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Marie Pruvost | Méga couscous des familles vivant avec le VIH | Projet Madeleine Amarouche | Rassemblements des familles pour survivre au sida | Samira Guedichi-Baudoin

A Saint-Denis, on aime le Méga couscous des familles vivant avec le VIH

23 novembre 2011 (papamamanbebe.net)

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Sandra : On va maintenant parler de couscous, avec Samira, je vois qui rigole, qui est toute sourire et avec Marie Pruvost. Ce n’est pas la première fois qu’on parle du Méga couscous, qui va se passer à Saint-Denis, et ça aussi, ce n’est pas la première fois. Peut-être que certains auditeurs t’ont déjà entendu, pour ceux qui ne t’ont pas entendu, je vois que tu appréhendes ce moment, petit moment de nostalgie. On va réécouter une de tes interventions. C’était à l’émission du 13 avril 2010 et c’est Reda, qui te posait quelques questions sur le Méga couscous 2010.

Début du son.

Reda : Samira Guédichi-Baudouin a découvert le Comité des Familles en travaillant vraiment dans le concret avec nous pour réaliser ce Méga Couscous. 600 personnes réunies pour affirmer la dignité des personnes séropositives, pour rendre hommage aux disparus, et pour affirmer notre solidarité avec les familles qui luttent pour survivre au sida dans les pays d’origine pour certains d’entre nous. Je voudrais que tu nous racontes quel regard tu portes aujourd’hui sur le Comité des Familles, et comment tu expliquerais à d’autres, ce qu’on fait, ce qu’on a fait le 20 mars et à quoi ça sert un Comité des Familles pour survivre au sida ?

Samira Guédichi-Baudouin : D’abord, je tiens à dire qu’il n’y avait pas que des séropositifs dans cette cour de la Maison de la Jeunesse à Saint-Denis. Il y avait aussi des familles que je connaissais dans les quartiers. Des femmes que je n’avais jamais vues, des mères de familles que je n’avais jamais vues ailleurs, sinon dans les cités et dans les fêtes des cités. Là, elles étaient là, et ça m’a beaucoup intéressé. C’est ça aussi que je retiens à Saint-Denis : c’est la première fois que sur le sida, une association donne l’occasion de parler de cette histoire à Saint-Denis. Et je pense que c’est une ressource, ça a eu un impact important après le Méga Couscous. Là, ça fait 15 jours. Dans les couloirs de la mairie, on en parle encore. Dans les cités (j’étais encore dans les quartiers de Saint-Denis) : pareil. Je me suis dit que c’était vraiment extraordinaire ce qui s’est passé. Donc, il y a eu vraiment un écho important, et à Saint-Denis, on était vraiment étonné, subjugué par ce dynamisme, cette capacité de mobiliser aussi importante. Et puis pour parler d’un problème qui a aussi un écho particulier en banlieue, en Seine-Saint-Denis. Donc j’espère qu’on ne s’arrêtera pas là, parce qu’il y a encore plein de choses à apporter à la prévention.

Reda : Alors, une semaine après ce Méga Couscous des Familles – c’était le 20 mars 2010- il y avait Line Renaud et Pierre Bergé qui s’affichaient sur les écrans de nos télévisions, pour parler en fin de comptes du même virus. Pour autant, parlaient-ils de la même chose ? Qu’avez-vous retenu les uns et les autres des images de ce Sidaction ?

Samira : Je n’ai pas vu d’images à la télé, je suis désolée ! Je ne regarde pas la télé !

Reda : Je ne pense pas que tu sois la seule. Les audiences ont fait un bide…

Samira : En tout cas moi ce qui m’intéresse c’est l’audience que cet événement-là a eue à Saint-Denis. Et surtout, c’est la première fois – je tiens à insister là-dessus — que des séropositifs osent parler, ou des enfants de familles séropositives osent parler. J’ai vraiment été touchée par ce garçon de 17 ans qui dit « bah moi, à l’âge de 9 ans, mon papa, ma maman, m’ont dit qu’ils étaient tous les deux séropositifs. Et voilà. Et je suis un grand garçon et je peux en parler ». C’est spécial, cette maladie, elle a vraiment été l’objet d’un tabou puissant parce que ça croise la sexualité, ça croise la marginalité, ça croise un certain nombre d’épouvantails dans la société. Et en particulier, moi je pense qu’elle a été encore plus profonde en banlieue parce qu’elle était cachée jusqu’à maintenant.

Fin du son.

Sandra : Ca, c’était le 13 avril 2010. Aujourd’hui, nous sommes le 22 novembre 2011. Est-ce que aujourd’hui, à Saint-Denis, on parle toujours du Méga couscous ? Comment ça se passe ? Je t’entendais dire, dans les cités on en parle, dans les couloirs de la mairie, on en parle. Comment ça se passe ? Dis-nous tout.

Samira : Eh bien, ce qui s’est passé, c’est nos collègues de la jeunesse, qui sont venus nous chercher, en cet hiver, parce que, c’était au printemps qu’on a fait le Méga couscous, là c’est l’hiver, on est autour du 1er décembre. C’est nos collègues de la jeunesse qui sont venus nous chercher, nous à la santé, pour faire quelque chose avec le Comité des familles. Et ça, ça nous intéresse. Il y a deux maires, je tiens à le signaler, il y a deux maires adjoints, l’un, à la santé, qui s’appelle Virginie Le Torrec, l’autre à la jeunesse, qui s’appelle Badi Bagayoko, qui ont, dès le mois de juin, nous avons fait une réunion pour envisager, en fait, de refaire un couscous à Saint-Denis, qui étaient là, et qui ont dit, allez-y les équipes, travailler ensemble, avec le Comité des familles, pour réaliser un couscous à Saint-Denis. Bon, ça, c’est déjà un point positif. On a envie, parce que, il y a aussi eu un moment après le Méga couscous de 2010, il y a eu, dans une antenne jeunesse, un témoignage, en tout cas, le projet Madeleine que porte le Comité des familles a eu lieu. Je n’ai pas pu assister à ce moment-là, mais, on m’en a parlé, les gens qui l’ont vécu, dans l’antenne jeunesse. Notamment les animateurs dans l’antenne jeunesse, m’ont parlé de ce moment-là comme un moment important. Et moi, je suis persuadée que le témoignage, auprès des jeunes, quand on touche le coeur, on touche la conscience. On peut toucher la conscience, en touchant le coeur. Et c’est la force de cette association. Donc, ils ont envie, pour faire de la prévention en tout cas, auprès des jeunes, ils pensent, et je les soutiens dans ce sens, je soutiens les animateurs jeunesse dans ce sens, quand ils pensent que le témoignage c’est un moment de prévention qui est extrêmement efficace auprès des jeunes, pour aller plus loin sur l’information, mais aussi, sur la lutte contre la stigmatisation et sur la solidarité. Voilà, ce que le Comité des familles porte très fort et très haut, et avec générosité je crois.

Sandra : Ce partenariat avec le Comité des familles, Marie Pruvost, peut-être que vous aussi vous pouvez répondre à cette question. Elle est de quelle nature votre participation ? Comment Saint-Denis contribue ? Est-ce que c’est une contribution financière ou est-ce que c’est autre chose ?

Marie : Il y a une contribution financière bien sûr. Mais on a aussi une contribution dans le cadre de nos prêts de locaux. Nos personnels qui oeuvrent pour l’action. Il en faut du monde pour servir 600 personnnes, il faut du monde, tout le monde est bénévole et tout le monde met la main à la pâte.

Sandra : Et que pensez-vous de ce Mini couscous des familles ?

Marie : Cette année, le Mini couscous on l’organise de cette manière, pour que nos partenaires puissent l’année prochaine, mieux encore organiser celui de 2012, avec les moyens qu’on a cette année.

Sandra : Les moyens, oui, justement, parce que, à l’origine, ça devait être un Méga couscous. Pourquoi est-ce un Mini couscous ? Pouvez-vous donner cette réponse ?

Samira : Oui, je peux vous donner la réponse. C’est effectivement, les subventions n’ont pas été la hauteur pour financer un Méga couscous à nouveau. Le dernier, en 2010, il faut dire la vérité, on l’a fait un peu à l’arrache comme on dit. Cette année, on a voulu se donner un peu plus de marge, pour faire dans de bonnes conditions. Ce Méga couscous, ça n’a pas pu avoir lieu. Donc, le deuxième point, l’idée, c’était de continuer tout de même, à impliquer, notamment les partenaires, ceux qui se sont impliqués l’année dernière, il y a la jeunesse, la santé, mais il y a aussi nos collègues de l’enfance. Ils ont monté un espace enfance dédié aux enfants, des ludothèques. Il y a aussi nos collègues des maisons de quartier, qui ont prêté des ustensiles. Il y a un certain nombre de personnes qui étaient là. Il y a aussi les associations qui existent à Saint-Denis, et qui travaillent en prévention, en santé, qui étaient là aussi. Je pense que, c’est tout ce monde-là, qu’il s’agit de mobiliser à nouveau, d’impliquer, et, c’est par la rencontre qu’on peut le faire. Manger ensemble et donc, pouvoir se parler d’avenir.

Sandra : Tina, je vois que tu me regardes, tu veux intervenir ?

Tina : Je suis entièrement d’accord avec Samira et c’est vrai que, pour le Comité des familles, c’est vraiment très bénéfique d’avoir des partenaires aussi motivé que nos partenaires sur Saint-Denis. C’est vrai que tout seul, on a été dans des situations où on pensait qu’on ne pourrait plus faire le Méga couscous et, c’est vrai que c’est grâce aussi aux médecins qu’on est à l’hôpital Delafontaine, qui nous ont mis en lien avec des professionnels de Saint-Denis pour qu’on puisse faire ce Méga couscous en 2010 et maintenant aussi en 2011, et les années à venir. En ce qui concerne les témoignages, effectivement, c’est aussi un fil conducteur autour de ce Méga couscous, avec Saint-Denis. Notamment, cette antenne jeunesse qui nous avait reçu l’année dernière et qui avait apprécié ce moment de témoignage de personnes séropositives qui témoignent de leur vie avec le VIH. Donc, ils nous invitent pour le 1er décembre pour faire une séance de témoignage devant les jeunes de Saint-Denis. Donc, le 1er décembre, 2 jours avant le Mini couscous pour témoigner de ce que c’est la vie avec le VIH. Pour le Comité, c’est très important que ce Méga couscous, cette action soit accompagnée de ces témoignages. C’est dans la durée que ce travail d’information, de prévention, et de sensibilisation peut se faire avec les jeunes et tous les habitants de Saint-Denis.

Sandra : Ali.

Ali : Oui, ce que je voulais dire au sujet de Saint-Denis et plus généralement des endroits où on est amené à témoigner, enfin, moi où j’ai été amené à témoigner, moi, en 28 ans d’infection, je réalise, qu’il y a toujours des problèmes à parler du VIH, mais j’ai été agréablement surpris lorsqu’on est allé dans une cité, justement, à Saint-Denis, dans une maison de jeune, où ils organisaient un barbecue. C’était en plein été et tout, c’était très agréable. Ce qui m’a agréablement surpris justement, c’est que, contrairement à ce qui se passait encore il y a 10, 15, 20 ans, voir plus, la stigmatisation qui ne se faisait pas uniquement par des petites phrases. C’était vraiment provocateur. Dans la salle, où on a été amené à témoigner avec des tas de personnes d’horizons différentes, les jeunes étaient extrêmement à l’écoute, posaient énormément de question. La partie consacrée, aux différents témoignages, on voyait que les gens étaient concernés. Il y avait aucun mépris, aucun dédain. Quand on a eu fini, on a partagé un barbecue ensemble. Les gens ne cherchaient pas à savoir qui étaient séropositifs ou qui ne l’étaient pas. Tout le monde allait vers les uns et les autres. On pouvait parler de la thématique du VIH comme on pouvait parler des problèmes de tout à chacun. Je n’ai pas ressenti, partout, cette attention et cette bienveillance.

Sandra : Et dernière question très importante, que je vais poser à Samira et à Marie. Attention, je vous demande de répondre avec la plus grande sincérité : quel est votre couscous préféré ?

Samira : Celui de ma mère, désolée. Et puis, celui de Samira, que j’ai beaucoup apprécié, du Méga couscous 2010, que j’ai accompagné vraiment, c’est une femme qui a beaucoup de courage, et puis on a été ensemble faire les courses, au marché de Saint-Denis, le fameux marché de Saint-Denis, acheter des courgettes, les vrais courgettes d’Alger.

Marie : Alors moi, je n’ai pas de mère qui fait le couscous. Mais, c’est vrai que j’ai bien apprécié cette réalisation, où on voyait toutes les cuisinières préparer ce Méga couscous, que j’ai bien aimé, apprécié.

Sandra : Florence Waxin, un couscous, c’est bon pour la santé ? Pour les personnes séropositives ? Comme c’est le sujet dont on va parler tout à l’heure.

Florence Waxin : Oui, c’est un plat parfaitement équilibré, qui allie protéine, féculent et légume. Donc, on peut se faire plaisir largement avec bon couscous.

Sandra : Eh bien vive le couscous !

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE