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Forum des auditeurs : Je vis au Maroc et je viens d’apprendre ma séropositivité

22 février 2012 (papamamanbebe.net)

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Sandra : Vous êtes nombreux à laisser des messages sur le site de l’émission Survivre au sida. Et là, il s’agit d’un jeune marocain qui nous a écrit. Je vais vous lire le message et ensuite nous en discuterons ensemble.

« Urgent ! Je suis un mec de 22 ans. Je vis au Maroc. La nouvelle de ma séropositivité a bouleversé ma vie. Je n’arrive même plus à étudier sachant que je suis dans la période des examens sur lesquels dépend mon avenir. Maintenant je vais dire quel avenir ! Comment ça, pour un élève ingénieur, affronter ce satané virus alors que je n’ai jamais fait de mal ? (sexe, drogue). Je ne dis pas que je suis un ange sans faute. Peut-être je l’ai attrapé par le sang (dentiste, coiffure, je ne sais pas). S’il vous plaît, j’ai besoin d’aide. Je ne veux pas que la fierté de la famille (moi), devienne une malédiction. Je veux vivre normalement, travailler, me marier. Merci d’avance. »

Avant d’écouter la réaction de l’équipe radio et puis peut-être des invités, on va écouter la prise de parole de Jamal Khalid. Un fidèle auditeur de l’émission Survivre au sida. Il est séropositif, il vit au Maroc et a souhaité répondre à ce jeune homme. Je vous propose de l’écouter tout de suite :

Début du son.

Jamal Khalid : Nous, la première génération, on pouvait parler ce langage qu’il vient de parler. C’est-à-dire le sida ce n’est plus l’avenir, c’est la mort, c’est rester seul. On vit dans l’indifférence, tout ça. Mais aujourd’hui, non. Aujourd’hui sincèrement, que ce soit en Afrique ou ailleurs, en Asie, il n’y a plus les difficultés qu’il y avait avant. On peut avoir des enfants. La limite d’âge, il n’y a pas de limite d’âge. Il y a des vieux maintenant de 60 ans qui ont le sida, qui sont depuis 30 ans HIV. Il n’y a pas de quoi s’inquiéter. A part, qu’on n’est plus comme avant. On n’a plus la force d’avant. On doit prendre soin de ce qu’on mange, de sa vie en général. C’est-à-dire plus de sport, plus de régime et plus d’attention à soi-même. Excusez-moi s’il y a un petit peu de bruit, il y a des travaux ici.

Sandra : Maintenant qu’il est séropositif, il va devoir voir pour la première fois un médecin pour son VIH. Est-ce que tu peux lui dire comment va se passer sa première consultation ? Comment ça va se passer pour son suivi médical ? Est-ce qu’il va devoir prendre un traitement ? Est-ce que tu peux lui expliquer ?

Jamal Khalid : Je vais lui expliquer là par téléphone mais sinon, il peut me rappeler, tu lui donnes mon numéro et il me rappelle. Qu’est-ce qui va se passer ? C’est que, on va lui annoncer sa séropositivité s’il est positif par une assistante sociale. Bon, il y a une petite préparation psychologique. Sinon, il va partir là-bas, ils vont lui faire les analyses. S’il a les CD4 plus de 250 et la charge virale indétectable, là, ils ne vont pas lui donner de médicament. Mais sinon, si les CD4 sont inférieurs et la charge virale élevée, il commence un traitement, la trithérapie. La trithérapie, c’est connu. Un médicament formé de trois sortes de médicaments. Ce n’est pas facile au début. Parfois, ça dépend, quand on prend du stocrin, on fait des rêves, des cauchemars, pleins de choses. On dort beaucoup. Il y a d’autres, aluvia et d’autres mélanges, ce n’est pas le cas. Bon, je ne peux pas dire parce qu’il faut être connaisseur dans les médicaments.

Sandra : Et sur sa phrase, quand il dit : Je ne veux pas que la fierté de la famille (moi), devienne une malédiction. Qu’est-ce que tu pourrais dire là-dessus ?

Jamal Khalid : Ah ça je ne crois pas du tout parce qu’on fait parti d’un pays quand même, musulman, qui connaît la destinée. J’ai dit pareil moi aussi. Le premier jour, j’ai dit s’ils savent que je suis malade, c’est foutu pour moi. Mais, quand j’ai fait des témoignages, quand je me suis montré à la télé, parler à la radio, tout ça... Bon, j’ai vu le contraire, c’est vrai qu’il y a des petits pépins par-ci, par-là. Mais, la majorité c’est des gens qui prient pour moi, pour me dire, que Dieu te guérisse, tiens bon, des trucs comme ça. Je n’ai rien perdu. Ni la fierté, ni rien du tout. En plus de ça, ce que je tiens à lui dire et à tous les malades c’est, on n’a pas choisi. Moi, si on m’avait dit le jour où j’allais être atteint, que si je fais cette chose, ce serait atteint du sida, je ne serais pas sorti de chez moi. Je serais même resté un mois enfermé. Voilà. Mais sinon, il n’y a pas de fierté, ni le contraire. Il y a une maladie, il faut savoir la gérer. Un point c’est tout.

Sandra : Et dernière chose, il dit qu’il faudrait vivre normalement, travailler, se marier. Qu’est-ce que tu pourrais lui dire là-dessus ?

Jamal Khalid : Il n’y a pas de problème. Déjà il travaille, il fait des études d’ingénieur. Il va se marier. Il suffit de parler à son médecin, son gynécologue. Ils connaissent tous maintenant. Si c’est une femme séropositive, il va donner la trithérapie à la femme. Il va naître, inch’ Allah, sans le virus. Bientôt ça va être à 100% de naissances d’enfants qui sont négatifs. Il n’y a pas de crainte. C’est la vie. C’est vrai que c’est plus dans la tête que dans le physique. Maintenant, on a des gens qui font du sport au niveau et qui sont séropositifs depuis 15 ans. Alors, où il est le problème ? Il peut se marier, avoir des enfants, il peut même avoir une tribu d’enfants. Il n’y a pas de problème.

Sandra : Je te remercie Jamal. Aurais-tu quelque chose à rajouter ?

Jamal Khalid : Tenez bon. Je parle aux personnes vivant avec le VIH. Tenez bon les gars. Il ne reste pas beaucoup de temps. Le plus dur est fait. Inch’Allah bientôt qu’on aura des bonnes nouvelles sur la guérison totale de cette maladie. Il y a des efforts qui se font. Il n’y a pas de problème. Soyez patients. La vie est comme ça, elle est dure, elle est faite de peines. C’est les joies qui font la grandeur de la vie.

Fin du son.

Sandra : Vous venez d’écouter Jamal Khalid qui vit au Maroc, qui est séropositif et qui connaît bien donc ce que c’est d’être séropositif au Maroc. J’aimerai demander à Tina et à Ali : Comment voyiez-vous la vie d’une personne séropositive avant d’entendre la prise de parole de Jamal ?

Tina : Bien sûr, ici en France, on bénéficie des nouveaux traitements. Des meilleurs traitements. Du coup, en gros, dans les pays du Sud, je pense que souvent, ils n’ont pas cette chance-là de bénéficier des mêmes traitements. Enfin, en l’entendant parler, on a quand même l’impression que ça se passe relativement bien. Mais je pense que, dans le détail, quand même, une différence, j’imagine après, je ne sais pas exactement ce qui en est. Mais il y a en tout cas du progrès apparemment, surtout dans les grandes villes. Il faut toujours voir sur place comment ça se passe dans les villages si c’est pareil ou non. On entend souvent parler des ruptures de traitement et ce genre de problème.

Ali : Moi, ce que je pense, ce que j’ai cru comprendre ces dernières années, c’est que, en France, en l’occurrence et dans les pays occidentaux, les traitements ont beaucoup évolué et sont bien plus supportables que par le passé. C’est une évidence. En revanche, en ce qui concerne les pays non occidentaux et en particulier l’Afrique, alors on pourrait dire qu’il y a des disparités parce que, je pense que, au Maroc, moi je suis d’origine algérienne, mais au Maroc et en Tunisie, je pense qu’il y a un peu plus d’efforts de fait et des personnes compétentes qui ont été formées en France où des professeurs et chercheurs sont allés partager leur savoir dans ces pays-là. Ça s’est également fait dans d’autres pays, le reste du Maghreb ou en Afrique subsaharienne. Mais, disons que, l’accès au traitement pour tous, ce n’est pas encore vraiment le cas dans l’ensemble du Maghreb voir dans l’ensemble de l’Afrique. Quelqu’un qui peut avoir accès à un traitement et en l’occurrence, c’est ce qui semble attendre ce jeune homme, qu’il se dise qu’il a que 22 ans. Les traitements actuels sont extrêmement efficaces. Et donc, qu’il ne sombre pas directement, qu’il ne voit pas que le fait d’avoir attraper une maladie potentiellement mortelle. Maintenant, avec les traitements qui existent, il peut continuer ses études, accéder à un job qui lui plaira et pour ce qui est de fonder une famille et d’avoir des enfants, je pense que, s’il rencontre une personne, une femme séronégative ou voir séropositive, il peut toujours entrevoir une vie de famille aussi belle que quelqu’un qui ne l’aurait pas.

Sandra : Si vous souhaitez apporter une réponse à ce jeune homme qui vit au Maroc et qui vient d’apprendre sa séropositivité, vous pouvez le faire sur le site survivreausida.net ou papamamanbebe.net. Christine Rouzioux, j’aimerai vous demander, comme vous avez dit que vous connaissez bien les pays du Sud, ce que c’est de vivre avec le VIH dans les pays du Sud. Je ne sais pas si le Maroc on peut dire que c’est un pays du Sud. Mais voilà, il y a Jamal qui dit qu’il n’y a pas de problème pour vivre avec le VIH au Maroc, tout se passe bien, on peut vivre longtemps. Juste faire attention à son hygiène de vie. Puis, d’un côté, Tina et Ali qui se disent que c’est quand même peut-être différent de vivre avec le VIH en France, dans les pays occidentaux, parce que les traitements ne sont pas les mêmes. Que pouvez-vous dire là-dessus ?

Christine Rouzioux : Je pense que le Maroc est un pays où, effectivement, il y a beaucoup plus accès aux médicaments que dans d’autres pays du Sud d’Afrique subsaharienne.

Ali : Même l’Algérie.

Christine Rouzioux : Même l’Algérie. L’Algérie, nous avons assez peu de contact avec les chercheurs et les laboratoires et les médecins algériens. Alors qu’on est très proche des médecins marocains et qu’on travaille énormément. Il y a eu un Sidaction au Maroc. On a beaucoup de contact. Le Maroc a accès aux médicaments avec l’idée que le Maroc aussi a le même type de recommandation que nous avons et s’aligne beaucoup sur les recommandations européennes. C’est vraiment un point important. Ce qui n’est pas du tout la même chose dans les pays du Sud qui s’alignent beaucoup plus sur les recommandations de l’OMS, qui doivent être, je dois dire, un peu plus restrictive et qui prend en compte le fait des difficultés d’accès aux médicaments pour les différents gouvernements. Là, le Maroc, c’est vraiment des conditions beaucoup plus proches de la France que des conditions proches des pays d’Afrique subsaharienne. J’aurai tendance à lui dire que, surtout à 22 ans, il ne faut vraiment pas perdre espoir. Il n’a pas le sida. Il a juste le VIH. C’est beaucoup. Je l’entends bien. Mais les traitements sont là pour empêcher le développement de la maladie. Il faut surtout commencer ces traitements avec, bien conscience que, c’est lui qui va prendre en charge la prévention de son sida. On vit très bien avec le VIH. On vit plus difficilement avec le sida. Donc il faut qu’il ait compris à quel point les traitements, sa santé, le sport, toute sa vie, effectivement va être sans doute bousculée. Mais en même temps, elle va être pleine. Elle va être riche. Il peut être ingénieur, il peut faire ses études. Il faut vraiment se dire vraiment que, les traitements sont la vraie prévention du développement de la maladie. Ça, c’est majeur. Puis, il peut prendre des traitements et ne pas infecter sa femme. Il peut avoir des enfants. Il peut avoir une vie tout à fait normale. L’espérance de vie des personnes séropositives, qui prennent bien leurs médicaments, a rejoint quasiment l’espérance de vie de la population générale.

Sandra : Vos réactions sur le site survivreausida.net

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE