Skip to main content.

Anne Bouferguène | Annonce de la séropositivité | Femmes séropositives

Séropositive depuis vingt-trois ans, Anne Bouferguène ne désarme pas

7 février 2012 (Le progrès (Lyon))

1 photo | | Votez pour cet article

Voir en ligne : Séropositive depuis vingt-trois ans, Anne Bouferguène ne désarme pas

Témoignage. Après vingt-trois ans de silence, Anne Bouferguène, femme d’affaires reconnue de 39 ans, dévoile qu’elle est porteuse du VIH depuis son adolescence.

Anne Bouferguène a rangé ses tailleurs Paule Ka, ses bagues Chanel, et son arrogance de grand manager (elle a dirigé Jet Tours et Thomas Cook). A 39 ans, elle en a fini avec les journées de seize heures. Elle est consultante à mi-temps, est moins autoritaire avec son équipe, prend le temps de voir ses enfants et d’apprécier la vie. La business- woman louée par la presse spécialisée s’est posée, contrainte et forcée. La cause de ce changement de vie radical ? Elle vit depuis vingt-trois ans avec le virus HIV ; la lourde trithérapie qu’elle subit depuis plus de dix ans, l’a épuisée. Un matin, elle n’a pu quitter son lit. Elle qui ne s’était jamais écoutée, est restée clouée. Jusqu’alors, seuls son compagnon et ses parents connaissaient sa maladie. Elle décide alors de laisser un peu de place à sa maladie et publie un livre [1].

« Depuis vingt-trois ans j’ai tenu à distance tout le monde et je prends actuellement de plein fouet mais positivement l’émotion ce que je n’ai pas pu prendre pendant cette période ». Assise dans une brasserie parisienne, elle parle longuement, sans regarder sa (jolie) montre, ce qu’elle n’aurait jamais fait il y a seulement un an.

« Rien ne me préparait à être grand manager mais je le suis devenue car le virus m’a galvanisée. Je travaillais beaucoup. J’étais ambitieuse, investie, très présente. L’envie ne faisait pas partie de mon questionnement. Je voulais construire les choses à l’opposé de ma maladie ». Une pause, puis Anne Bouferguène reprend : « J’aurais pu faire moins. Je faisais trop ».

Elle sait qu’elle n’aurait pas fait cette carrière si elle avait parlé de sa maladie plus tôt. « Me taire était une nécessité ». La dévoiler aussi. « Cela me protégeait. J’aurais pu le dire plus tôt, au moins à mes proches. J’aurais pu me détendre plus tôt. Mais il faut la maturité. Si je ne l’avais pas fait, cela aurait pu être autodestructeur. J’ai eu la chance d’être obligée de m’arrêter ». La chance aussi de pouvoir matériellement le faire et d’être « autre chose que la maladie ».

Aujourd’hui, Anne Bouferguène l’avoue elle-même, elle n’est pas « reconnaissable ». Elle donne désormais de la place à ses envies. Elle vient de commencer le piano et bosse son solfège consciencieusement. « Je ne vois plus la vie comme une série d’obligations. Je vois les gens qui me font du bien. J’ai toujours voulu faire du piano, alors je m’autorise enfin à en faire. Je n’y déroge pas, quoi qu’il se passe ».

A Paris, Nathalie Mauret

Notes

[1] « Un mal qui ne se dit pas », Anne Bouferguène, 226 pages, éditions Robert-Laffont. Les droits d’auteur sont reversés à Aides.

Photos


Anne Bouferguène

Anne Bouferguène