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Nawel, maman séropositive, vient au Comité des familles pour rencontrer des gens comme elle

15 mars 2012 (papamamanbebe.net)

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Sandra : On va écouter à nouveau Nawel et Farida qui étaient présentes au repas de l’amitié.

Début du son.

Nawel : Bonjour, je m’appelle Nawel, j’ai 32 ans. J’ai deux enfants, une fille et un garçon. La grande, elle a bientôt 12 ans et le petit il a 14 mois. Je suis séropositive depuis 2004 et je suis sous traitement. Ca me fait du bien quand je viens au Comité des familles. Je rencontre les gens comme moi. Je discute avec eux. Ca me change la vie. Moi aussi j’aide. On rigole entre nous. On partage le sourire entre nous. Je parle par rapport à ma maladie, ma situation. Je rigole avec les gens, on fait la cuisine, ça change. C’est mieux que de rester toute la journée à la maison à se tourner les doigts.

Farida : Je me présente, je m’appelle Farida. J’ai 48 ans. J’ai 3 enfants. Je suis atteinte du VIH depuis 2007. Je prends un traitement depuis l’année dernière. Je suis bénévole au Comité des familles. Je l’ai connu en 2007, au moment de mon infection. Et puis là, je fais partie d’un projet qui s’appelle Grandes soeurs, c’est soutenir les mamans qui apprennent leur séropositivité pendant la grossesse. Et, éventuellement, nous faisons un repas de l’amitié qui a lieu une fois par mois. Là il y a eu lieu le 10 mars. Avec deux de mes amis, nous avons fait un bon couscous que tout le monde a apprécié avec en dessert une salade de fruit et ensuite un thé à la menthe. Voilà, pour nous c’est un moment d’échange, c’est un moment où on se retrouve une fois par mois, où on discute. Tout le monde participe. Il y a même des couples sérodifférents où la femme ou l’homme n’est pas contaminé. Il y a beaucoup d’échanges. C’est un moment de convivialité. C’est un moment privilégié où on arrive à bien discuter. C’est bénéfique parce qu’on se retrouve tous. Ce n’est pas que le sujet de la maladie. Pour vous dire franchement, la maladie je ne la ressens pas tous les jours. Pour moi, c’est comme si je n’étais pas malade. Au début oui, ça été difficile. Mais là, je le vis normalement.

Fin du son.

Sandra : C’était Farida et Nawel. Elles faisaient partie de deux cuisinières qui ont préparé le repas. Un moment très convivial. Mais en fait, ce n’est pas que manger le repas de l’amitié ? Qu’est-ce que ça procure chez vous quand vous venez au repas de l’amitié, manger un bon repas ?

Ali : Ce qui me vient à l’esprit, c’est qu’une initiative comme ça, on prend l’exemple du repas de l’amitié, pour chacun, ça apporte des choses différentes. J’ai le sentiment que la plupart des personnes qui participent pour la première fois au repas de l’amitié, ils prennent leurs marques ou à d’autres initiatives. Au fur et à mesure, ils se sentent de plus en plus à l’aise. Et, probablement qu’ils abordent des sujets, qu’ils questionnent des gens ou qu’ils informent les gens. C’est un échange qu’ils ne trouvent pas probablement ailleurs. Que ce soit dans leur famille ou dans leur entourage proche. Ou du moins, c’est un complément de ce qu’ils vivent au quotidien et qu’ils peuvent exposer éventuellement au cours d’une conversation anodine ou éventuellement, sur un sujet plus sérieux. Comme les réunions Grands frères, Grandes soeurs. Ca permet aux gens de prendre leurs marques et ensuite de, à leur rythme, d’exposer leurs problématiques et de partager avec les autres.

Sandra : Nino, venir au repas de l’amitié. Pour toi, est-ce que tu viens juste pour manger ?

Nino : Non.

Sandra : Pourquoi tu viens au repas de l’amitié ?

Nino : Je viens au repas de l’amitié parce que, ça m’apporte beaucoup de choses. Par exemple mon cas, venir au repas de l’amitié, non seulement, c’est un moment de convivialité avec une très bonne ambiance, avec toutes les personnes qui viennent. Ca me permet aussi de sortir de l’isolement, de me retrouver dans une foule, comme dans une fête et de partager ce repas. Mais le repas de l’amitié de samedi m’a beaucoup frappé parce que, il y avait beaucoup gens et beaucoup de nouveaux. Et vraiment, le repas était bien préparé aussi par Nawel, Farida et Amina. Beaucoup de nouveaux qui sont venus et qui étaient très contents à la fin. Et aussi avec le projet des Grands frères présenté par Yann et Bruno, qui étaient vraiment je vous le dis, impeccables. Ces deux Grands frères nous ont très bien encadré.

Sandra : Le projet Grands frères et Grandes soeurs on en parle dans quelques instants. Je crois qu’il y a Tina qui voulait intervenir. Je l’ai vu s’avancer vers le micro.

Tina : En fait, un peu comme disait Nino, samedi, il y avait 6 nouvelles personnes qui venaient pour la première fois au Comité. Déjà pour eux, c’est voir comment ça se passe dans notre association et nous, les plus anciens, on fait toujours attention à discuter avec eux, à les accueillir, à les mettre à l’aise en fait. C’est aussi le fait d’aider les autres. Pour ma part, je me rappelle toujours, le premier jour que je suis arrivée à l’association, avec tous mes soucis, avec tous mes problèmes. J’ai eu un bon accueil. On m’a écoutée, on m’a aidée, on m’a donnée des réponses à mes questions. Maintenant, ça fait du bien de jouer à mon tour le rôle de celle qui accueille, qui aide et soutien les nouvelles personnes qui sont dans cette situation encore très difficile où pour eux le VIH c’est un peu vécu comme la fin de leur vie. C’était vécu comme s’ils survivaient mais qu’ils ne vivaient plus pour de vrai. Les projets sont anéantis. Et donc, leur donner envie de reprendre avec tout ça. Et puis je pense aussi que pendant le repas, parfois, on pose, que ce soit sur le VIH ou autre chose, on peut dire, tiens, d’ailleurs, telle et telle chose à propos de mon traitement ou bien par hasard, on entend une idée d’une personne sur comment avoir une bonne observance. C’est un peu parfois totalement inattendu le fait qu’on ne parle pas que du VIH et tout. Mais parfois, il y a des petits trucs qui glissent, des petites idées. Je pense que c’est toujours enrichissant et ça fait, bien sûr, beaucoup de bien.

Bruno : C’est vrai que moi j’attends ça avec impatience. C’est une fois par mois. Je compare ça à une journée de partage d’amitié. C’est vrai qu’il n’y a pas seulement le partage du repas. On a dégusté différents mets mais, ça permet une fois par mois aussi à des personnes de sortir de leur solitude et c’est vrai que pendant cette journée, il n’y a pas seulement le repas. Il y a pas mal d’activités juste après aussi. Pour moi, c’est vraiment une journée de partage, de rencontre. Le mardi, on a une réunion, l’Assemblée des familles, qui est plus sur le travail. Le samedi on peut vraiment parler de tout sujets.

Sandra : Avant de parler du projet Grands frères et Grandes soeurs, je voudrais demander l’avis de Laurence Morisset sur ce qu’elle vient d’entendre. D’abord, le Comité des familles, la première fois que vous en avez entendu parler, c’était quand, par qui ?

Laurence Morisset : J’ai connu le Comité des familles par l’intermédiaire d’une patiente de l’hôpital où je travaille, qui est suivie régulièrement, qui arrivait de l’étranger en fait. Dans une situation personnelle assez compliquée. Sans hébergement, enfin, avec un hébergement précaire, parce que, hébergée à droite, à gauche. Quelqu’un qui débarque en France avec les difficultés au niveau des papiers, des titres de séjour, de la couverture sociale. Tout ce qui va avec une migration. Toutes les différentes étapes des personnes qui changent de pays. Elle a pu être accueillie. C’est elle qui m’a parlée du Comité des familles. Elle a vraiment exprimé envers moi tout ce qu’elle a pu trouver comme accueil, comme lieu où se poser, être entendue. C’était aussi l’occasion de faire des rencontres, des opportunités. Donc il y a du lien social pour elle. Elle a tissé des liens je pense. Donc après, dans le déroulement de son séjour, en France, je pense qu’elle vivra d’autres étapes. Elle en est certainement avancée dans ce parcours-là parce que je la vois moins. Donc, je crois qu’elle a trouvé du travail par l’intermédiaire de l’association. Elle a pu être étayée à différents niveaux. Ca complète complètement le...

Yann : La santé physique.

Laurence Morisset : Voilà, au-delà de la santé, c’est tout le reste. C’est tous les domaines de la vie. Professionnel, personnel. Je pense qu’elle a trouvé beaucoup de choses au Comité des familles.

Sandra : Quand le Comité des familles s’est retrouvé dans une situation difficile, quand le Comité est passé par la crise, vous faites partie de ceux qui ont envoyé un message de soutien. Pourquoi tout de suite vous avez eu envie d’envoyer un message de soutien aux membres du Comité des familles ?

Laurence Morisset : Ca me parait logique. Quand il y a des associations qui oeuvrent pour des personnes qui peuvent rencontrer des difficultés, ça me parait logique de les soutenir. Quelque part, les associations, il n’y a que le Comité des familles bien sûr. Il y a Aides avec qui j’ai beaucoup de contacts. Il y a la Ligue des Droits de l’Homme. Il y a Ikambéré. Il y a l’AFAVO dans le Val d’Oise. Evidemment, je ne peux pas parler que du Comité des familles. On essaye de trouver pour chaque personne. Je reçois, c’est ce que j’expliquais avant l’émission, on n’est pas dans un hôpital où il y a ce qu’on appelle une file active énorme. Donc, l’accompagnement qu’on propose est assez complet. On a le temps d’avoir une qualité d’accompagnement importante. Ce n’est pas de l’abatage. Donc, on essaye de réellement orienter les personnes, les accompagner vers les associations, vers tout ce qu’on peut trouver pour compléter l’accompagnement sociale qu’on peut mettre en place, au-delà des droits sociaux. C’est aussi tout le lien social. Je reçois beaucoup de personnes qui arrivent de pays étrangers, qui sont plutôt en grandes difficultés. Donc c’est les aider à trouver où se poser, et tout le début de l’accompagnement. Après, quand ils disparaissent, parfois, c’est bon signe. Je pense qu’il faut aider les associations nécessairement.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE