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Le premier jour de Brigitte, une femme séropositive ivoirienne
20 janvier 2012 (papamamanbebe.net)
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Sandra : A l’annonce de la séropositivité, plusieurs questions se bousculent dans la tête d’une personne. Est-ce que ma vie est finie ? Est-il normal d’avoir peur ? Est-ce que je vais pouvoir vivre normalement avec ce virus ? Faut-il en parler à ma famille, à mes amis ? Est-ce que je peux encore faire l’amour ? Les réponses à ces questions sont multiples mais il semble clair que seuls ceux et celles qui sont déjà passés par là peuvent y répondre. Je vous propose d’écouter Brigitte qui a souhaité raconter son premier jour.
Début du son.
Brigitte : Bonjour, je me présente, je suis Brigitte. J’ai 40 ans. J’habite dans le département 92. Je suis ici en France depuis 1992. Jusqu’à présent mes charges sont indétectables. Je suis sans enfant. Depuis 1992 que j’ai appris la sérologie, je suis séropositive et je n’ai pas de doute pour le dire. Ce n’est pas un sujet tabou. C’est comme toutes les maladies, comme une grippe, tant que ça ne se manifeste pas. J’utilise en ce moment l’Atripla. Ca fait seulement 6 mois que je prends ce médicament.
On m’a annoncé ça, c’était par le biais de mon médecin traitant. La première fois que je l’ai vu, je venais d’arriver. Il m’a dit bon voilà, j’ai un petit soucis, ne paniquez pas, je vais vous annoncer quelque chose. Peut-être ça va vous paraître bizarre. Mais c’est tout à fait normal, je préfère vous le dire. C’était très difficile pour moi. Maintenant je vis avec. Il m’a dit bon voilà, vous êtes séropositive. Vous n’avez pas le sida. Mais, avec le temps, si vous ne vous protégez pas, ça va devenir, ça va développer très vite. Pour protéger vos anticorps, pour le moment vous n’avez pas besoin de médicament ou quoique ce soit, mais avec le temps, il va falloir qu’on examine régulièrement, que vous soyez à jour pour ne pas avoir le développement tout de suite de la maladie. J’ai souffert quand même. J’avais honte, j’avais peur, peur de mourir, tout ça, comme tout le monde. Mais en fait, à force d’aller au médecin régulièrement, tous les 3 mois au début. Je partais tous les trois mois. Mais au moment où je vous parle, je pars tous les 6 mois parce que je suis en bonne santé. Je vis comme tout le monde. Finalement, ça va.
Sandra : Quand tu parles, j’entends que tu as un accent. Est-ce que tu peux nous dire de quel pays tu viens ?
Brigitte : Moi, je suis ivoirienne.
Sandra : Et ça fait combien de temps que tu es en France ?
Brigitte : Depuis 1992, bah... 92, à peu près, sauf bêtise, on est en 2012, ça fait 20 ans à peu près.
Sandra : Pourquoi es-tu venue en France ?
Brigitte : Bah je suis venue en France pour m’intégrer et puis bénéficier des droits comme tout le monde. Mais je ne savais pas ce que j’avais sur moi. J’ai appris sur place en faisant les examens pour obtenir mon titre de séjour. Je n’étais pas toujours sûre. On m’a envoyé faire les examens des LOMI. J’ai été voir mon médecin parce que j’avais la fièvre et j’étais fatiguée tout le temps. J’avais tout le temps froid. Maux de tête sans arrêt. Ils m’ont appris le tout en même temps et on m’a collé un titre de séjour, temporaire visiteuse. Mais ça ne veut pas dire que je n’avais pas le droit aux papiers parce que j’étais malade. On a le droit de travailler comme tout le monde. Je travaille. Je partage tout avec tout le monde.
Sandra : Quand tu as appris ta séropositivité, qu’est-ce que tu connaissais sur le VIH ? Quel image tu avais-tu VIH ?
Brigitte : J’avais la honte. J’étais triste. Je voulais plutôt mourir que vivre. Comme tout le monde, je me suis dit, tout le monde qui va me regarder, j’ai l’impression qu’on me dit toujours, tu as le sida. Pour moi le sida, je prenais ça, c’est comme la tuberculose. C’est-à-dire je ne peux pas toucher quelqu’un. Je ne peux pas manger dans la même assiette que quelqu’un, je ne peux pas partager mon verre avec n’importe qui quoi. Je ne pouvais pas aller aux toilettes chez quelqu’un. J’étais mal à l’aise partout. A chaque fois que quelqu’un rigolait, je pensais que la personne rigolait pour moi. J’étais pendant deux ans enfermée. Mais j’ai annoncé quand même à ma famille. J’ai eu ce courage grâce mon médecin traitant.
Vous qui êtes enfermé, je vous invite plutôt à chercher quelqu’un de confidence. Pourquoi ? Parce que si un jour la maladie devait se développer, on a besoin de la présence de quelqu’un. Si vous voulez, en gros, j’avais tout le temps froid. J’étais fatiguée. J’avais tout le temps des nausées mais je ne vomissais jamais. Tous les soirs j’avais froid. J’avais des maux de tête qui ne finissaient pas. J’avais des malaises, j’avais mal aux yeux, mal à la tête. Il fallait qu’on me fasse les examens. On m’a fait la prise de sang, trois fois dans la semaine. Je disais toujours non, ce n’est pas ma maladie, ce n’est pas possible. On m’a refait le bilan complet. On a fait les urines. Les urines étaient pâles. C’était trop jaune et c’était très gazeux. Mon médecin m’a dit non non, vous avez la sérologie. Donc vous êtes séropositive mais vous n’avez pas encore la maladie en question, le sida. Donc vous avez le droit de vivre normalement.
Mon médecin m’a demandé ce que je veux, est-ce que j’ai besoin de quelqu’un ou pas. Je lui ai dit pourquoi faire ? J’étais très agressive envers lui. Pour moi, c’était un tueur, il est méchant, il ne veut pas de moi. Je ne voulais plus aller dans son cabinet. Il m’a convoqué par courrier. A force, j’ai parlé avec lui pendant deux mois. J’ai accepté d’aller. Il m’a demandé si j’avais besoin de quelqu’un, j’ai dis non. Il a saisi une psychologue de l’hôpital. On a vraiment besoin. C’est important. J’ai été voir la psychologue. C’est gratuit dans les hôpitaux. Elle m’a suivie. Je trouvais qu’elle était curieuse parce qu’elle voulait connaître ma vie. Je lui ai dit non, elle n’est pas obligée de connaître ma vie. Elle me dit si si. De deux, je ne travaillais pas. Je ne voulais plus rien savoir. Je ne sortais plus. Je ne pouvais pas manger. Je trouvais que tout le monde était méchant avec moi. Dès que quelqu’un me regardait, je pleurais. Suite à mon psychologue, à mon médecin, j’ai réussi à annoncer la nouvelle à ma soeur. Tout doucement. J’ai eu ce courage-là que ma psychologue m’a demandé, si vraiment j’ai ce courage comme je lui ai témoigné que j’avais mon courage, j’ai maintenant mon sang froid, elle m’a demandé est-ce que le même courage, est-ce que je peux aller montrer à une de ses patientes qui est aussi à l’hôpital et qui est enceinte. Je suis allée à l’hôpital. Cette dame, elle ne voulait pas sa grossesse. Elle voulait déjà qu’on l’enlève. Dès qu’elle a apprit, elle était déjà enceinte de trois mois. Elle voulait qu’on enlève la grossesse. Son mari voulait la garder. Lui, il était séronégatif. Elle, elle était séropositive. Voilà, c’était compliqué. J’ai été voir la dame. Je me suis présentée. Je lui ai parlé de moi, clairement. Je n’ai pas eu honte. Je n’ai pas eu peur. Je lui ai dit, moi je t’invite parce que je compte faire les enfants. Je vis avec quelqu’un mais, ce n’est pas encore connu dans ma famille. Mais avec le temps, je vais leur dire parce que j’ai besoin de faire les enfants. Maintenant j’ai le courage. Si tu veux, on s’échange les numéros, on va se voir. Elle a dit sors. J’ai dit non, je ne sors pas. On s’est donné rendez-vous tout le temps à l’hôpital parce qu’elle était perfusée. Elle pleurait tout le temps. Au moment où je vous parle, elle a trois belles filles. Elle a repris confiance en elle et moi, je n’ai plus besoin de psychologue.
J’invite aux autres de faire comme moi. Peut-être même plus que ça. Ca aide beaucoup. Il faut vraiment parler. Avoir au moins quelqu’un. Bien sûr, on ne peut pas parler à n’importe qui. Mais ne restez pas enfermé. Quand on reste enfermé, on a beaucoup de mauvaises idées. Et ce n’est pas bon. J’ai failli me faire du mal. Je voulais boire tout ce que j’attrapais devant moi. Tout était bon pour boire. Je ne pouvais plus manger. Mais maintenant, quand je regarde les gens, je les vois au même niveau. Je me vois même plus que tout le monde. J’ai toujours mon poids normal. Je contrôle ce que je mange. Je contrôle dans les toilettes où j’entre. Je fais très attention à ma santé. Dormir à l’heure. Manger correctement. Quoi de plus ? C’est boire mes médicaments. Maintenant, je suis sous trithérapie. C’est pour maintenir mes microbes que ça ne puisse pas développer. Bien sûr, avec le temps, ça va développer. Mais ça prend du temps. Maintenant je compte les années. Avant je comptais les jours. Maintenant, je compte les années.
On a droit de faire les enfants, mais à une seule condition : il faut en parler au médecin. On ne fait pas les enfants comme ça parce que, si l’enfant nait contaminé, l’enfant va, toute la vie, va en vouloir à tous les parents du monde. C’est une souffrance plus que nous qui avons eu l’enfant. Et ce n’est pas bon. Or, si on a vu le médecin, il vous suit jusqu’à l’accouchement et je peux vous dire, ce n’est pas ce qu’on pense. Avant d’avoir l’enfant, on peut soit, perfuser la maman qui porte l’enfant pour qu’elle ne puisse pas accoucher normalement, on la perfuse. Après, la perfusion avec son accord, l’accord du couple, on peut peut-être faire la césarienne. C’est la meilleure des choses. On ne doit pas allaiter en revanche. On ne doit pas allaiter l’enfant pour éviter que l’enfant ait l’infection. Après, il y a un traitement pour l’enfant aussi pendant trois mois, après la naissance. Et, comme je suis préparée, je suis prête à faire les enfants. Pour l’instant, j’ai un ami seulement mais il n’est pas séropositif. Il est séronégatif et il est au courant depuis 1992. Donc comme lui, il avait peur de faire les enfants, moi je l’aimais toujours, lui il m’aime. Eh bah on a dit on va voir si vraiment on s’aime tous les deux avant de faire les enfants. Maintenant tous les deux, on est prêt à faire des enfants, on est d’accord. Eh bien c’est ce qu’on est en train de préparer. On ne vit pas encore ensemble. On vit comme des fiancés. Chacun vit chez soi, mais on se voit régulièrement.
Sandra : Bientôt le mariage.
Brigitte : Bientôt le mariage, pourquoi pas.
Fin du son.
Sandra : C’est Brigitte que vous venez d’entendre. Tina, je voulais revenir avec toi sur quelques informations. A un moment, elle parlait de la grossesse puis l’accouchement. Elle parlait de perfusion d’AZT. Elle m’avait dit que c’est mieux pour une femme séropositive d’accoucher par césarienne. Qu’est-ce que tu pourrais répondre là-dessus ?
Tina : Bon, dans ce témoignage, ce qui est très émouvant, touchant et vraiment cette générosité, de vouloir aider toute personne qui apprend sa sérologie, c’est super. Sur les informations médicales, oui, il y a quelques petites choses qui ne sont pas à 100% juste mais bon. Elle n’est pas médecin. Effectivement, on n’accouche pas, forcément, au contraire, les médecins préfèrent que les personnes séropositives, les femmes séropositives accouchent par voie basse, sauf en cas de complication. Et aussi le traitement pour l’enfant n’est pas de trois mois, mais de 1 mois. Voilà, c’est des petites choses mais voilà, c’est un médecin qui mieux renseigner à ce niveau-là bien sûr.
Transcription : Sandra JEAN-PIERRE
