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Une famille comme les autres

31 janvier 2012 (Le journal de Saône et Loire)

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Cronat. Une famille témoigne de son bonheur de vivre, malgré le VIH.

Voir en ligne : Une famille comme les autres

par Hervé Bachelard

Séropositif, Philippe [1] vit tranquillement à Cronat, à l’extrême ouest de la Saône-et-Loire. Entouré de sa femme et de ses enfants, il lutte à sa manière contre les préjugés.

S’il est revenu en Saône-et-Loire, c’est pour profiter pleinement d’une vie saine à la campagne. Né à Dompierre-sur-Besbre, c’est après un parcours de bourlingueur qu’il a finalement remis les pieds non loin de ses racines. Philippe*, 45 ans, s’est, en effet, installé l’été dernier à Cronat, à deux pas de la Nièvre. Là, il souhaite couler des jours heureux, en famille.

Une vie qui bascule

C’est en Afrique, où il a vécu une dizaine d’années, qu’il a été infecté par le VIH. C’est-à-dire qu’il est porteur du virus du Sida sans avoir développé la maladie. Mais c’est aussi là-bas qu’il a rencontré celle qui partage encore ses jours aujourd’hui : « Nous nous sommes mariés en l’an 2000, puis nous sommes revenus en France, pour nous installer à Paris ».

En 2005, alors qu’il souffre d’une infection pulmonaire, le couperet tombe : Philippe est séropositif. Sa vie bascule : « C’est un truc terrible qui nous tombe dessus. On est un peu perdu. Notre couple en a souffert. Heureusement, il y avait les enfants… ».

Il faut dire que Philippe et sa femme ont eu deux enfants entre-temps, une fille qui a aujourd’hui 12 ans et un garçon qui en a 10. « Nous les avons eus avant de savoir que j’étais contaminé. Par chance, ils n’ont rien eu ». Depuis 2005, Philippe est sous trithérapie, un traitement lourd, qu’il supporte bien : « Je n’ai pas de soucis avec ça. Le traitement est bien adapté et ma charge virale est maintenant indétectable ». Et depuis cette année-là, le couple a décidé de se protéger lors des rapports sexuels, « pour éviter tout risque, même minime ».

Un bébé né mardi

En 2007, Philippe a commencé à fréquenter l’association « Comité des familles » à Paris : « Le dialogue est essentiel pour nos familles.

Cette association organise en plus, une fois par an, un séminaire qui apporte des réponses à des questions de fond et à des problématiques que nous pouvons rencontrer.

C’est après un de ces séminaires que nous avons décidé d’avoir un troisième enfant […] D’après certaines conclusions médicales et si on a un traitement bien adapté, ce qui est mon cas, on peut tenter d’avoir un enfant de manière naturelle. » C’est ainsi qu’une petite fille a vu le jour mardi dernier à la maternité de Moulins : « Nous ne sommes pas les seules familles sérodiscordantes (N.D.L.R. : un couple sérodiscordant se compose d’une personne séronégative et d’une personne séropositive) à avoir des enfants de manière naturelle. Et les tests sont clairs : la maman et le bébé ne sont pas contaminés. C’est un bonheur ! ». Mais Philippe est réaliste : « Même si je vais super bien, je tiens à dire que c’est grâce à la trithérapie, qu’il ne faut jamais abandonner. Et maintenant que nous avons eu notre bébé, nous allons reprendre des rapports protégés, pour supprimer tout risque éventuel ».

Une association pour échanger et s’informer

Au sein du Comité des familles, Philippe, à l’aise avec le sujet, est devenu un élément important de communication. De sorte qu’en revenant en Saône-et-Loire en 2011, il est naturellement devenu le correspondant départemental de cette association : « Je souhaite témoigner de ma situation, de notre famille et informer les gens. On peut organiser des activités ensemble, participer à des événements. Beaucoup de personnes et de familles vivent avec le VIH en se repliant sur elles-mêmes. Si on pouvait déjà en discuter entre nous, ce serait bien ».

Suivi médicalement à Moulins, Philippe souhaite avant tout vivre de manière simple : « Avec un traitement adapté, on est une famille comme les autres. Je ne veux pas crier sur les toits que je suis séropositif, car ça ne regarde que mes proches et moi. Mais je n’ai pas honte non plus. J’ai commis une erreur il y a quelques années et j’assume. »

J’aime la vie

Au-delà même de sa visible sérénité et des sourires que ses enfants nous ont fait partager tout au long de l’interview, Philippe veut affirmer son appétence pour la vie : « Avec ma femme et mes enfants, on vit comme les autres, avec les mêmes joies et les mêmes peines. Il est tout à fait possible d’être heureux dans un couple sérodiscordant et d’avoir une vie de famille équilibrée. Je suis avec ma femme depuis 13 ans et nous vivons avec la maladie, c’est tout […] J’aime la vie, ma famille et je transmets à mes enfants ce que j’ai hérité de mes parents : nous allons au muguet, aux escargots, à la pêche… Je veux profiter chaque jour de mes proches. C’est ce que j’ai envie de faire comprendre aux familles concernées par le VIH et les autres. Je veux faire partager mon état d’esprit, celui d’avoir du plaisir à vire ». Tout simplement.

Pour connaître les coordonnées des correspondants locaux du Comité des familles en France : Internet : http://papamamanbebe.net — Tél : 09.51.60 .75.15.

Notes

[1] Philippe* : prénom d’emprunt, car selon lui, « nous sommes à l’aise avec ce sujet dans notre famille, mais c’est chez les autres que c’est encore un tabou, alors je ne veux pas qu’on en subisse les conséquences, surtout les enfants ».

Photos


{{Photo}} : Philippe chez lui, à Cronat, vit de manière simple, en famille, malgré le VIH. Photo H. B.

{{Photo}} : Philippe chez lui, à Cronat, vit de manière simple, en famille, malgré le VIH. Photo H. B.