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Eradication du VIH/Sida : Un sérieux espoir avec la thérapie épigénétique ?

22 février 2012 (papamamanbebe.net)

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Christine Rouzioux : Bonjour, je suis virologue, c’est-à-dire que je m’occupe du virus. Je travaille depuis la découverte du virus avec Françoise Barré-Sinoussi, ce qui nous a valus le prix Nobel en France. J’ai beaucoup travaillé d’abord sur le problème de la prévention de la transmission du virus de la mère à l’enfant, avec pleins de bonnes nouvelles. Je pense que, Laurent Mandelbrot en aura beaucoup parlé. Et puis, parmi les nouveaux sujets, ce qui se passe concernant l’infection à VIH dans le monde et dans les pays du Sud, et puis j’ai aussi un grand sujet qui me préoccupe beaucoup, c’est celui d’aujourd’hui, qui est celui de l’éradication virale avec toutes ces nouvelles recherches concernant les nouveaux médicaments et voilà. C’est à mon avis un sujet important qui peut donner beaucoup d’espoir et beaucoup... même si on n’est pas tout à fait encore prêt d’une certaine réalité. On en est peut-être plus près que celle du vaccin.

Sandra : Guérir du VIH, quand on en parle comme ça, ça semble utopique, un rêve. Je ne sais pas si Ali et Tina partagent cet avis. Est-ce que, aujourd’hui, guérir du VIH, est-ce qu’on peut en parler aujourd’hui ?

Christine Rouzioux : Non, on a encore qu’un seul cas connu de guérison d’un patient dans un contexte très particulier qui est un patient qui a eu une greffe de moelle, avec des cellules non réceptives au virus. Donc autant vous dire des conditions difficiles à reproduire et tout à fait hors norme. Mais, ce n’est pas pour autant que, il n’y a pas de meilleures connaissances et de différentes approches de traitement pour la guérison. Disons, qu’il faut bien se mettre en tête que le virus est d’une perversité maximum. Il rentre dans les cellules mais, il ne rentre pas n’importe comment. Il met son matériel génétique dans le chromosome. Il ne le met pas dans le chromosome de n’importe quelles cellules. Il met le chromosome de lymphocyte mémoire, qui ont une durée de vie extrême. Quand elle meurt, elles se multiplient par deux pour être sûr que la mémoire se préserve. Donc le virus a infecté le système immunitaire et donc le système immunitaire le protège, parce que le système immunitaire doit protéger le système immunitaire pour qu’on résiste aux infections bactérienne, virales, etc. Donc, dès l’instant où il y a une infection, hop, les lymphocytes prolifèrent, parce qu’il faut qu’ils se multiplient pour qu’ils aillent aux endroits où il y a une lésion, un mal de gorge, pour guérir etc. Et donc, la prolifération pour guérir une infection fait la prolifération virale.

Les médicaments, bloquent la multiplication du virus. La cellule qui contient le virus, va être activée et à ce moment-là, proliférer du virus. Donc, on va couper cette chaîne de production de virus par une cellule du virus qui va infecter d’autres cellules. Ce cycle de répétition, on va le bloquer avec les trithérapies. En le bloquant, on empêche la destruction des CD4, on empêche le passage au sida, et on va vers une thérapeutique chronique tout à fait tolérable mais qui n’enlève pas l’infection des cellules puisque le virus dort dans les cellules infectées. Il est tapi au niveau des chromosomes et à ce jour, on n’a aucun médicament qui sont capables d’aller enlever ce matériel génétique du chromosome cellulaire. Donc, toutes les pistes qu’on est en train de chercher en ce moment, sont des pistes qui essayeraient de décrocher ce génome viral du chromosome.

Pour faire relativement simple, on se rapproche beaucoup de nouveau traitements du cancer. Parce que, en fait, la cellule cancéreuse, c’est pareil. On essaye dans le cancer, vous comprenez bien, on essaye de mettre au maximum les patients en rémission. On pourra aussi en reparler et on peut aussi mettre les patients en rémission en quelques sortes. Mais, dans le cancer, on essaye aussi l’éradication du cancer et l’élimination totale de ces cellules en activant leur chromosome. Donc on rentre maintenant dans une nouvelle similitude avec certains cancers, avec des traitements très spécifiques et on essaye de travailler ensemble et de regarder avec les cellules et des modèles in vitro, les cellules infectées in vitro, on essaye de voir comment on pourrait les activer pour éliminer ce génome virale qui était inséré dans le chromosome.

J’espère avoir été simple dans l’explication. C’est quelque chose de compliqué mais, en même temps, faut bien comprendre que la trithérapie est essentielle. Elle bloque tout. Elle met au calme. La rémission, c’est, on pourrait arrêter le traitement et la réplication ne reprendrait pas. Alors là, on a des groupes de patients en France que l’on suit en ce moment, particulièrement de près pour voir si cette rémission va durer, pourquoi ils sont en rémission ? Quelles sont leurs caractéristiques, qu’est-ce qu’ils ont eu qui font qu’on a réussi à bloquer leur maladie comme on bloque un cancer ? On traite et puis on arrête les traitements et le cancer ne redémarre pas. Donc, vous voyez la similitude.

Sandra : Christine Rouzioux a parlé d’un cas unique de guérison de VIH, je pense que ça a rappelé certains souvenirs à Tina et à Ali. On en avait parlé de ce patient qui s’appelle Timothy Ray Brown, qui vit aux Etats-Unis et qui a été soigné par le docteur Gero Hutter, un médecin allemand.

Christine Rouzioux : A Berlin.

Sandra : Et donc on l’avait reçu lors de la 5ème Rencontre des parents et futurs parents concernés par le VIH, à l’Hôtel de Ville de Paris. C’était le 18 juin 2011. Il avait parlé de thérapie génique. Ali et Tina vous vous en souvenez encore, c’est dans vos mémoires ?

Ali : Oui, cet exemple-là, c’est le dernier en date, parce que, depuis l’existence du VIH, enfin moi en l’occurrence depuis 28 ans que je suis concerné, j’essaye de me tenir informé et j’ai entendu deux trois exemples atypiques de personnes qui avait été dépistées positives. Il y a eu de nouveaux examens et, toujours est-il que, c’est toujours des exceptions. Là, en l’occurrence, c’est de par la moelle épinière que la personne a reçu, qui a permis probablement la rémission totale. C’est quasi un miracle. Les autres cas précédents, je ne les connais pas avec précision. Mais on sait qu’il ne faut pas s’attendre à ce que le virus disparaisse comme ça. Les traitements avant et comme pour l’hépatite C, par le passé, qui n’était pas traitable en l’occurrence pour laquelle il n’y avait pas rémission il y a quelques années. Il y a des traitements, certes, très lourds. Un peu moins à ce qui paraît maintenant. Mais, en ce qui me concerne, j’en ai subi deux et il n’y a pas eu rémission. Mais pour en revenir au VIH, on parlait toujours de vaccin, parce que, c’est vrai que, pour les futures générations c’est important. Mais, ces dernières années, j’ai plus l’impression que, je vais dire inch’Allah comme ça, mais qu’on s’oriente plus vers éventuellement des traitements qui sont peut-être à même d’apporter une rémission totale comme ça peut être le cas pour certains cancers ou pour d’autres pathologies.

Tina : Au début, je n’arrivais pas à croire qu’il y avait une personne qui avait été guérie du VIH. On entend tout le temps des rumeurs, par miracle, il y aurait eu des personnes guéries. Pour moi, ça a toujours été faux. Et là, effectivement, le médecin est venu et scientifiquement, on peut suivre, comment ça été réalisé cette guérison. Mais ça reste un cas unique. En revanche, j’ai quand même compris lors de cette Rencontre, que ce cas unique donne des pistes sur comment on pourrait dans le futur aborder la guérison par la thérapie génique et que c’est vraiment encore loin, que c’est encore compliqué. Faut encore beaucoup d’années de recherche pour y parvenir.

Maintenant, je n’ai pas exactement compris la piste dont vous avez parlé, j’avais entendu parler du fait qu’on pouvait activer, une fois que, la charge virale est indétectable, il y a le virus qui dort dans les réservoirs, qu’il faudrait activer les réservoirs pour faire sortir ce virus endormi et pour pouvoir, une fois qu’il est sorti du réservoir où il se cache, l’éliminer également. Donc, je ne sais pas si ça rejoint cette piste-là ?

Sandra : Ça, c’était une piste évoquée par Christian Schwartz, qui était venu aussi à la 5ème Rencontre des parents et futurs parents.

Christine Rouzioux : C’est exactement ce que vous venez de dire. Ce sont des traitements anti latence. Quand vous avez une charge virale indétectable, il vous reste un niveau de réservoir qui est différent d’un sujet à un autre, suivant que votre, organisme, très réceptif ou non, suivant que vous êtes traités depuis longtemps ou non, suivant que les médicaments on agit ou non sur les niveaux de réservoirs. Mais, il en reste toujours. Donc l’idée c’est ça. C’est d’activer le génome virale dans le chromosome et de le faire sortir du chromosome. Le virus dort. Il est latent. Donc on met des médicaments par thérapie épigénétique anti latence. En fait, la chromatine est quelque chose de compliqué. Il y a beaucoup de choses qui entourent la chromatine qui la compactent. Donc, déjà, faut la décompacter et puis donner des signaux d’activation pour faire exploser le virus et à la sortie de la cellule, on l’empêche de l’infecter et donc, on éliminerait au fur et à mesure les cellules infectées les unes après les autres avec ces médicaments anti latence.

Alors, il y a plusieurs pistes, plusieurs mécanismes. La cellule c’est quelque chose d’extrêmement compliqué avec énormément d’intéractions qui justement passe du cytoplasme au niveau du noyau et qui entourent cette chromatine et qui la stabilisent parce qu’il faut quand même protéger notre matériel génétique bien sûr. Ce petit bout de virus, il est vraiment tout petit devant cet immense chromosome qui est tellement long. Faut qu’il soit totalement compacté pour rentrer dans le noyau. Donc, ces médicaments anti latence, certains sont déjà utilisés dans le cancer. C’est pour ça qu’on se rapproche tant des cancérologues. Certains de ces médicaments, ils ont déjà passé la phase 1, la phase 2, c’est-à-dire, vous savez, ces phases nécessaires, ce n’est pas toxique chez l’animal, ce n’est pas toxique chez l’homme. On connaît leur résultat, leur tolérance. On va pouvoir commencer des essais chez l’homme.

Il y a des essais aux Etats-Unis, il y a aussi un essai en Australie. Pour le moment, disons que, d’abord, il n’y a pas encore de résultat. On pense pouvoir en voir un tout petit début, au moins les discussions ont bien avancé. Moi qui travaille sur les réservoirs depuis 8 ans, j’ai trouvé que c’était long, que j’étais vraiment seule. Maintenant, je dois avouer que, il y a un grand enthousiasme, et, les firmes pharmaceutiques commencent à venir nous voir et à nous proposer des médicaments. Alors, évidemment, vous me direz, si on nous propose les médicaments anti cancéreux qui existent pour le moment, ce n’est pas terrible. Non. Ils sont en train de voir comment il faut synthétiser des nouvelles molécules, avoir des approches bien spécifiques à ce VIH plus que simplement utiliser les molécules du cancer. Mais cette thérapie épigénétique du cancer va bien nous servir de modèle pour faire de la thérapie épigénétique du VIH.

Sandra : Gero Hutter, s’était avancé devant toutes ces familles concernées par le VIH, il avait d’ici 20 à 30 ans, on pourra peut-être parler de guérison du VIH. Qu’en pensez-vous ? Donc lui, c’est la thérapie génique mais qu’en pensez-vous ?

Christine Rouzioux : Je pense que la thérapie épigénétique, les médicaments tels que les molécules qu’on vient de citer, anti latence, seront à mon avis disponibles avant 20 ans. En revanche, la thérapie génique avec la modification génitique, là je pense que, effectivement, c’est 20, 30 ans. Disons qu’il y a une classe de médicament qu’on peut avaler et une classe de médicament anti thérapie épigénétique qui est tellement adaptée à chaque personne et qui est horriblement chère et qui, voilà, ça s’appelle une preuve de concept. Ce n’est jamais qu’un concept. Ce ne sera jamais un traitement à large échelle. C’est ça l’enjeu, c’est le traitement à large échelle.

Tina : Au final, une fois que ces traitements pour réveiller le virus des réservoirs, anti latence, une fois qu’ils seront testés, quelle sera la prochaine étape avant de pouvoir parler de guérison ? Quelle est la perspective ?

Christine Rouzioux : La perspective est celle d’engager les firmes pharmaceutiques pour obtenir un grand développement de ces molécules. Le développement d’un médicament, c’est long. C’est plusieurs étapes. Les phases 1, les phases 2, les phases 3, le long terme et puis vraiment engager la recherche. Donc en l’occurrence, François Barré-Sinoussi, la Madame Nobel, dans notre groupe on l’appelle Madame Nobel, elle s’est bien engagée. Elle va être présidente de la société internationale sur le sida et elle a, à ma grande joie, choisie cette thématique thérapeutique des réservoirs pour mobiliser avec son nom, avec sa puissance, son engagement de militante, la communauté internationale. Donc, disons que, je trouve qu’il y a pas mal de choses qui se passe aux États-Unis. Évidemment, il y a beaucoup plus d’argent que ce qu’on a ici en France. Mais on a quand même beaucoup de programme qui depuis 10 ans ont été financés et vont être financés. L’industrie commence à nous suivre. Donc, on est vraiment, enfin moi, je sans une vraie nouvelle phase qui fait que, les choses avancent, mais il faut mobiliser les gens avant tout. Je crois que, on n’a pas encore assez de firmes pharmaceutiques mais je pense que, ça commence à venir.

Sandra : François Barré-Sinoussi que nous avons déjà reçu à l’émission Survivre au sida et que nous recevrons au mois d’octobre 2012.

Ali : Je voulais vous demander, d’une part, puisque j’entends parler de réservoirs. D’après ce que j’ai compris, même lorsque les gens ont une charge virale très faible, quasi indétectable et un taux de CD4 quasi normale. Donc, dans un premier temps, où se situent les fameux réservoirs ? D’après ce que j’ai entendu dire c’est au niveau du cerveau puisque, on peut imaginer que ça pourrait se trouver à différents endroits. Secondo, au tout début de votre intervention, est-ce que vous parliez des bêta-bloquants ? Parce que j’en ai souvent entendu parler. Il me semble que, le processus que vous parliez au tout début, quand on prend le traitement, le fait que ce soit un virus mutant, je ne sais pas comment expliquer ça. Mais, le problème des bêta-bloquants, ce terme existe ?

Christine Rouzioux : Ce n’est pas un terme tout à juste pour le VIH. En ce qui concerne les réservoirs, disons que, le virus va dans les lymphocytes. Le rôle des lymphocytes, c’est d’aller dans l’ensemble de l’organisme. Alors, il y a donc réservoirs cellulaires mais il y a réservoirs anatomiques. Donc, il y a énormément de lymphocytes dans le tube digestif. Donc, du coup, il y a un gros réservoir au niveau du tube digestif. Ensuite, il y a quelques cellules qui peuvent passer dans le cerveau. Donc, certains patients ont effectivement des cellules infectées dans le cerveau. D’autres virus, d’autres cellules sont dans les ganglions, dans le poumon, dans la rate, le foie. Disons que, l’organisme est évidemment et heureusement envahi par les lymphocytes puisque c’est notre système de défense. L’enjeu est un petit peu compliqué. Du coup, il faut utiliser des médicaments, qui sont capables d’aller partout pour bloquer la réplication virale dans l’ensemble des tissus, tissus digestifs, tissu hépatiques, le poumon, et le cerveau surtout s’il y a des signes neurologiques. Mais, en début d’infection ou avant le sida, il n’y a quasiment pas de virus dans le cerveau mais malgré tout, on fait attention à bien choisir des classes de médicaments qui sont capables de diffuser partout. Bien sûr sans faire d’effet toxique. La diffusion pharmacologiques dans les différents tissus, c’est important. Pour bloquer le virus, ça c’est une autre question, d’autres types de médicaments qui ne bloquent que l’entrée du virus dans la cellule mais si vous voulez, quand vous avez déjà été infecté, ça ne peut que bloquer l’arrivée d’autres, mais ça ne va pas empêcher que votre infection soit là.

Sandra : Vos réactions sur le site survivreausida.net