n’y en a pas à ma connaissance au Comité des familles. En revanche, la femme avec qui il a deux enfants, sa réaction sur le court ou moyen terme, les distances qu’ils ont pu prendre, autant physiquement que dans les relations de couples au quotidien. Bon, sa femme n’est pas contaminée, ses enfants ne le sont pas. Lui, il est malheureux d’un point de vue affectif. D’un autre côté, s’il a la possibilité, s’ils envisagent de se séparer et qu’il a une relation avec une autre femme mais qu’il ne lui en a pas parlé, il risque d’avoir, c’est la double lame quoi. La personne, le jour où il va lui déclarer, elle peut avoir la même réaction que sa femme. Soit lui dire d’emblée bon bah c’est fini ou alors lui dire bon bah ce n’est pas grave et puis peu de temps après changer d’avis. Donc déjà, le point le plus positif si on peut dire, sans faire de jeu de mot, c’est que 800 CD4 et une charge virale entre 20 et 100 et des poussières, faut pas qu’il dramatise. Faut que la femme aille faire un test de dépistage. J’espère et je pense qu’il ne l’a pas contaminée. Maintenant faut qu’il mette les choses avec elle à plat, que ce soit avec la mère des enfants ou avec sa maîtresse, je ne sais pas comment on peut l’appeler. Qu’il mette les choses à plat, et qu’il accepte les choses telles qu’elles le sont puisque ce n’est pas en étant démoralisé, même si ça ne se gère pas. C’est lui-même qui doit connaître les tenants et les aboutissants et puis prendre les décisions nécessaires même s’il doit traverser une période où il va se retrouver seul et ça va lui faire tout drôle quoi.

Greg : Excusez-moi, mais ma première réaction quand j’ai vu le message, j’étais choqué. Pas par le fait d’être séropositif mais pour moi le monsieur il manifeste un genre d’égoïsme. Si vous savez déjà que vous êtes séropositif, excusez-moi, si vous êtes malheureux avec ça, mais pourquoi vous allez prendre le risque de transmettre à quelqu’un d’autre ? Déjà, ce qui n’est pas dit dans cette discussion, il était avec quelqu’un depuis 15 ans, cette maladie ce n’était pas avec sa femme, c’était d’ailleurs. Mais en tout cas, ne panique pas. Il y a des solutions. Il faut vous renseigner. Mais en tout cas faut arrêter d’être égoïste. Excusez-moi, j’étais dans une relation l’année dernière avec une femme, ça n’a pas duré très longtemps mais à un moment donné, elle voulait qu’on fasse les relations sans protection mais attends, moi dans ma mentalité, moi je ne pouvais pas. Excusez-moi, non. Je ne peux pas vivre avec moi-même si je suis en train d’infecter les gens, prendre des risques comme ça. Excusez-moi monsieur mais il faut redescendre sur Terre. Il faut être un peu plus mature.

Ali : Oui, parce que vivre avec le VIH ce n’est pas évident mais savoir le fardeau, de savoir que tu as contaminé quelqu’un, pour moi, comme je l’ai dit, si j’avais la certitude que j’avais contaminé quelqu’un, une partenaire, je sais que je l’aurai mal vécu. Je ne serais plus de ce monde quoi. Ce serait encore plus lourd pour moi de contaminer une partenaire que de l’être moi-même.

Tina : Déjà je trouve qu’il a eu très raison quand il a vu que sa relation avec sa femme se passait mal, au lieu de subir, de se dire, bon bah je suis séropositif, je suis condamné à vivre ça, je dois accepter tout et n’importe quoi. De dire bon bah voilà, moi si ça ne se passe pas bien avec ma femme, je trouverai certainement du bonheur ailleurs. Je trouve que c’est très courageux et effectivement, ça a marché. Je vois beaucoup de personnes qui sont séropositives, malheureuses dans leur couple, et subir en disant, si je le quitte, est-ce que je vais en trouver un autre ? Donc voilà, déjà là-dessus, je suis contente pour lui qu’il ait trouvé le courage. Ensuite, je pense effectivement que ce n’est jamais idéal de ne pas annoncer relativement tôt à une personne qu’on est séropositif surtout quand on envisage d’avoir des rapports sans préservatif. Là, ça va être difficile pour lui de l’annoncer. Et pour elle ce sera peut-être plus compliqué de l’accepter parce qu’il y a ce problème de confiance. De se dire, ça fait je ne sais pas combien de temps qu’ils sont ensemble, et qu’il ne lui a pas dit, même s’il lui explique que le risque de contamination est extrêmement faible. J’en ai déjà entendu d’autres qui ont eu ce comportement, et il faut dire que sa charge virale, son médecin lui a quand même dit que sa charge virale était indétectable et qu’il pouvait avoir des relations sans préservatif avec sa femme. Apparemment sa charge virale est fluctuante, elle est remontée à 100, ce qui n’est pas du tout énorme. Le risque de contamination reste extrêmement faible. Mais il faudrait quand même effectivement clarifier ce problème pour avoir une charge virale stable qui est indétectable. Là, il n’y a pas de fluctuation énorme mais ce n’est quand même pas idéal. Si la charge virale est fluctuante, vaut mieux quand même avoir des rapports avec préservatif. Maintenant trouver le courage de le dire à cette femme. Soit elle va comprendre qu’il lui a caché vu ce qu’il a vécu avec sa femme justement avant. Mais bon, si ça devait casser, bah il en trouvera peut-être une autre et à ce moment-là, il pourra je pense, trouver quelqu’un avec qui il pourra vivre une vie équilibrée tout en lui expliquant qu’il est séropositif. Parce qu’il n’est sûrement pas heureux. Ca se voit quoi. Même s’il a trouvé une femme qu’il aime, le fait de lui mentir c’est...

Greg : Tina, elle est quelqu’un peut-être de plus gentille, enfin je ne veux pas dire gentille mais, ce qu’elle dit c’est vrai. J’ai vécu souvent les mêmes choses. Dans les relations je me sens gêné avec les gens. C’est plus compliqué. Mais bon pour moi, si vous savez que vous êtes séropositif, faut l’annoncer.

Tina : Oui faut l’annoncer mais après le choix peut être fait en couple d’avoir des rapports sans préservatif. Ce n’est pas irresponsable de faire ce choix. Il y a beaucoup de couples qui le font et ça se passe très bien.

Greg : Je ne parle pas de ça.

Tina : C’est le fait de ne pas dire, oui, ça ce n’est pas idéal.

Ali : Je trouve que le médecin il a été assez radical quand il a dit qu’il avait eu un rapport non-protégé avec une charge virale de 100 et des poussières, le médecin il a eu une réponse assez radicale en lui disant, vous avez contaminé votre partenaire.

Tina : Oui.

Ali : Comment il peut le savoir ? Les examens n’ont pas été faits. Il y a quelque chose qui semble transparaître dans son témoignage. C’est qu’il a l’air encore un peu amoureux de sa femme. Mais comme il sent qu’il va la perdre, il a prévu éventuellement de refaire sa vie avec quelqu’un, sauf qu’il a mal démarré la relation en ne lui disant pas qu’il était séropositif. Donc il peut se retrouver avec, bon, j’espère pour lui que la femme...

Sandra : Après n’oublions pas, excuse-moi Ali, je t’ai coupé la parole, après n’oublions la responsabilité de la personne qui est avec lui, qui est séronégative apparemment. Lui, il dit qu’il n’a pas annoncé sa séropositivité et qu’ils ont eu des rapports sexuels sans préservatif. Pourquoi est-ce qu’ils ont des rapports sans préservatif ? Ca, on ne sait pas non plus.

Ali : Oui.

Tina : Mais effectivement, le rôle du médecin ce n’est pas, je pense que c’est totalement, pas du tout constructif de dire à son patient oui mais, vous avez contaminé. C’est plutôt de l’accompagner, de lui dire, peut-être vous pouvez venir avec votre partenaire, on va lui annoncer, ne paniquez pas, le risque est quand même extrêmement faible. Voilà, mais ce n’est en aucun cas le rôle d’un médecin de condamner une personne.

Greg : Je suis d’accord.

Sandra : Alors si vous souhaitez, chers auditeurs, réagir à ce message, répondre à cet auditeur, vous pouvez le faire sur le site survivreausida.net

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE